Procès de Jean-Pierre Brissot et des Girondins.

Séance du 7 brumaire.

Chabot : Je vais préciser et résumer ici plusieurs faits de ma déposition. Carra a été envoyé dans la Vendée pour dissiper la horde des brigands qui ravageaient ce pays. Je lui demande pourquoi, au lieu d’inviter les citoyens à s’opposer à ces rebelles, il prêcha à Blois que la Convention nationale n’était pas libre, et qu’il fallait envoyer une force armée à Paris pour lui rendre sa liberté. J’ajoute un autre fait ; c’est que, malgré les sentiments qu’il dit avoir toujours eus contre Roland, il reçut de lui la place de bibliothécaire national. Dès ce moment il fit partie de la faction.
L’accusé Carra : Depuis onze ans je travaillais à la bibliothèque.
Chabot : Vous vous rappelez, citoyens, que Brunswick et son armée furent cernés par les soldats dc la république ; sans doute il eût été facile aux généraux et aux représentants du peuple près cette armée de les amener à Paris pieds et poings liés. Au lieu de tenir cette conduite, qui aurait sauvé la république, il est prouvé que Dumouriez, d’accord avec Carra et Sillery, alors commissaires, facilitèrent la retraite des ennemis.
L’accusé Carra : Nous n’eûmes pas le temps de nous entendre avec Dumouriez, pour faciliter la retraite des ennemis, puisque cette retraite s’est effectuée peu après notre arrivée. Les ennemis avaient encore soixante mille hommes, et le mauvais temps avait rendu même les grands chemins impraticables.
Sillery fait la même réponse.
Le président : Comme représentant du peuple auprès des armées, Sillery aurait dû s’assurer si Dumouriez n’avait point eu de conférence avec les ennemis.
L’accusé Sillery : Nous avons demandé à Dumouriez le détail de sa correspondance.
L’accusé Carra : Chabot m’a accusé d’avoir engagé le peuple de Blois à marcher sur Paris. Voici le fait : en passant par Orléans, je rencontrai deux citoyens du département de la Charente, qui allaient proposer à la Convention nationale, au nom de ce département, de s’entourer d’une garde départementale. Je leur dis que si leur proposition était adoptée, je la croyais propre à calmer tous les esprits, et à fixer la Convention nationale à Paris. Arrivé à Blois, les officiers municipaux m’engagèrent à assister à une séance du conseil-général de la commune : je me rendis à leur invitation, et je leur fis part de la mission dont étaient chargés les deux citoyens de la Charente, que j’avais rencontrés à Blois. Voilà les faits.
Le président : Votre mission n’était-elle pas d’engager les citoyens de Blois à s’opposer aux ravages des brigands de la Vendée ?
L’accusé Carra : Oui.
Le président : Vous avez donc fait tout le contraire de ce que vous prescrivait votre mission. De là je tire la conséquence que vous étiez de la faction à laquelle nous faisons le procès, et que vous vouliez le fédéralisme.
L’accusé Carra : Cette garde départementale n’est pas venue à Paris.
Chabot : Je demande à Carra s’il n’a pas cassé les membres du comité de salut public de Blois, pour les faire remplacer par des fédéralistes ?
L’accusé Carra : Les corps administratifs de Blois se plaignirent de ce comité, ils m’en demandèrent le renouvellement : je les autorisai à le faire. Je n’eus pas le temps de m’informer du civisme des membres qui le composaient.
L’accusé Lasource : Chabot a cité quelques faits qui me sont personnels, je vais y répondre : il m’a accusé d’avoir fait aux Jacobins, quelques jours avant le 10 août, la motion de chasser les fédérés de Paris. Le témoin est dans l’erreur. Après avoir manifesté les craintes que me causait la conduite de Lafayette, j’engageai les fédérés à se rendre à Soissons, et voici quel était mon motif : c’est que je croyais que la cour désirait qu’ils restassent à Paris afin de les mettre dans l’impossibilité de s’opposer à l’entrée des Prussiens sur notre territoire.
Chabot m’a reproché d’avoir, dans la réunion qui avait lieu rue d’Argenteuil, demandé le décret d’accusation contre Robespierre et Antoine : il s’est trompé, je ne me rappelle pas si j’ai appuyé cette proposition; mais elle fut faite par lsnard.
L’accusateur public : A l’époque du 8 août où l’accusé a proposé de chasser de Paris, les fédérés, les préparatifs de la cour étaient connus. Ces mêmes fédérés s’assemblaient dans le lieu des séances des Jacobins pour concerter entre eux les mesures propres à faire échouer les projets du tyran. Sans doute Lasource était instruit et des préparatifs de la cour, et du motif des rassemblements des fédérés : ainsi l’interprétation qu’il vient de donner à la motion qu’il fit pour faire chasser les fédérés, n’est pas la véritable.
L’accusé Lasource : J’ignorais absolument la révolution qui se préparait pour le 10 août, et je ne fus tranquille sur le sort des patriotes qu’après que la victoire se fut déclarée en leur faveur.
Chabot : J’interpelle Lasource de déclarer si, en parlant des fédérés, il n’à point dit aux Jacobins qu’on les gardait ici pour consommer un grand crime. Je lui demande si, dans sa correspondance avec un ministre protestant de Castres, il ne s’exhalait pas beaucoup contre Marat et les monstres par lesquels il prétendait avoir été dénoncé.
L’accusateur public : J’ajoute à la première déclaration du témoin que, dans la séance des Jacobins qu’il a citée, Lasource ajouta le mot de régicide.
L’accusé Lasource : J’ai dit à la vérité aux Jacobins, qu’on cherchait à retenir ici les fédérés pour leur faire commettre un crime ; mais je croyais que la cour cherchait à les exciter contre l’assemblée.
Un juré : Lasource s’est entendu avec ses collègues pour dire que les massacres du 2 septembre étaient l’ouvrage de cinquante brigands ; et tout le monde sait que la faction a fait courir le bruit que ces brigands avaient été soudoyés par Robespierre et Marat. Je demande à l’accusé Lasource où sont les preuves qu’il a de la vérité de ce fait ?
L’accusé Lasource : Je n’ai jamais tenu ces propos.
Un juré exhibe un discours de Lasource, qui prouve qu’il a publié ces calomnies pour égarer l’opinion des départements.
L’accusé Fauchet : L’objet principal de la déposition de Chabot à mon égard est relatif à mes liaisons avec Narbonne. A l’époque de son renvoi du ministère, Narbonne se présenta au comité militaire et de sûreté générale, pour se justifier de l’accusation que lui avait faite le prince de Hesse d’avoir laissé Perpignan dans un dénuement absolu, et d’avoir négligé même de ravitailler cette barrière de la France. Narbonne se justifia de cette inculpation. Je fus chargé, au nom des comités réunis, de faire un rapport de cette dénonciation à l’Assemblée, et de déclarer qu’il n’y avait pas lieu à accusation contre Narbonne. Je le fis, et je dis qu’il avait plus fait en trois mois que Duportail en deux ans, et qu’il avait contrarié les projets de Bertrand et de Delessart.
Quant à la lettre dont a parlé Chabot, je sais qu’elle a existé, mais je ne l’ai jamais vue. Au reste il est vrai que j’ai été, comme beaucoup d’autres personnes, la dupe du faux patriotisme de Lafayette.
Le témoin a dit que j’avais refusé d’aller aux prisons le 2 septembre, afin de m’opposer aux massacres : cela est vrai, mais j’avais encore à cette époque l’habit ecclésiastique, que je ne voulais pas quitter. Chabot : J’interpelle Fauchet de déclarer s’il n’est pas vrai qu’un jour, au comité de sûreté générale, rapprochant la conduite de Narbonne avec la prophétie de Béthune-Charost, je lui dis : Que dites-vous, Fauchet, du projet de Narbonne de se faire déclarer protecteur de la France ? Il me répondit : Je n’en suis pas étonné, je l’ai fait tâtonner là-dessus. Il connaissait donc les projets de Narbonne, lors même qu’il faisait son apologie à la tribune ?
L’accusé Fauchet : Désirant connaître les projets de Narbonne, je lui fis demander, dans le cas où le roi s’évaderait, ce qu’il pensait faire ? Il fit réponse qu’il entendait trop bien ses intérêts pour le suivre. Je tirai de cette réponse la conséquence qu’il avait de grands projets, aussi je dis au comité que je croyais que son ambition lui faisait désirer d’être protecteur.
Chabot : L’accusé vient de dire qu’il connaissait l’ambition de Narbonne. Pourquoi fit-il donc son panégyrique ? car c’est ainsi que je nomme le rapport qu’il a fait sur ce ministre. Il était seulement chargé e donner des explications sur la faute militaire que Hesse lui avait reprochée, mais non pas de déclarer que son administration était exempte de reproches. Je demande à Fauchet, et à tous les accusés indistinctement, qui se prétendent anti-royalistes, le motif qui les a portés à prolonger le procès du tyran, surtout après le discours de Robespierre, qui avait prouvé qu’il devait être jugé révolutionnairement, et la demande de Duhem, que j’appuyai, de l’envoyer à la guillotine, le jour où la république fut proclamée ? Ce fut après cette proposition que Fauchet nous accusa d’être avides du sang des rois et de celui des prêtres.
L’accusé Fauchet : Les vues ambitieuses que je supposais à Narbonne d’avoir, dans le cas où le roi s’évaderait, ne devaient pas lui ôter le mérite du bien qu’il avait fait ; le rapport que je fis à l’Assemblée était approuvé du comité de sûreté générale, auquel je l’avais lu.
L’accusé Vigée : Je demande au témoin s’il a entendu me comprendre dans sa déposition.
Chabot : Vigée proposa à la Convention nationale de s’ouvrir un passage au milieu du peuple, le sabre à la main, et d’aller tenir ses séances à Versailles.
Un juré : De quel côté l’accusé se plaçait-il dans l’assemblée ?
Vigée : Du côté droit, n’entendant rien de l’oreille droite.
On entend un autre témoin.
Louis Maribond-Montaut, député à la Convention nationale : Citoyens jurés, je ne ferai point le récit en entier des trames qu’ont employées les accusés pour perdre la république : je me bornerai à citer quelques faits particuliers dont j’ai été le témoin. Avant l’époque à jamais mémorable du 10 août, la cour était toute puissante ; elle l’était d’autant plus qu’il y avait dans l’Assemblée législative une faction qui la protégeait ; il existait cependant, à cette époque, des défenseurs du peuple, non-seulement dans l’Assemblée, où ils étaient en très petit nombre, mais encore dans les Sociétés populaires, et ils avaient résolu de sauver la chose publique, ou de mourir. Les Sociétés populaires, dans lesquelles se trouvaient des patriotes, étaient devenues justement suspectes à la faction dont j’ai déjà parlé ; elle résolut donc de les anéantir, et ce fut pour y parvenir, et leur ôter tout appui, que Lasource demanda le départ pour Soissons des fédérés que les dangers de la patrie avaient appelés à Paris, à l’époque du 10 août.
Je me trouvai le 8 août à l’assemblée qui se tenait rue d’Argenteuil, à qui l’on avait donné faussement le nom de réunion. Brissot y arriva tout essoufflé, et dit qu’on venait de faire la motion la plus incendiaire aux Jacobins. Il proposa des vues générales pour en arrêter l’effet. Après avoir représenté les Jacobins comme des factieux qui voulaient une insurrection, Lasource ajouta qu’il fallait envoyer les fédérés à Châlons, afin de rendre impossible cette insurrection. Isnard proposa le décret d’accusation contre Robespierre et Antoine, afin, disait-il, de couper les têtes de l’hydre. J’avoue, citoyens, que je fus indigné d’entendre faire de pareilles propositions ; et Ruamps et Nioud, qui faisaient partie de cette Société, déchirèrent leur carte et sortirent, en disant qu’ils ne voulaient plus être membres d’une réunion où l’on tramait la perte du peuple. Je les suivis pour les engager à rentrer, persuadé qu’il était bon que des patriotes connussent les projets de ces scélérats. Ne pouvant parvenir à les faire rétrograder, je remontai seul, et demandai à Isnard sur quels motifs il fondait le décret d’accusation qu’il venait de demander. Sans me donner aucune raison, Isnard répondit qu’il l’obtiendrait ou qu’il serait assassiné le lendemain. Je lui dis : Eh bien ! moi, je dénoncerai ton atrocité. Citoyens jurés, si Isnard et Lasource avaient pu réussir dans leurs projets, la journée du 10 août n’aurait jamais eu lieu.
L’accusé Brissot : Je ne me rappelle point du fait déposé par le témoin, en ce qui me concerne.
Le président : Avez-vous dit précipitamment en entrant à la réunion : Robespierre fait des motions incendiaires aux Jacobins !
L’accusé Brissot : Je ne m’en rappelle pas.
L’accusé Lasource : J’ai dit qu’on cherchait à égarer les fédérés ; mais je n’ai jamais dit que les fédérés fussent de mauvais citoyens. Quant au décret d’accusation contre Robespierre et Antoine, je ne le proposai pas, et sur ce fait j’interpelle Montaut lui-même.
Montaut : Ce n’est point Lasource qui a proposé le décret d’accusation ; mais il a demandé qu’on prit des mesures pour empêcher ce qui se préparait aux Jacobins. Citoyens, ce qu’on préparait alors aux Jacobins était l’insurrection du 10 août.
L’accusé Lasource : Je déclare qu’il n’a jamais été dans mon intention d’empêcher l’insurrection contre le château.
Montaut : Le 10 août, vers six heures du matin, les révoltés se portèrent au château, et moi à l’Assemblée nationale, où je trouvai Lasource qui me dit : « Qu’allons-nous devenir ? Quoi, tout le monde en armes ! » L’affaire allait s’engager; alors les propositions les plus extravagantes, et dont un républicain doit rougir, furent faites, telles que d’envoyer une députation au roi, etc., etc… Le tyran réfugié dans l’Assemblée, Vergniaud lui fit une réponse extrêmement tendre, et lui témoigna combien il était sensible à son malheur.
L’accusé Lasource : Je prends acte de ce que vient de dire le témoin ; il a prouvé que j’ignorais l’insurrection du 10 août.
Chabot : Brissot savait qu’il y avait un comité d’insurrection, Lasource le savait aussi ; ils savaient que ce comité demandait la déchéance du tyran.
Montaut : Je vais citer un autre fait. Tout le monde se rappelle les deux bataillons de Paris que Dumouriez avait déshonorés pour s’être fait justice de deux émigrés. Marat le dénonça à cette occasion, et, désespérant d’obtenir justice de la Convention dont la faction s’était rendue maîtresse, s’adressa aux Jacobins ; il demanda que Bentabole et moi lui fussions adjoints pour aller demander des explications à Dumouriez. Nous trouvâmes Dumouriez dans une maison où l’on donnait une fête superbe; il était environné de Guadet, Vergniaud, Kersaint, Lasource et plusieurs autres dont je ne me rappelle pas les noms. Après lui avoir expliqué l’objet de notre mission, il se fit un mouvement général ; je me mis sur mes gardes, et la suite prouvera que je n’ai pas eu tort, car il ne s’agissait pas moins que de nous assassiner. Guadet qui était l’auteur de la proposition, l’a déclaré à Soulès qui me l’a rapporté, et qui m’a dit qu’on en voulait encore plus aux jours de Marat qu’aux miens. Citoyens jurés, Gensonné et Vergniaud pourront vous donner des éclaircissements sur ce projet d’assassinat qui me parut être prémédité.
L’accusé Gensonné : Je ne me rappelle pas de ce fait.
L’accusé Vergniaud : J’ai été invité à une fête qui se donnait chez Talma, et où Dumouriez s’est trouvé. Je sais que lorsqu’on a annoncé Marat, il s’est fait un mouvement, mais causé par l’inquiétude des femmes.
L’accusé Lasource : Je me trouvai chez Talma ; mais je n’ai pas entendu parler du projet d’assassiner Marat.
Montaut : Je continue le récit des faits pour lesquels je suis appelé en témoignage. Barbaroux, autrefois révolutionnaire, changea de caractère à la Convention nationale. Il fit un jour un discours très éloquent ; il avait trait au tyran. En sortant de l’Assemblée, j’étais à côté de lui ; un particulier lui dit : Vous avez bien parlé ; je dis : Oui, mais il aurait un plus grand mérite à mes yeux, s’il avait conclu au prompt jugement du roi. Il me répondit : Mais vous vous trompez, il ne faut pas juger le roi ; il y a souvent des insurrections à Paris : c’est au Temple qu’il faut diriger le peuple. Tu es un scélérat, lui dis-je ; c’est le roi que tu veux faire périr et non la royauté. Je rapporte ce fait, parcequ’il tient au procès, quoique Barbaroux ne soit pas présent.
J’arrive à un fait qui a rapport à Brissot. Dans le jugement du tyran, j’avais, comme tous mes collègues, écrit mon opinion. J’avoue que dans cette opinion je persiflais ces messieurs sur leur humanité envers le tyran. Brissot, qui était à côté de la tribune, m’interrompit plusieurs fois par ses vociférations. Il m’appela buveur de sang. Indigné de cette apostrophe, je mis mon opinion dans ma poche, et je votai purement et simplement la mort du tyran. Ceci prouve, citoyens, qu’il y avait une cabale pour empêcher de dire son opinion dans le procès du ci-devant roi.
L’accusé Brissot : Je répondrai à Montaut que je n’ai jamais voté contre un décret en faveur de l’humanité ; elle seule a toujours guidé mes démarches. Mais je ne me rappelle pas d’avoir insulté le témoin.
Le témoin persiste dans sa déposition, et déclare qu’il n’a plus rien à dire.
Le président : Citoyen témoin, avez-vous connaissance du commencement de procédure contre le club des Marseillais, et à quel comité de la Convention elle a été déposée ?
Montaut : Il est venu au comité de sûreté générale, dont j’étais membre, un individu dénoncer Barbaroux pour avoir ordonné aux bataillons de Marseille qui étaient à Paris de marcher à la Convention nationale, sous prétexte qu’on voulait en égorger les membres. La procédure qui a été commencée à ce sujet a été déposée au comité de législation, composé des accuses ou de leurs partisans ; je crois qu’elle en a été soustraite.
L’accusé Duprat : Je n’ai jamais été membre de ce club.
Montaut : On nous a attesté au comité de sûreté générale, que Duprat, Duperret, Barbaroux et Buzot allaient tantôt au club des Marseillais, et tantôt aux Jacobins, pour savoir ce qui se passait, et prendre leurs mesures en conséquence.
On entend un autre témoin.
Pierre-François Réal, substitut du procureur de la commune : J’ai peu de faits particuliers à dire. Je demeurais dans la maison où logeait Valazé ; je déclare qu’il se tenait chez lui des conciliabules nocturnes, que deux ou trois fois j’ai vu sortir à minuit une grande quantité de personnes dont j’ignore les noms ; mais mon fils, qui allait souvent chez Valazé, pourra les faire connaître. Ce que je puis affirmer, c’est que Gorsas et Barbaroux y allaient.
Le lendemain de l’insurrection qui éclata à Paris au sujet du sucre, il y eut plusieurs personnes d’arrêtées, et notamment un domestique qui excitait le peuple au pillage, et que nous fîmes conduire en prison. Ducos vint réclamer ce domestique qui était étranger, ou qui appartenait à un étranger ; je ne puis affirmer lequel des deux. Je dis à Ducos que s’il était coupable, il serait puni. Nous renvoyâmes cet homme pardevant le comité de police de la commune, et j’ignore quel a été le résultat de cette affaire. Je me rappelle encore que Ducos, à qui je fis le rapport du danger qu’avait couru Pache en s’opposant au pillage, parut entrer dans mes peines, et je ne fus pas peu étonné de voir le lendemain Ducos, qui rédigeait la Chronique, dire beaucoup de mal de cette journée, calomnier et le peuple et ses magistrats. Voilà tous les faits qui sont à ma connaissance.
L’accusé Ducos : C’est la citoyenne Rousseau, qu’on accuse faussement d’être une ci-devant, qui m’avait prié d’aller réclamer un domestique d’un de ses amis qui avait été dans les pillages.
L’accusé Valazé : La déposition du témoin est parfaitement exacte. Je lui reproche seulement d’avoir donné le nom de conciliabules aux visites que me rendaient mes collègues. Il est vrai que c’était le soir qu’ils se rendaient chez moi, mais les séances de la Convention nationale finissant tard, nous ne pouvions nous voir que la nuit.
Un autre témoin est entendu.
Philippe-François Fabre d’Eglantine, député à la Convention nationale : Je dois commencer par un fait qui fera connaître la théorie et la manière de penser de la faction. Les citoyens Freminger et Loiseau, députés du département de l’Eure, m’ont rapporté qu’étant un jour réunis rue Saint-Florentin, avec Brissot, Guadet et plusieurs autres membres de la faction, après une discussion où il était question de savoir quelle était la part que le peuple prenait aux révolutions, Brissot dit : Le peuple est fait pour servir les révolutions ; mais quand elles sont faites, il doit rentrer chez lui, et laisser à ceux qui ont plus d’esprit que lui la peine de diriger.
L’accusé Brissot : Le peuple n’est souverain que lorsque la masse des citoyens est réunie, Voilà sans doute ce que j’ai dit.
Fabre d’Eglantine : Je persiste à dire que les deux témoins que j’ai désignés n’ont déclaré le fait, tel que je le rapporte. Le second fait est l’éloignement des brissotins pour la révolution du 10 août, et le refus qu’ils ont fait de se réunir aux patriotes. Il faut d’abord rappeler aux jurés que les Jacobins, inquiets de la dispute qui s’était élevée entre les patriotes au sujet de la déclaration de guerre, résolurent de réunir les deux partis, afin d’agir en commun pour opérer le renversement du trône. Les Jacobins firent des démarches auprès des brissotins et des girondins, et auprès de Pétion avec lequel ils étaient intimement liés. Je n’ai rien négligé pour opérer cette réunion ; mais toutes mes démarches ont été infructueuses. Je fus un jour avec Danton diner chez Pétion ; nous le suppliâmes d’être propice à la révolution du 10 août. Nous ne reçûmes pour réponse que des affronts sanglants. Une grande partie des accusés y étaient ; ils n’osèrent pas ouvertement s’opposer à un mouvement populaire ; mais ils le désiraient dans le sens de celui du 20 juin, pour intimider seulement la cour, et non l’abattre.
Le président : Vous rappelez-vous les noms des personnes qui étaient chez Pétion, et parmi les accusés s’en trouve-t-il plusieurs ?
Fabre d’Eglantine : Brissot ne se trouva pas au commencement du diner ; mais lorsqu’il arriva, nous jugeâmes, par l’accueil qu’on lui fit, de l’influence qu’il avait sur cette réunion.
L’accusé Brissot : Il a toujours été dans mon caractère de désirer la réunion de tous les patriotes. Je crois me rappeler que ce ne fut qu’après la journée du 10 août que Fabre me parla de réunion. Il me dit : Les patriotes veulent porter Danton au ministère, vous opposerez-vous à sa nomination ? Je répondis : Non, au contraire ce doit être le sceau de notre réconciliation.
Fabre : J’ai dit que c’était Pétion qui s’opposait davantage à la réunion. Trois jours après le 10 août, Brissot témoigna un grand intérêt pour la personne de Capet ; dans l’espace de trois heures il est venu plusieurs fois à l’hôtel de la Justice pour y faire loger le tyran. Danton crut voir dans cette démarche un projet formé par la faction, pour l’embarrasser dans sa marche révolutionnaire ; cependant Danton aurait cédé son logement si la commune de Paris n’était venue lever tous les obstacles, en proposant de placer le tyran au Temple. Citoyens, la faction voulait le laisser près de l’Assemblée, afin d’être plus à portée de le protéger.
L’accusé Brissot : La commission des Vingt-et-Un était obsédée par un grand nombre de membres de l’Assemblée qui voulaient qu’on chassât le roi de son enceinte, c’était naturel ; mais il fallait trouver un logement : et comme l’Assemblée n’avait pas encore prononcé sur le roi, la commission des Vingt-et-Un ne voulut pas l’éloigner du lieu de ses séances.
Fabre d’Eglantine : Je passe à un autre fait. Je me trouvai un jour chez le ministre des affaires étrangères, où étaient rassemblés Roland, Servan , Clavière, Lebrun , Danton et Pétion. Au bout du jardin une espèce de conseil fut tenu. Roland prit la parole et dit : Les nouvelles sont très alarmantes, il faut partir. Danton lui demanda où il comptait aller ? A Blois, reprit Roland ; et il faut, ajouta-t-il, emmener avec nous le trésor et le roi. Clavière appuya la proposition de Roland. Servan dit qu’il n’y avait pas d’autre parti à prendre, et Kersaint qui arrivait de Sedan, ajouta : Il faut absolument partir ; car il est aussi impossible que dans quinze jours Brunswick ne soit pas à Paris, qu’il est impossible que le coin n’entre pas dans la bûche quand on frappe dessus. Danton s’opposa fortement à cette proposition, et l’on convint de ne prendre aucune détermination avant d’avoir reçu des nouvelles plus positives.
L’accusé Vergniaud : Je ne sais pas ce qui s’est passé au conseil exécutif ; mais ce que je sais, c’est qu’au comité des Vingt-et-Un on était très alarmé.
Fabre d’Eglantine : Après le 10 août, la première opération que le ministre de la justice se promit de faire, fut de changer le sceau de l’Etat. Il s’adressa à la commission des Vingt-et-Un, pour opérer ce changement. Il éprouva une résistance qui lui donna beaucoup d’humeur, et il sollicita des artistes pour lui présenter un type qui fût adapté aux circonstances. On lui en présenta un qu’il adopta; c’était un Hercule terrassant le royalisme, entouré de quatre-vingt-quatre étoiles, symbole de l’amitié qui liait les quatre-vingt-quatre départements de la France. Il présenta ce type au comité des Vingt-et-Un, qui l’adopta, après avoir fait retrancher les étoiles et tout signe d’union ; fait qui, quoique minutieux, prouve que dès ce temps les membres de ce comité avaient des idées de fédéralisme.
L’accusé Gensonné : J’ai été nommé le 12 ou le 13 d’août membre de la commission des Vingt-et-Un. On y discutait la question de savoir si provisoirement on changerait le sceau de l’Etat. J’ai appuyé l’avis. Voilà ce que je sais sur ce fait.
Fabre : En sortant un jour de la Convention nationale, nous nous rassemblâmes sept patriotes pour aller diner ensemble ; Ducos nous aborda et nous demanda s’il pouvait venir avec nous. Nous lui dimes que oui. Pendant le diner, la conversation se passa de notre part en peintures du caractère des membres de la faction et de leur marche, et de celle de Ducos en atténuation. Cependant, à la fin du diner, Ducos nous dit : Vous les jugez très bien ; ce que vous dites est vrai ; mais vous avez oublié de parler du plus scélérat d’entre eux, c’est Gensonné.
L’accusé Ducos : Il est vrai que l’indépendance de mon caractère et de mon opinion me permettait de fréquenter les députés des deux partis. J’assistai au diner dont a parlé Fabre. La conversation tomba sur les personnes avec lesquelles j’étais lié dans l’Assemblée législative. La partialité n’entrait point dans le portrait qu’on faisait d’eux. Alors je dis : Vous jugez vos adversaires sans prévention ; mais il en est qui mettent de la haine dans leur jugement. Quant au propos que le témoin me prête sur Gensonné, je déclare qu’il avait des opinions politiques qui ne me plaisaient pas, qu’il avait des liaisons dont je voulais éclaircir le motif ; mais je n’ai jamais dit qu’il fût un scélérat.
Fabre persiste dans sa déclaration ; il ajoute que Danton, Camille Desmoulins et Tallien pourront attester le fait.
Fabre : Je vais citer un fait relatif à l’armoire de fer. Roland, après avoir enlevé le dépôt des Tuileries, fut arrêté par la sentinelle qui avait ordre de ne laisser sortir aucun paquet sans un laissez-passer signé Roussel ; les personnes qui ne rapportèrent ce fait me dirent que Roland avait l’air fort embarrassé ; heureusement pour lui qu’un de ses affidés lui donna un laissez-passer, et lui procura ainsi le moyen de soustraire les papiers qui pouvaient le compromettre ainsi que la faction. Citoyens, si Roland n’avait point eu d’intentions criminelles lorsqu’il trouva cette armoire, n’aurait-il pas fait part de la découverte qu’il venait de faire, aux commissaires de la Convention qui étaient dans le château même des Tuileries ?
Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir, après les premières séances de la Convention, que toutes les démarches de la faction tendaient à perdre le peu de montagnards qui existaient alors. Ce fut Kersaint qui sonna la charge, et il fut suivi par tous les conjurés. Le silence fut la seule réponse que nous fîmes à leurs diatribes.
Je dois faire connaître aux citoyens jurés les remarques que j’ai faites sur les circonstances du vol du Garde-meubles. Nommé par la Convention nationale pour, conjointement avec Cambon et Audrein, assister à la levée des scellés du Garde-meubles, nous entrâmes par la même fenêtre où les voleurs s’étaient introduits ; nous trouvâmes les scellés rompus ; j’examinai cet endroit par où les voleurs étaient entrés, et je me convainquis qu’ils n’avaient pu le faire sans enlever une lourde espagnolette qui traversait la croisée ; si cette barre de fer était à sa place, les voleurs n’ont pu l’enlever par la fracture qu’ils ont faite à la fenêtre ; si elle n’y était pas, pourquoi cette négligence de la part de celui qu’on avait commis à la garde de ce dépôt précieux ? Et cet agent était Restou, créature de Roland.
Sur la fin de sa session, l’Assemblée législative avait créé une commission des monuments ; après la journée du 10 août, Lemoine-Crécy, garde général du Garde-meubles, se présenta à cette commission, et la pria de venir vérifier l’état de ce dépôt ; elle y alla. Lemoine-Crécy reporta dans la salle des bijoux, la boite, qui renfermait les diamants de la couronne, et qu’il tenait cachée chez lui depuis le commencement des troubles. Les membres de la commission se firent ouvrir ces boites par curiosité ; ils virent tous les diamants qu’elles renfermaient, et, ennuyés d’attendre les bijoutiers qui en devaient faire l’examen, ils les refermèrent, les laissèrent dans la salle, et apposèrent les scellés sur la porte. Il fut pris jour avec Lemoine-Crécy pour faire l’inventaire de ces bijoux, afin de lui en donner décharge ; ce fut dans cet intervalle que Roland donna ordre à Crécy de céder sa place à Restou. On écrivit aux bijoutiers de venir faire l’examen des bijoux: ils ne vinrent pas ; on récrivit une seconde fois. Un d’eux était en chemin pour se rendre à l’invitation ; mais il rencontra un quidam qui lui dit : Vous allez faire des pas inutiles, car vous ne trouverez personne ; il retourna sur ses pas, et le lendemain le vol fut fait.
Dans la procédure qui a été faite contre les voleurs qui ont été mis à mort, il n’a été nullement question de la cassette de bijoux dont je viens de parler, et que Crécy avait déposée en présence des membres de la commission des monuments, dans l’une des salles du Garde-meubles. J’observe d’ailleurs que si des hommes, pressés par les circonstances, eussent trouvé cette cassette, ils s’en seraient contentés, et ne se seraient pas amusés à briser des vases pour en retirer le peu d’argent qui les décorait. Voilà ce que j’avais à dire sur ce vol extraordinaire. J’ajoute un fait ; c’est que Thuriot m’a dit qu’un de ces voleurs, arrêté dans le faubourg Saint-Antoine, fut assassiné au moment où il allait donner des éclaircissements. J’appelle sur ce vol la responsabilité de Roland et celle de toute la coalition dont il faisait partie.
L’accusateur public : J’ajoute un fait. Les voleurs du Garde-meubles se sont échappés des prisons le 2 septembre. J’envoyai quinze mandats d’arrêt au ministre de l’intérieur, Roland, pour les faire réintégrer dans les prisons ; ces mandats d’arrêt sont restés sans exécution.
Fabre d’Eglantine : Lorsque nous fûmes au Garde-meubles, après le vol, nous y trouvâmes du feu, du pain, du vin, enfin un établissement complet ; ce qui prouve que ces voleurs étaient privés, et qu’ils étaient là depuis plusieurs jours.
L’accusé Vergniaud : Je ne me crois pas réduit à l’humiliation de me justifier d’un vol.
Fabre : Les calomnies que l’on n’a cessé de répandre contre les patriotes, relativement aux massacres du 2 septembre, les ont forcés à rappeler dans leur souvenir tout ce qui s’était passé à cette époque. Nous nous sommes persuadés que les hommes qui tiraient un si grand parti de ce désastre pouvaient être soupçonnés d’en être les auteurs, et je vais citer, à l’appui de cette présomption, un fait que je tiens de Duhem.
Les massacres avaient duré trois jours, ils étaient interrompus, les massacreurs se présentèrent chez Pétion et lui dirent : Monsieur le maire, nous avons dépêché ces coquins-là ; il en reste encore quatre-vingts, que voulez-vous que nous en fassions ? Citoyens, ce moment était favorable pour arrêter ces scélérats ; eh bien ! au lieu de le faire, Pétion leur dit : Mes amis, ce n’est pas à moi qu’il faut s’adresser. Vous êtes bons citoyens. Donnez à boire à ces messieurs ; ils burent et retournèrent massacrer. Lorsque la faction a fait décréter qu’on poursuivrait les auteurs des massacres du 2 septembre, il est bon de vous faire remarquer que Maillard, l’un des principaux auteurs de cette journée, n’a pas même été arrêté.
Le président : Savez-vous, citoyen témoin, si Kellermann, lorsqu’il est venu à Paris, était porteur de dépêches pour Gensonné, de la part de Dumouriez ?
Fabre : Kellermann me l’a dit.
Gensonné : Je déclare n’en avoir reçu que deux des mains de Kellermann.
Fabre d’Eglantine : Au commencement de l’établissement du comité de défense générale, il n’était composé que des membres de la faction, j’assistai à toutes ses séances. Un jour où les nouvelles des armées ne nous avaient pas été favorables, Brissot, Guadet et le général Laclos vinrent au comité ; les deux premiers avec des discours préparés, proposèrent de porter la guerre en Espagne, et d’entrer sur le territoire de cette puissance par l’Aragon et par la Catalogne. Leur plan était de tirer toutes les troupes du Midi. Le général Laclos l’appuya fortement ; je demandai la parole, quoique je ne fusse pas membre du comité ; je démontrai combien ce plan était désastreux, et combien il était imprudent d’employer la moitié des forces de la république contre une puissance qui ne s’était point encore déclarée, tandis que le Nord exigeait toute notre sollicitude. Ils abandonnèrent ce plan, et il ne fut plus reproduit.
L’accusé Brissot : La conférence dont parle Fabre a eu lieu le 5 janvier, et je dois vous faire connaître, citoyens jurés, quelle était à cette époque notre situation vis-à-vis de l’Espagne. Si vous consultez la correspondance de Bourgoin, vous y verrez ces propres mois : « La reine d’Espagne est furieuse contre la république française ; elle vient de faire chasser d’Aranda, qui paraissait incliner à la paix, etc. » Le conseil exécutif fit demander par Bourgoin, la cessation des armements ; mais ce fut inutilement. Que devait faire le comité de défense générale ? prendre des mesures vigoureuses contre l’Espagne. Mon opinion était de tenter une descente en Espagne, en même temps que nos armées navales lui enlèveraient le Mexique. On discutait donc la question de savoir si cette guerre serait offensive ou défensive. Laclos voulait qu’on attaquât, Carnot s’y opposait ; mais j’observe qu’il n’était pas question de désorganiser le Midi. On avait demandé aux départements de l’Hérault et de la Gironde s’ils pouvaient fournir cent mille hommes ; ils répondirent que oui.
Fabre : Comme témoin, je ne juge pas les intentions des accusés ; mais il est certain que si l’on eût adopté la proposition de Brissot, les cent mille hommes qui devaient opérer une descente en Espagne auraient été pris parmi les patriotes, et la révolution sectionnaire qui a eu lieu dans quelques parties du Midi se serait opérée dans toute l’étendue de ces départements. Voilà les motifs qui m’ont fait juger que ce plan pouvait être formé afin d’opérer une révolution sectionnaire. D’ailleurs nous n’avions aucune force dans la Méditerranée, et la proposition de s’emparer du Mexique était ridicule.
Voici un autre fait.
Dans le courant du procès du ci-devant roi, j’allai avec Meaulle, me rafraîchir aux Champs-Elysées ; il me dit, en parlant des accusés : Ils ont voulu me gagner, mais j’ai résisté à leurs promesses. Leur projet est de faire assassiner tous les patriotes de la Montagne. Je termine par un fait. Dix jours avant le passage du Roër, j’étais étonné de ce que Dumouriez eût laissé Maëstricht de côté pour s’engager dans la Hollande ; car nous devions être infailliblement coupés par les ennemis. Je voulus dénoncer Dumouriez; mais Brissot m’en empêcha et me dit : Miranda est devant Maëstricht avec quarante mille hommes. Quelle dut être mon indignation, lorsque j’appris la défaite de notre armée sur le Roër, et que Miranda n’avait que quatorze mille hommes à sa disposition !
Le président : Je demande au citoyen témoin s’il n’a pas connaissance que quelques accusés se soient vantés que la constitution qu’ils avaient d’abord proposée à la Convention était inexécutable ?
Fabre : Ce fait m’a été attesté par Delmas.
Le président : Citoyen témoin, n’était-ce pas la faction qui faisait nommer les généraux ?
Fabre : C’est un fait généralement reconnu.
Le président : Je demande à Brissot s’il n’a pas envoyé à Roland une liste des personnes qu’il devait placer dans ses bureaux ?
L’accusé Brissot : La première fois que Roland arriva au ministère, il me demanda mon opinion sur les hommes que je croyais propres à remplir des places dans les bureaux de l’intérieur ; je fis une liste que je lui envoyai. J’ai cru qu’il était de mon devoir, lorsqu’un ministre me demandait mon opinion sur tels et tels individus, de la donner.
Les accusés Duprat et Lacaze déclarent qu’ils n’ont jamais sollicité les ministres pour personne.