Manifeste des Enragés – Jacques Roux

25 juin 1793

Délégués du peuple français,

Cent fois cette enceinte sacrée a retenti des crimes des égoïstes et des fripons
; toujours vous nous avez promis de frapper les sangsues du peuple. L’acte
constitutionnel va être présenté à la sanction du souverain ; y avez-vous
proscrit l’agiotage ? Non. Avez-vous prononcé la peine de mort contre les
accapareurs ? Non. Avez-vous déterminé en quoi consiste la liberté du commerce ?
Non. Avez-vous défendu la vente de l’argent monnayé ? Non. Eh bien ! Nous vous
déclarons que vous n’avez pas tout fait pour le bonheur du peuple.

La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer
l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche, par le
monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république
n’est qu’un vain fantôme quand la contre-révolution opère, de jour en jour, par
le prix des denrées, auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre
sans verser des larmes.

Cependant, ce n’est qu’en arrêtant le brigandage du négociant, qu’il faut bien
distinguer du commerce ; ce n’est qu’en mettant les comestibles à la portée des
sans-culottes, que vous les attacherez à la Révolution et que vous les rallierez
autour des lois constitutionnelles.

Eh quoi ! Parce que des mandataires infidèles, les hommes d’Etat, ont appelé sur
notre malheureuse patrie les fléaux de la guerre étrangère, faut-il que le riche
nous en déclare une plus terrible encore au-dedans ? Parce que trois cens mille
français, traîtreusement sacrifiés, ont péri par le fer homicide des esclaves
des rois, faut-il que ceux qui gardaient leurs foyers soient réduits à dévorer
des cailloux ? Faut-il que les veuves de ceux qui sont morts pour la cause de la
liberté paient au prix de l’or, jusques au coton dont elles ont besoin pour
essuyer leurs larmes ? Faut-il qu’elles paient au prix de l’or, le lait et le
miel qui servent de nourriture à leurs enfants ?

Mandataires du peuple, lorsque vous aviez dans votre sein les complices de
Dumouriez, les représentants de la Vendée, les royalistes qui ont voulu sauver
le tyran, ces hommes exécrables qui ont organisé la guerre civile, ces sénateurs
inquisitoriaux qui décrétaient d’accusation le patriotisme et la vertu, la
section des Gravilliers suspendit son jugement… Elle s’aperçut qu’il n’était
pas du pouvoir de la Montagne de faire le bien qui était dans son coeur, elle se
leva…

Mais aujourd’hui que le sanctuaire des lois n’est plus souillé par la présence
des Gorsas, des Brissot, des Pétion, des Barbaroux et des autres chefs des
appelants, aujourd’hui que ces traîtres, pour échapper à l’échafaud, sont allés
cacher, dans les départements qu’ils ont fanatisés, leur nullité et leur infamie
; aujourd’hui que la Convention nationale est rendue à sa dignité et à sa
vigueur, et n’a besoin pour opérer le bien que de le vouloir, nous vous
conjurons, au nom du salut de la république, de frapper d’un anathème
constitutionnel l’agiotage et les accaparements, et de décréter ce principe
général que le commerce ne consiste pas à ruiner, à désespérer, à affamer les
citoyens.

Les riches seuls, depuis quatre ans, ont profité des avantages de la Révolution.
L’aristocratie marchande, plus terrible que l’aristocratie nobiliaire et
sacerdotale, s’est fait un jeu cruel d’envahir les fortunes individuelles et les
trésors de la république ; encore ignorons-nous quel sera le terme de leurs
exactions, car le prix des marchandises augmente d’une manière effrayante, du
matin au soir. Citoyens représentants, il est temps que le combat à mort que
l’égoïste livre à la classe la plus laborieuse de la société finisse. Prononcez
contre les agioteurs et les accapareurs. Ou ils obéiront à vos décrets ou ils
n’y obéiront pas. Dans la première hypothèse, vous aurez sauvé la patrie ; dans
le second cas, vous aurez encore sauvé la patrie, car nous serons à portée de
connaître et de frapper les sangsues du peuple.

Eh quoi ! Les propriétés des fripons seraient-elles quelque chose de plus sacré
que la vie de l’homme ? La force armée est à la disposition des corps
administratifs, comment les subsistances ne seraient-elles pas à leur
réquisition ? Le législateur a le droit de déclarer la guerre, c’est-à-dire de
faire massacrer les hommes, comment n’aurait-il pas le droit d’empêcher qu’on
pressure et qu’on affame ceux qui gardent leurs foyers ?

La liberté du commerce est le droit d’user et de faire user, et non le droit de
tyranniser et d’empêcher d’user. Les denrées nécessaires à tous doivent être
livrées au prix auquel tous puissent atteindre, prononcez donc, encore une
fois… les sans culottes avec leurs piques feront exécuter vos décrets.

Vous n’avez pas hésité à frapper de mort ceux qui oseraient proposer un roi, et
vous avez bien fait ; vous venez de mettre hors la loi les
contre-révolutionnaires qui ont rougi, à Marseille, les échafauds du sang des
patriotes, et vous avez bien fait ; vous auriez encore bien mérité de la patrie,
si vous eussiez expulsé de nos armées les nobles et ceux qui tenaient leurs
places de la cour ; si vous eussiez pris en otage les femmes, les enfants des
émigrés et des conspirateurs, su vous eussiez retenu pour les frais de la guerre
les pensions des ci-devant privilégiés, si vous eussiez confisqué au profit des
volontaires et des veuves les trésors acquis depuis la révolution par les
banquiers et les accapareurs ; si vous eussiez chassé de la Convention les
députés qui ont voté l’appel au peuple, si vous eussiez livré aux tribunaux
révolutionnaires les administrateurs qui ont provoqué le fédéralisme, si vous
eussiez frappé du glaive de la loi les ministres et les membres du conseil
exécutif qui ont laissé former un noyau de contre-révolution à la Vendée, si
enfin vous eussiez mis en état d’arrestation ceux qui ont signé les pétitions
anti-civiques, etc., etc. Or les accapareurs et les agioteurs ne sont-ils pas
autant et plus coupables encore ? Ne sont-ils pas, comme eux, de véritables
assassins nationaux ?

Ne craignez donc pas de faire éclater sur ces vampires la foudre de votre
justice ; ne craignez pas de rendre le peuple trop heureux. Certes, il n’a
jamais calculé lorsqu’il a été question de tout faire pour vous. Il vous a
prouvé, notamment dans les journées du 31 mai et du 2 juin, qu’il voulait la
liberté toute entière. Donnez-lui en échange du pain, et un décret ; empêchez
qu’on ne mette le bon peuple à la question ordinaire et extraordinaire par le
prix excessif des comestibles.

Jusques à présent, les gros marchands qui sont par principe les fauteurs du
crime, et par habitude les complices des rois, ont abusé de la liberté du
commerce pour opprimer le peuple ; ils ont faussement interprété cet article de
la déclaration des droits de l’homme qui établit qu’il est permis de faire tout
ce qui n’est pas défendu par la loi. Eh bien ! décrétez constitutionnellement
que l’agiotage, la vente de l’argent-monnaie, et les accaparements sont
nuisibles à la société. Le peuple qui connaît ses véritables amis, le peuple qui
souffre depuis si longtemps verra que vous vous apitoyez sur son sort, et que
vous voulez sérieusement guérir ses maux ; quand on aura une loi claire et
précise, dans l’acte constitutionnel, contre l’agiotage et les accaparements, il
verra que la cause du pauvre vous tient plus à cœur que celle du riche ; il
verra qu’il ne siège point parmi vous des banquiers, des armateurs, et des
monopoleurs ; il verra enfin que vous ne voulez pas la contre-révolution.

Vous avez, il est vrai, décrété un emprunt forcé d’un milliard sur le riche ;
mais si vous n’arrachez pas l’arbre de l’agiotage, si vous ne mettez un frein
national à l’avidité des accapareurs, le capitaliste, le marchand, dès le
lendemain, lèveront cette somme sur les sans-culottes, par le monopole et les
concussions ; ce n’est donc plus l’égoïste, mais le sans-culotte que vous avez
frappé ; avant votre décret, l’épicier et le banquier n’ont cessé de pressurer
les citoyens ; quelle vengeance n’exerceront-ils pas aujourd’hui que vous les
mettez à contribution ? quel nouveau tribut ne vont-ils pas lever sur le sang et
les larmes du malheureux ?

En vain objecterait-on que l’ouvrier reçoit un salaire en raison de
l’augmentation du prix des denrées, la vérité il en est quelques-uns dont
l’industrie est payée plus cher ; mais il en est aussi beaucoup dont la main
d’œuvre est moins salariée depuis la Révolution. D’ailleurs tous les citoyens ne
sont pas ouvriers ; tous les ouvriers ne sont pas occupés, et parmi ceux qui le
sont, il en est qui ont huit à dix enfants incapables de gagner leur vie, et les
femmes en général ne gagnent pas au-delà de vingt sous par jour.

Députés de la Montagne, que n’êtes vous montés depuis le troisième jusqu’au
neuvième étage des maisons de cette ville révolutionnaire, vous auriez été
attendris par les larmes et les gémissements d’un peuple immense sans pain et
sans vêtements, réduit à cet état de détresse et de malheur par l’agiotage et
les accaparements, parce que les lois ont été cruelles à l’égard du pauvre,
parce qu’elles n’ont été faites que par les riches et pour les riches.

O rage, ô honte du XVIIIème siècle ! Qui pourra croire que les représentants du
peuple français qui ont déclaré la guerre aux tyrans du dehors ont été assez
lâches pour ne pas écraser ceux du dedans ? Sous le règne des Sartines et des
Flesselles, le gouvernement n’aurait pas toléré qu’on fît payer les denrées de
première nécessité trois fois au-dessus de leur valeur ; que dis-je ? Ils
fixaient le prix des armes et de la viande pour le soldat ; et la Convention
nationale, investie de la force de vingt-cinq millions d’hommes, souffrira que
le marchand et le riche égoïste leur portent habituellement le coup de la mort,
en taxant arbitrairement les choses les plus utiles à la vie. Louis Capet
n’avait pas besoin, pour opérer la contre-révolution, de provoquer la foudre des
puissances étrangères. Les ennemis de la patrie n’avaient pas besoin d’incendier
d’une pluie de feu les départements de l’Ouest, l’agiotage et les accaparements
suffisent pour renverser l’édifice des lois républicaines.

Mais c’est la guerre, dira-t-on, qui est la cause de la cherté des vivres.
Pourquoi donc, représentants du peuple, l’avez-vous provoquée en dernier lieu ?
Pourquoi, sous le cruel Louis XIV, le Français eut-il à repousser la ligue des
tyrans, et l’agiotage n’étendit pas sur cet empire l’étendard de la révolte, de
la famine et de la dévastation ? Et, sous ce prétexte il serait donc permis au
marchand de vendre la chandelle six francs la livre, le savon six francs la
livre, l’huile six francs la livre.

Sous le prétexte de la guerre, le sans-culotte paierait donc les souliers
cinquante livres la paire, une chemise cinquante livres, un mauvais chapeau
cinquante livres. C’est pour le coup qu’on pourrait dire que les prédictions de
Cazalès et de Maury sont accomplies ; dans ce cas, vous auriez conspiré, avec
eux, contre la liberté de la patrie, que dis-je, vous les auriez surpassés en
trahison. C’est pour le coup que les Prussiens et les Espagnols pourraient dire
: nous sommes les maîtres d’enchaîner les Français car ils n’ont pas le courage
d’enchaîner les monstres qui les dévorent, c’est pour le coup qu’on pourrait
dire : qu’en répandant à propos des millions, qu’en associant les bourgeois et
les gros marchands au parti des contre-révolutionnaires, la république se
détruirait par elle-même.

Mais c’est le papier ; dit-on encore, qui est la cause de la cherté des vivres :
ah ! le sans-culotte ne s’aperçoit guère qu’il y en a beaucoup en circulation…
Au reste sa prodigieuse émission est une preuve du cours qu’il a et du prix
qu’on y attache. Si l’assignat a une hypothèque réelle, s’il repose sur la
loyauté de la nation française, la quantité des effets nationaux ne leur ôte
donc rien de leur valeur. Parce qu’il y a beaucoup de monnaie en circulation,
est-ce une raison pour oublier qu’on est homme, pour commettre dans les tavernes
du commerce des brigandages, pour se rendre maître de la fortune et de la vie
des citoyens, pour employer tous les moyens d’oppression que suggèrent l’avarice
et l’esprit de parti, pour exciter le peuple à la révolte et le forcer par la
disette et le supplice des besoins à dévorer ses propres entrailles ?

Mais les assignats perdent beaucoup dans le commerce… Pourquoi donc les
banquiers, les négociants et les contre-révolutionnaires du dedans et du dehors
en remplissent-ils leurs coffres ? Pourquoi ont-ils la cruauté de diminuer le
salaire de certains ouvriers, et n’accordent-ils pas une indemnité aux autres ?
Pourquoi n’offrent-ils pas l’escompte, lorsqu’ils acquièrent les domaines
nationaux ? L’Angleterre, dont la dette excède peut-être vingt fois la valeur de
son territoire et qui n’est florissante que par le papier de sa banque,
paie-telle à proportion les denrées aussi cher que nous les payons ? Ah ! le
ministre Pitt est trop adroit pour laisser accabler ainsi les sujets de Georges
! Et vous, citoyens représentants, vous, les députés de la Montagne, vous qui
vous faites gloire d’être du nombre des sans-culottes, du haut de votre immortel
rocher, vous n’anéantirez pas l’hydre sans cesse renaissante de l’agiotage !

Mais ajoute-ton, on tire de l’étranger bien des articles, et il ne veut en
paiement que de l’argent. Cela est faux ; le commerce s’est presque toujours
fait par l’échange de marchandise contre marchandise, et du papier contre papier
; souvent même on a préféré des effets au numéraire. Les espèces métalliques qui
circulent en Europe ne suffiraient pas, pour acquitter la cent-millième partie
des billets qui sont en émission. Ainsi, il est clair comme le jour, que les
agioteurs et les banquiers ne discréditent les assignats que pour vendre plus
cher leur argent, pour trouver occasion de faire impunément le monopole et de
trafiquer dan le comptoir du sang des patriotes, qu’ils brûlent de verser.

Mais l’on ne sait pas comment les choses tourneront. –Il est très certain que
les amis de l’égalité ne souffriront pas toujours qu’on les fasse égorger au
dehors et qu’au-dedans on les assiège par la famine. Il est très certains que
toujours ils ne seront pas les dupes de cette peste publique, des charlatans qui
nous rongent comme des vers, des accapareurs dont les magasins ne sont plus
qu’un repaire de filous.

Mais, lorsque la peine de mort est prononcée contre quiconque tenterait de
rétablir la royauté, lorsque des légions innombrables de citoyens soldats
forment avec leurs armes une voûte d’acier, lorsqu’elles vomissent de toutes
parts le salpêtre et le feu sur une horde de barbares, le banquier et
l’accapareur peuvent-ils dire qu’ils ne savent pas comment les choses tourneront
? Au reste, s’ils l’ignorent, nous venons le leur apprendre. Le peuple veut la
liberté et l’égalité, la république ou la mort ; et voilà précisément ce qui
vous désespère, agioteurs, vils suppôts de la tyrannie.

N’ayant pu réussir à corrompre le cœur du peuple, à le subjuguer par la terreur
et la calomnie, vous employez les dernières ressources des esclaves pour
étouffer l’amour de la liberté. Vous vous emparez des manufactures, des ports de
mer, de toutes les branches du commerce, de toutes les productions de la terre
pour faire mourir de faim, de soif et de nudité, les amis de la patrie, et les
déterminer à se jeter entre les bras du despotisme.

Mais les fripons ne réduiront pas à l’esclavage un peuple qui ne vit que de fer
et de liberté, de privations et de sacrifices. Il est réservé aux partisans de
la monarchie de préférer des chaînes antiques et des trésors à la République et
à l’immortalité.

Ainsi, mandataires du peuple, l’insouciance que vous montreriez plus longtemps
serait un acte de lâcheté, un crime de lèse-nation. Il ne faut pas craindre
d’encourir la haine des riches, c’est-à-dire des méchants. Il ne faut pas
craindre de sacrifier les principes politiques au salut du peuple, qui est la
suprême loi.

Convenez donc avec nous que par pusillanimité vous autorisez le discrédit du
papier, vous réparez la banqueroute, en tolérant des abus, des forfaits dont le
despotisme eût rougi, dans les derniers jours de sa barbare puissance.

Nous savons sans doute qu’il est des maux inséparables d’une grande révolution,
qu’il n’est pas de sacrifices qu’on ne doive faire, pour le triomphe de la
liberté, et qu’on ne saurait trop payer cher le plaisir d’être républicain ;
mais aussi nous savons que le peuple a été trahi par deux législatures ; que les
vices de la Constitution de 1791 ont été la source des calamités publiques, et
qu’il est temps que le sans-culotte qui a brisé le sceptre des rois, voie le
terme des insurrections et de toute espèce de tyrannie.

Si vous n’y portez un prompt remède, comment ceux qui n’ont aucun état, ceux qui
n’ont que 2, 3, 4, 4 ou 6 cents livres de rentes, encore mal payées, soit en
pension viagère, soit sur des caisses particulières subsisteront-ils, si vous
n’arrêtez le cours de l’agiotage et des accapareurs, et cela par un décret
constitutionnel qui n’est pas sujet aux variations des législateurs. Il est
possible que nous n’ayons la paix que dans vingt ans ; les frais de la guerre
occasionneraient une émission nouvelle de papier ; voudriez-vous donc perpétuer
nos maux pendant tout ce temps-là, déjà trop long, par l’autorisation tacite de
l’agiotage et des accaparements ? Ce serait là le moyen d’expulser tous les
étrangers patriotes, et d’empêcher les peuples esclaves de venir respirer en
France l’air pur de la liberté.

N’est-ce donc pas assez que vos prédécesseurs, pour la plupart d’infâme mémoire,
nous aient légué la monarchie, l’agiotage et la guerre, sans que vous nous
léguiez la nudité, la famine et le désespoir ? Faut-il que les royalistes et les
modérés, sous prétexte de la liberté du commerce, dévorent encore les
manufactures, les propriétés ? qu’ils s’emparent du blé des champs, des forêts
et des vignes, de la peau même des animaux et qu’ils boivent encore dans des
coupes dorées le sans et les larmes de citoyens, sous la protection de la loi ?

Députés de la Montagne, non, non, vous ne laisserez pas votre ouvrage imparfait
; vous fonderez les bases de la prospérité publique ; vous consacrerez les
principes généraux et répressifs de l’agiotage et des accapareurs ; vous ne
donnerez pas à vos successeurs l’exemple terrible de la barbarie des hommes
puissants sur le faible, du riche sur le pauvre ; vous ne terminerez pas enfin
votre carrière avec ignominie.

Dans cette pleine confiance, recevez ici le nouveau serment que nous faisons de
défendre jusques au tombeau la liberté, l’égalité, l’unité et l’indivisibilité
de la République et les sans-culottes opprimés des départements.

Qu’ils viennent, qu’ils viennent bien vite à Paris, cimenter les liens de la
fraternité ! c’est alors que nous leur montrerons ces piques immortelles qui ont
renversé la Bastille ; ces piques qui fait tomber en putréfaction la commission
des douze et la faction des hommes d’État, ces piques qui feront justice des
intrigants et des traîtres, de quelque masque qu’ils se couvrent et quelque pays
qu’ils habitent. C’est alors que nous les conduirons au pied de ce jeune chêne
où les Marseillais et les sans-culottes des départements abjurèrent leur erreur,
et firent serment de renverser le trône. C’est alors enfin que nous les
accompagnerons dans le sanctuaire des lois, où d’une main républicaine nous leur
montrerons le côté qui voulut sauver le tyran et la Montagne qui prononça sa
mort.

Vive la vérité, vive la Convention nationale, vive la république française !