Lettres de Camille Desmoulins

Lettre anonyme à Camille Desmoulins.
Anecdote dont je garantis l’authenticité.

M. de Narbonne, le chevalier de Mesdames, est arrivé à Paris, jeudi dernier, à 8 heures du matin, et est allé descendre chez l’évêque d’Autun. Le nouvel apôtre était encore couché, il a fallu le réveiller parce que le pieux chevalier voulait absolument lui parler. On a su après que Mirabeau s’est entendu avec le calotin Talleyrand pour arracher à l’assemblée nationale le décret en question sur les deux dames.

Autre anecdote.

Il y a trois jours que les deux mêmes personnages, id est Mirabeau auquel on a arraché hier le masque patriotique et pour toujours, soupait tête à tête avec l’abbé Talleyrand, chez Velloni, restaurateur italien, qui est à la place des Victoires. A une heure du matin est venu les rejoindre M. Lafayette, en habit bourgeois, et ce triumvirat est resté assemblé au même endroit jusque bien avant dans la nuit.

Autre anecdote.

J’ai dénoncé moi-même, ces’ jours-ci, au comité des recherches de l’assemblée nationale, un secrétaire de l’empereur, qui est logé dans un hôtel garni et dont je leur ai bien dit le nom. Cet émissaire autrichien reçut, le jour du mouvement qu’il y a eu au Luxembourg, un message porté par un valet de pied de Monsieur, frère du roi, lequel valet de pied a été cherché à la hâte l’Autrichien. On ne sait pas ce qui s’en est suivi. Cela arriva au même moment que Monsieur se rendit du Luxembourg aux Tuileries.
Je vous envoie ces anecdotes pour que vous en fassiez usage dans votre prochain n°, mais je vous demande en grâce de ne pas me nommer. Je vous en fournirai d’autres si cela vous est agréable. Les écrivains patriotes sont si rares ! vous voyez que notre Brissot nous quitte aussi. Vous n’avez qu’à lire sa feuille d’aujourd’hui, il est tout-à-fait dans le parti de Lafayette. Lisez le détestable ami des patriotes, et vous serez convaincu d’une coalition entre les deux.
Vale. Nota manus.

space

Lettre de Sillery à Camille Desmoulins.

3 mars 1791.

Il y a bien longtemps, mon cher Camille, que je n’ai eu le plaisir de vous écrire. Depuis 15 jours, je suis attaché au bureau de l’assemblée nationale, et j’ai le projet de vous donner à diner de dimanche en huit, jour où je quitterai mon ennuyeuse commission. J’aurais besoin de vous voir, pour remettre mon esprit qui finirait par m’abandonner, si j’étais obligé de l’occuper du triste procès-verbal. Madame de Sillery vient diner chez moi avec Péthion et Robespierre, et j’ose prier votre aimable et jolie femme de me faire cet honneur. Madame de Sillery me charge de vous dire qu’elle vous aime toujours, mais qu’elle a peur que vous ne soyez assez enfant pour la bouder.
Venez, mon cher Camille, et si jamais vous vous êtes trouvé en pure et exacte démocratie, ce sera de dimanche en huit où j’espère vous embrasser.

Un petit mot de réponse.

Sillery.

space

Lettre d’Anthoine à Camille Desmoulins.

Paris, ce 7 juin 1791.

Toujours brave, mais souvent trop crédule Desmoulins, je vous envoie un ouvrage auquel j’attache quelque prix parce qu’il développe d’utiles vérités. Je serais trop heureux si je pouvais concourir à détruire en France la plus funeste des aristocraties et les plus anti-civiques de tous les préjugés. Je vous engage à répandre par la voie de votre journal les principes que j’ai exposés. Ils sont aussi les vôtres. Demain je vous ferai passer de nouveaux développements et une réponse au discours que les six comités réunis ont prononcé aux jacobins, M. de Crancé portant la parole, dont la société a ordonné l’impression. Adieu, patriote Camille, redoublons d’énergie et surtout ne nous reposons plus sur des nobles, du soin de défendre la liberté.

François-Paul-Nicolas Anthoine.

space

Lettre de Camille Desmoulins à …..

Août 1791.

Cher et illustre frère,

Vous m’avez dit, dans notre dernière entrevue, qu’on répandait que le numéro 86 des Révolutions de Brabant n’était pas de moi, et vous aviez pu le croire parce que vous n’aviez pas encore lu ce numéro ; car ce n’est pas vous qui n’auriez pas tout de suite reconnu mon style. Je vous prie de prévenir ceux qui n’auraient pas ce discernement, que je ne suis point l’auteur du numéro 87 qui vient de paraitre. Ce numéro 87 m’a expliqué pourquoi on avait publié que le précédent n’était pas de moi.
Mon continuateur anonyme, en faisant croire que ce numéro qui avait réussi n’était point de Camille Desmoulins, cherchait à préparer le même succès et à conserver les mêmes acheteurs aux numéros suivants qu’il allait publier. Je ne me plains point qu’il ait intitulé sa feuille Révolutions de France et de Brabant, titre qui appartient à tout le monde, ni même numéro 87, quoique ce titre semble n’appartenir qu’à moi, puisque j’ai fait les 86 autres. Je ne trouve pas mauvais non plus la petite usurpation de mon épigraphe : Quid novi ? Je me réjouirais même de tout cela puisque le continuateur semble patriote, si je pouvais croire à ce patriotisme. Mais il n’y a point de patriotisme sans probité et la probité défendait au continuateur de tromper le public, en lui faisant lire en grosses lettres sur le frontispice du journal : Par Camille Desmoulins de la société des amis de la constitution. Il est vrai qu’à la ligne précédente on lit : ci-devant, mais ce mot est en petites lettres et placé si ingénieusement, que personne ne l’a lu. Permettez, mon cher confrère, que je réclame dans votre journal contre toutes ces tromperies qui ne sont pas dans ce genre les plus perfides dont j’aie à me plaindre.

space

Lettre de Camille Desmoulins à ….. de Marseille.

Monsieur,

J’ai toujours été trompé sur mes abonnés par les personnes que j’avais chargées d’expédier mon journal. Je n’ai reçu aucune lettre de vous, que je ne connaissais nullement pour un de mes souscripteurs de Marseille. J’en reçois une aujourd’hui en date du 20 juillet où vous m’apprenez que je vous ai fait parvenir, jusqu’au numéro 68, 13 exemplaires de mon journal. Je ne savais pas un mot de ces 13 abonnements ; je vous enverrais les huit que vous me demandez par numéros, si je continuais mon journal ; mais les infidélités ruineuses pour moi de M. Gaillard et de la poste, et surtout l’anéantissement de la liberté de la presse dans la capitale, m’ont dégoûté de ce travail périodique que je finis au numéro 86. Si vous le souhaitez, je vous expédierai, depuis le numéro 68 exclusivement, les numéros qui vous manquent pour compléter votre collection ; mais ayant cessé de travailler, et cette expédition de nouvelles surannées ayant perdu son principal intérêt qui est la nouveauté, avant de la mettre à la poste à votre adresse, j’ai cru devoir attendre de vous une nouvelle demande.
Rendez-moi le service de dire à M. Mossy que pour remplir mes engagements avec mes abonnés, je leur ferai passer en un seul volume, je ne puis pas assigner l’époque, les 250 pages qu’il me restait à livrer en six numéros.

J’ai l’honneur d’être parfaitement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Camille Desmoulins.

Si vous voyez l’abbé Rives, dites-lui que je me réjouis d’être électeur du département de Paris, dans l’espérance de venger son mérite trop méconnu, en l’appelant à la bibliothèque dite du roi, la seule digne de lui. Puisque la réputation ne se fait que de loin, que Marseille nomme Danton à la prochaine législature, et je tâcherai, si je ne puis le faire nommer à Paris, de faire nommer au moins l’abbé Rives. Alors nous aurions dans la seconde législature, en ces deux hommes seuls, l’éloquence de Marius ou du paysan du Danube et la science de Varon. Pour vous remercier de ces commissions dont je prends la liberté de vous charger, je vous fais passer huit exemplaires de mon numéro 86.

Liberté, prospérité et splendeur à Marseille qui nous envoie de si belles adresses.

space

Lettre de Camille Desmoulins à son père.

6 décembre 1791.

Mon très cher père,

Notre cousin Deviefville a dû vous dire que je m’étais reproché plus d’une fois de ne point vous écrire ; mes sentiments n’ont point changé pour vous. J’ai toujours cru réparer mes torts en vous rendant quelque grand service, mais je ne sais point intriguer, ni même demander. Voilà pourquoi j’ai vu tous mes cadets dans la révolution me passer sur le corps. Malgré cela, comme je suis abondamment pourvu de philosophie, et que dans tout ce que j’ai fait et écrit depuis trois ans, je n’ai fait que suivre
ma conscience et ma haine innée des abus, je me console aisément de l’ingratitude publique avec le témoignage de ma propre estime, et après avoir tour-à-tour élevé ou abaissé Mirabeau, Lafayette et les Lameth, selon qu’ils se montraient amis ou ennemis de la nation ; après avoir tant contribué à élever à la mairie et aux places qu’ils occupent, mon cher Péthion et tous nos féaux Robespierre,
Rœderer, Manuel, etc., je rentre, après la révolution, dans le barreau, où la révolution m’a trouvé quand elle a commencé, et je vais débuter par une cause contre d’André, qui vient d’assigner en réparation de calomnie la ville de Marseille, c’est-à-dire la société des amis de la constitution, dans cette ville où tout le monde est jacobin.
Je viens à la liquidation de votre office. Votre numéro enregistré le 8 avril 1791, n’étant que le 6836, j’ai cru inutile de presser votre liquidation ou de faire passer la note de votre numéro 6836 au cousin Blin, qui ne m’a pas fait l’honneur de venir me voir, lorsque j’ai entendu M. Clavière faire la très sage motion de suspendre tous les paiements d’office et l’assemblée prendre sa motion en considération et la renvoyer à ses comités. Il est absurde au suprême degré qu’un débiteur qui vend ses biens, paie
à fur et mesure les premiers créanciers qui se présentent sans connaitre le quantum de sa dette ; il est souverainement injuste que la nation qui vendait ses biens, ait fait des créanciers privilégiés, qu’elle ait dit à ceux qui lui avoient prêté 10 ou 50,000 fr. sur le parchemin d’un office : «Votre parchemin je le convertis en assignats de la valeur de 10 ou 50,000 fr. avec lesquels vous pourrez acheter des biens ;» et qu’elle ait osé dire à ceux qui lui avoient prêté aussi 10 ou 50 mille livres sur le parchemin d’un contrat : Vous, votre remboursement n’est pas exigible. Il ne faut pas être grand politique pour voir ce qui résultera de tout ceci en admettant même le calcul de M. de Montesquiou, et en supposant qu’après avoir payé les officiers, il reste à la nation un excédent de cent millions sur le produit de la vente des biens nationaux. Qu’est-ce que cent millions pour payer 150 millions de rentes annuelles sur la ville, qui lui resteront à payer, et qui ne seront plus hypothéqués que sur l’impôt ? Pour moi, (soit dit entre nous) je ne doute guère de la banqueroute, et comme tout le bien de ma femme et de mon beau-père est sur la ville, vous jugez si je dois regarder d’un bon œil mon contrat au principal de cent mille francs à 4 pour cent de retenue ; vous jugez si je puis convertir en assignats ce parchemin indivisible, à la différence du parchemin de mon office. A la vérité, il y aurait un moyen de diviser ce contrat; ce serait de le vendre sur la place et même il semble qu’on veut engager les détenteurs à s’en défaire, puisque jamais les contrats sur la ville n’ont haussé si prodigieusement, les contrats à cinq pour cent étant aujourd’hui au pair, et les contrats à quatre pour cent comme le mien valant 77 fr., ce qui est un grand bénéfice, puisque dans le temps de baisse, mon beau-père a pu l’acheter seulement à 40 francs ; je vous en dirais bien la raison politique ; mais le dessous de ce jeu serait trop long à expliquer et ce que j’ai dit doit vous aider à le deviner. Mon intérêt serait donc clairement de m’en défaire, ainsi que mon beau-père qui a peut-être 300,000 fr. sur la ville ; mais c’est à quoi je n’ai pu le déterminer non plus que ma femme, et quoique je ne dépense rien follement et qu’on me croie plus près de l’avarice que de la prodigalité, tel est mon mépris pour les richesses que je ne crois pas que cent mille francs vaillent une querelle de ménage. Après avoir proposé mon plan de finance, j’abandonne le reste aux spéculations de mon beau-père et je ne contrarie point ma femme ; je ne me courrouce que contre les rois, les tyrans, et les grands abus, comme s’il n’y avait que ces choses dignes de ma colère, qui jamais ne descend de ces hauteurs.

Adieu, mon très cher père, portez-vous bien. Je vous souhaite une vie assez longue pour que (tout tenant état) mes concitoyens me rendent justice et me mettent à portée de faire pour vous tout ce que je voudrais.

Camille Desmoulins.

space

Lettre de Guffroy à Camille.

Arras, 20 décembre 1781.

Frère et ami,

Mon cœur était à côté du vôtre lorsque vous avez rédigé la sublime adresse contre le département de Paris. Je n’ai que le loisir de vous embrasser et de vous prier de vouloir bien m’envoyer quelques exemplaires de cette adresse. Je l’ai lue à notre société avec bien du plaisir, elle a électrisé les âmes de glace de nos concitoyens.
Ma femme vous embrasse.
Vous verrez dans Gorsas deux adresses de notre société à Benoit.

Guffroy.

space