Lettres de Camille Desmoulins

Lettre de Mme. de Genlis à Camille Desmoulins.

11 juillet 1790.

Recevez, monsieur, tous mes remerciements et mes excuses de vous avoir causé tant d’embarras et d’importunités ; et permettez-moi de vous demander avec confiance une chose qui n’est point inspirée par l’amour propre, mais à laquelle j’ai le plus tendre et le plus sensible intérêt de cœur : c’est de plaider vivement par votre éloquence et votre excellente logique ma motion relative à l’adoption, avec cette condition que l’on puisse avec d’autres enfants adopter une fille de plus. Si cette loi passe ainsi, je donnerai le premier exemple de bonheur qu’elle puisse procurer. Je vous conjure de faire par vos écrits et vos amis tout ce que vous pourrez pour faire passer cette loi. Un autre à votre place me demanderait quel droit peut avoir une personne qui vous est inconnue d’attendre de vous un tel zèle ; mais ce zèle contribuera au bonheur de deux personnes et sans doute de beaucoup d’autres. Il ne vous coûtera rien, et si vos écrits peignent votre manière de penser, ils justifient la confiance que je vous témoigne. Vous voyez, monsieur, avec quelle franchise je vous parle ; j’espère que le motif m’excusera auprès d’une âme telle que la vôtre, et je vous jure d’avoir une fidèle amitié et une éternelle reconnaissance, si vous me servez dans un intérêt si cher et si touchant avec tout le zèle et l’activité dont vous êtes capable.

Je suis, monsieur, votre très humble et très obéissante servante,

Ducret Brulard.

Saint-Leu, ce 11 juillet 1790.

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Lettre de….. à Camille Desmoulins.

3 août 1790.

Si M. Desmoulins partait dans ses feuilles de l’aventure d’hier soir, je le prie de ne me nommer ni désigner en rien, en supposant qu’il sache mon nom et ma qualité. J’ai les plus fortes raisons pour lui faire cette prière, et j’espère qu’il voudra bien y avoir égard.
Au fait, il s’en est peu fallu que je ne fusse arrêté à la place de M. Desmoulins. J’étais dans les tribunes lors du premier soulèvement contre lui, et comme l’exclamation a paru ne guère partir que du côté droit, je regardai au dehors, et voyant quelques gardes qui précipitaient déjà leurs pas vers le lieu ou était M. Desmoulins, je leur criai d’une voix assez forte : N’arrêtez pas ! n’arrêtez pas ! il n’y a pas de décret. Le commandant et beaucoup d’autres gardes survinrent bientôt. N’ayant plus trouvé M. Desmoulins qui venait de filer sous mes yeux, ils revinrent à moi me demander pourquoi j’avais crié ainsi, et si j’étais de l’assemblée nationale ? Je leur répondis que non, mais que comme citoyen j’avais cru pouvoir faire observer qu’il ne fallait pas arrêter avant que l’assemblée en corps ne l’eût ordonné. Alors il leur vint dans la tête que je pouvais être M. Desmoulins. On fit descendre, pour me reconnaitre, la sentinelle du haut, ensuite les cent-suisses, puis celui-ci, puis celui-là. On alla au président. Les huissiers vinrent ; on retourna au président, d’où l’on revint avec l’ordre par écrit, et le commandant courut longtemps de droite et de gauche avant de savoir ce qu’il fallait faire de moi. Enfin, ce ne fut qu’au bout d’environ un quart d’heure qu’on me déclara que j’étais libre, et l’on y avait quelque regret à ce qu’il parut. Cependant les commandants et sous-commandants me dirent avec une certaine loyauté qu’il n’y avait rien à reprendre dans ma conduite ; que j’étais un citoyen qui avait cru pouvoir annoncer son opinion, qu’il ne fallait pas arrêter sans que l’assemblée en corps l’eût décrété.

J’ai l’honneur de vous souhaiter le bonjour.

(Note : Cette lettre n’est pas signée.)

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Lettre de Linguet à Camille Desmoulins.

Paris, ce 6 août 1790.

On n’a pu, mon cher Camille, m’expliquer le motif de votre visite d’hier ; si c’était pour m’annoncer votre victoire, il était un peu tard. Vous savez bien que je l’ai apprise par les gazettes ; je ne vous en ai pas moins fait mon compliment de bien bon cœur.
S’il s’agit de votre affaire au Châtelet, elle aurait donc de la suite ; alors il se trouverait que j’ai eu raison en vous annonçant mercredi que vos adversaires ne se tiendraient pas pour battus, et ne verraient pas, comme vous vous en flattiez, dans le décret du 3 de ce mois, explicatif de celui du 31 juillet, une abolition de leurs plaintes relatives à leurs intérêts personnels, à leurs réclamations privées. La présomption est de votre âge.
Si les plaintes se suivent, notre position en un sens devient encore plus délicate et plus embarrassante à quelques égards qu’elle ne l’était auparavant ; elle exige de vous beaucoup plus de circonspection. N’ayant pas plus de nouvelles de votre procureur que de vous, je ne sais point du tout où en sont les choses, ce qui est plus qu’extraordinaire.
Si vous tenez toujours à la récusation, songez à ce que je vous ai dit de la nécessité d’être bien sage, bien réservé dans vos numéros prochains, notamment dans le trente-septième. Mercredi vous avez paru tenté de célébrer le triomphe de mardi, de parler de M. de Lafayette, contre M. de Lafayette, etc… Peut-être sera-ce inutilement que je vous le dirai, mais il faut toujours vous le dire, gardez-vous en bien ; si vous m’aviez consulté vous n’en auriez rien dit dans le numéro trente-six : car ce que vous en avez dit ne vous pourrait servir et pourrait vous nuire, et vous a sûrement nui.
Vous me trouvez bien pédant, n’est-il pas vrai ? il ne s’agit plus ici de littérature : il est question de jugerie : et quoique je sois littérateur comme un autre dans l’occasion, je deviens grave quand il faut être avocat. Réfléchissez là-dessus, et, je vous en prie, conduisez-vous en conséquence, en supposant cependant que vous désiriez toujours de m’avoir pour défenseur.

Vale, ciceronia more,

Tuus Linguet.

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Lettre de Laurent à Camille Desmoulins.

10 août 1790.

Monsieur,

Un événement malheureux arrivé hier en notre ville à un paysan, et qui cependant a beaucoup fait rire, m’engage à vous prier de faire vos justes observations sur la matière qui doit être employée à la formation des assignats ; voici le fait. Un paysan vendit à un riche particulier pour la somme de 300 fr. de bois à feu qui lui fut payé en un assignat de cette valeur ; cet homme, qui ne connaissait pas l’importance de cette monnaie, la mit dans une de ses poches où il avait des crêpes. En s’en retournant à son village, la faim le prit, et sans s’apercevoir que son assignat s’était glissé entre les plis d’une crêpe, il mangea et crêpe et assignat ! Jugez, monsieur, de la douleur de ce malheureux qui est inconsolable et qui gémit de la perte d’une somme qui était peut-être sa seule ressource.

Je suis, avec l’attachement le plus inviolable,
votre très humble et très obéissant serviteur,

Laurent.

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Lettre de Cambon à Camille Desmoulins.

Monsieur,

La lettre de vos célèbres journaux et le noble courage avec lequel vous attaquez les abus énormes et les vils préjugés d’une nation qui depuis tant de siècles a vécu sous la verge de ses tyrans, ont élevé mon âme au point de m’avoir enhardi à mettre au jour un petit essai poétique qui ne peut avoir de mérite aux yeux des bons Français que par les sentiments patriotiques dont il porte l’empreinte. Je reconnais combien cette production serait peu digne de votre attention si elle n’était conforme à vos principe s; c’est aussi à ce seul titre que j’ai cru devoir vous en offrir un exemplaire. Vous apercevrez à la fin de mon ouvrage un sonnet pour M. Necker fait à l’époque de son rappel, et dans un moment où la France était idolâtre de ce ministre.

J’ai l’honneur d’être avec un sincère attachement,
Monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur.
Cambon.
Béziers, ce 12 août 1790.

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Lettre de Mellinet à Camille Desmoulins.

4 septembre 1790.

C’est hier à mon retour de la campagne que j’ai retrouvé votre lettre du 14 août ; je ne vous exprimerai point avec quelle reconnaissance j’y ai vu que j’avais acquis votre amitié, c’est-à-dire celle du citoyen le plus dévoué, le plus intrépide, le plus courageusement armé du flambeau de la vérité. Secouez-le sans cesse devant ces malvoyants qui ont besoin d’une grande lumière pour discerner les objets que la faiblesse de leur vue ne leur permet pas d’apercevoir ; quant aux malveillants, il faut les abandonner et les mépriser.

Je viens de visiter l’estimable ami qui s’était chargé de me remettre votre lettre et qui vous rendra, s’il est possible, jusqu’à quel point je suis sensible à l’attention que vous avez eue de me procurer sa connaissance et aux témoignages de vos sentiments pour mon fils et pour moi. Cet ami dine avec nous aujourd’hui : il verra la chambre qui vous est destinée.

Mellinet.

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Lettre de Manuel à Camille Desmoulins.

19 novembre 1790.

Que je vous embrasse, mon cher Desmoulins ! C’est votre estime qui m’a donnè le courage de remplir ma tâche ; elle est finie, il m’en faut une autre. Je vais prendre la plume ; ma fortune ne me permet point de rester à Paris. Je me dois à ma province, j’y vais sous deux jours ; je serai à Montargis avec mes livres et des souvenirs. Serait-ce une indiscrétion de vous prier de me continuer votre journal ? il manquerait à mon cœur comme à ma bibliothèque. Un jour viendra peut-être où j’aurai plus que de la reconnaissance à vous offrir.

Je vous aimerai toute la vie, mon cher Desmoulins.

Manuel.

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Lettre de M. Laborne, de la société des amis de la constitution, à Camille Desmoulins.

23 octobre 1790.

Laborne, de la société des amis de la constitution, ci-devant conseiller au Châtelet, est venu pour avoir le plaisir de voir M. Desmoulins et lui offrir le tribut d’éloges, d’estime et de reconnaissance que tout patriote doit à celui qui le premier a pris les armes pour la liberté et a toujours combattu pour cette belle cause avec un courage qu’on ne peut comparer qu’à ses talents. Il voulait aussi le remercier de la manière avantageuse et honorable dont il a parlé de lui dans son dernier numéro. Les faits qui y sont rapportés à ce sujet sont de la plus exacte vérité ; quant aux éloges, Laborne se croit bien loin de les mériter, n’ayant fait que ce que tout bon citoyen ne pouvait se dispenser de faire.

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Lettre de Camille Desmoulins à son père.

6 décembre 1790.

Mon très cher père,

Je suis allé chez le nouveau garde-des-sceaux qui m’a fait tant d’amitiés et en particulier et publiquement, m’appelant son cher confrère, me serrant la main et me priant d’aller déjeuner avec lui toutes les fois que j’en aurais le moment, que malgré ma répugnance à demander rien pour moi, je l’ai sollicité de redresser à votre égard les torts de G… Je lui ai dit que le commissaire du roi nommé à Guise ne tenait pas à ce district et échangerait volontiers si on le plaçait ailleurs.

Je vous embrasse et toute ma famille. Voilà bien des fois que je vous demande du linge inutilement, une nappe, des serviettes et une paire de draps.

C. Desmoulins.

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