La haute justice sous l’ancien régime

Sanson en 1793.

Nous chercherions en vain à dissimuler ce que laisse à désirer cet essai de biographie de l’exécuteur de Paris à l’époque de la Révolution. Il n’est pas surprenant qu’un travail tenté pour la première fois sur un si étrange sujet reste plein d’obscurité, de trous, de lacunes.
Parfois une lettre, une pétition, un document nous montre le personnage, ouvre des horizons sur ses charges de famille, sa façon de vivre, ses ressources ; mais il rentre aussitôt dans l’ombre ; et, pour tracer un récit détaillé — et fantaisiste — de son existence, il faudrait grouper autour de ces rares manifestations de sa personnalité les anecdotes si souvent répétées, et plus ou moins véridiques, toujours les mêmes, que les contemporains ont narrées et que, depuis un siècle, les chroniqueurs se repassent pieusement, sans qu’il soit possible de les contrôler. Mais ce serait là refaire fameux Mémoires de Sanson, et il nous semble préférable, dût notre esquisse rester incomplète, de ne nous laisser guider que par les pièces officielles, les documents réputés indiscutables, qui pourtant, eux aussi, ont parfois besoin d’être rectifiés. Ainsi le Moniteur rendant compte de l’exécution d’un nommé Vimal, fabricateur de faux assignats, et de ses complices, guillotinés le 27 août 1792, raconte ce curieux fait : « L’exécuteur, voulant prendre la tête de l’un des criminels pour la montrer au peuple, est tombé de l’échafaud. Il est resté mort sur la place. ».
Voilà donc Charles-Henri Sanson officiellement supprimé de l’histoire ; qui lui succède ? La grave feuille qui vient d’annoncer son trépas ne le dit point. En outre, il est de tradition certaine que le bourreau chargé de mettre à mort Louis XVI ne survécut que quelques jours à sa royale victime. La biographie Michaud, si sérieusement rédigée cependant, par des écrivains si bien à portée de tout connaître, l’affirme en ces termes : « Cet horrible spectacle (l’exécution du roi) fit sur Sanson une si vive impression qu’il tomba malade et cessa d’exercer son cruel métier jusqu’à sa mort, qui eut lieu six mois après. Ainsi ce n’est pas par lui que furent exécutés la Reine, la sœur de Louis XVI, le
duc d’Orléans, Malesherbes, Danton, Robespierre et tant d’autres. » Le Dictionnaire Larousse n’aurait pas manqué cette occasion d’accepter, sans contrôle, l’assertion de la Biographie universelle : « Ce personnage, dit-il, est surtout célèbre parce qu’il fut chargé d’exécuter l’ex-roi. Sanson (Henri), fils et successeur du précédent, succéda à son père en 1793. Ce fut lui qui exécuta Marie-Antoinette, sa belle-sœur Elisabeth, Malesherbes, le duc d’Orléans, etc. » Voilà de nouveau l’exécuteur enterré. Ces faits acceptés pour authentiques par les chroniqueurs ont donné lieu à différents enjolivements fort pittoresques, et les âmes sensibles sont aujourd’hui persuadées que Sanson a succombé au remords d’avoir fait tomber la tête du roi . Ce sont là autant d’erreurs, et les pièces inédites ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. Charles-Henri Sanson n’a cessé de fonctionner que le 13 fructidor an III : « Il y a quarante-trois ans, dit-il dans sa lettre de démission, qu’il dessert la place qu’il occupe. Il est atteint d’une néphrétique et ne peut continuer ses fonctions. Il sollicite un secours annuel de 1,000 livres dont jouissent les exécuteurs sans emploi, qui sont anciens dans le service, il est toujours disposé à reprendre son activité aussitôt que sa santé se trouvera rétablie. » Le 18 fructidor an III, l’accusateur public près le tribunal criminel de la Seine répondait en ces termes :

« Citoyen,
La place d’exécuteur des jugements criminels à Paris se trouvant vacante par la démission de Charles-Henry Sanson, la Commune, en exécution des lois du 13 juin 1793 et 22 floréal an II, a nommé commissionné Henry Sanson, fils du démissionnaire, qui se trouve en rang utile sur le tableau pour remplir les fonctions… »
Donc Charles-Henri Sanson, qui, en 1795, alors que la Terreur était passée, cédait sa place à son fils après quarante-trois ans de service, n’avait pas succombé à l’émotion que lui avait causée la tragique scène du 21 janvier, et ne s’était pas non plus tué en tombant de l’échafaud au mois d’août 1792. C’était son fils puîné, remplissant l’office d’aide, qui avait été victime de ce singulier accident.

La journée du 21 janvier 1793 se passa pour Sanson sans incidents, mais non sans une émotion que le fait insolite suffisait à expliquer… Dès la veille, il écrivait :

« Au citoyen suppléant pour le procureur général sindic du département.Citoyen,

Je viens de recevoir les ordres que vous m’avez adressés. Je vas prendre toutes lès mesures pour qu’il n’arrive aucuns retards à ce qu’ils prescrivent. Le charpentier est avertît pour la pose de la machine, laquelle sera mise en place à l’endroit indiqué.
Il est absolument nécessaire que je sache comment Louis partira du temple. Aura-t-il une voiture ou sy ce sera dans la voiture ordinaire aux de ce genre. Après l’exécution, que deviendra le corps du supplicié ?
Faut-il que moi, ou mes commis, nous nous trouvions au temple à huit heures, comme le porte l’ordre.
Dans le cas où ce ne serait pas moi qui l’emmènerais du temple, à quelle place et à quel endroit’ faut-il que je me trouve.
Toutes ses choses n’étant pas détaillées dans l’ordre, il serait à propos que le citoyen supléant procureur-sindic du département voulu bien me faire passer le plus tôt possible ces renseignements pendant que je suis ocupé à donner tous les ordres nécessaires pour que tout soit ponctuellement exécuté.

« Paris, le 20 janvier 1793, l’an 2 de la République française.

Le citoyen SANSON, Exécuteur des jugements criminels. »

Bien que les deux vicaires, MM. Damoreau et Renard, n’aient point mentionné dans leur récit la présence de l’exécuteur à la très courte cérémonie religieuse qui eut lieu à l’église de la Madeleine, il est probable que Sanson accompagna le corps du roi jusqu’au cimetière. Cela, ressort d’une lettre écrite par un témoin oculaire, publiée récemment par la Revue rétrospective :

« Comme je pense que tout ce détail vous fera plaisir, j’ajoute encore ce petit papier pour vous dire que notre bataillon, dès les sept heures du matin, est parti de la caserne pour aller entourer la place de Louis XV, et, qu’aussitôt l’exécution faite, une danse d’au moins cent personnes, hommes et femmes, a formé un rondeau, a dansé avec joye, en chantant la chanson des Marseillais à plein gosier, et criant : « Voilà la tête du tyran « à bas ! » De plus, on a remarqué que plusieurs personnes, dessous l’échafaud, se frottaient les mains dans le sang répandu. Cela a fait allusion à ce que sa femme avait dit après la Révolution, qu’elle voulait se laver les mains dans le sang des Français. Eh bien, c’est au contraire les Français qui ont mouillé leurs mains du sang de son mary.
« Une chose singulière, c’est que, lorsque la charrette du bourreau a rapporté du cimetière le panier d’osier, il est tombé par terre, et aussitôt, une foule de gens se sont jetés dessus, et ont frotté le fond du panier avec des linges, leurs mouchoirs, des papiers blancs, et un entr’autres avec deux dés à jouer, de sorte que tout cela était rempli du sang du tyran, pour le conserver en mémoire de son jugement. »
Huit jours après, Charles-Henri Sanson adressait aux journaux une réclamation au sujet des divers bruits qui couraient la ville touchant sa conduite lors de l’exécution du roi, et le Thermomètre du Jour insérait la note suivante :

« Les boutons, les lambeaux de l’habit, de la chemise de Louis Capet, ses cheveux ont été recueillis et vendus très chèrement aux amateurs. L’exécuteur Sanson, accusé d’avoir participé à ce commerce d’un nouveau genre, vient d’écrire aux journalistes pour se disculper à cet égard ; voici ses expressions : « J’apprends dans le moment qu’il court le bruit que je vends ou fais vendre les cheveux de Louis Capet. S’il en a été vendu, ce commerce infâme ne peut avoir eu lieu que par des fripons : la vérité est que je n’ai pas souffert que personne de chez moi en emportât ou en prît le plus léger vestige. »

Une journée de Sanson pendant la terreur.

La Conciergerie ! Ce mot, pour tous les Parisiens, évoque la pittoresque silhouette des vieilles tours à fenêtres grillées dont les murs noircis se dressent en bordure du quai de l’Horloge. Bien des gens, en passant devant la porte de fer qui s’ouvre sur le quai, ont songé aux charrettes qui, sorties de là, allaient déverser leur contenu au pied de l’échafaud de la place de la Révolution. Le décor de la vieille prison est, sous cet aspect, si dramatique que l’esprit l’associe de suite aux souvenirs de la Terreur ; les plus savants vous diront peut-être que l’entrée de ce lieu d’horreur a été déplacée il y a quelque vingt-cinq ans, que jadis la grille s’ouvrait entre les deux tours ; c’est un fait admis, établi, indéniable ;… des historiens l’ont avancé, tous les romanciers ont suivi.
Pourtant rien n’est plus faux. En 1793, toute cette partie du quai était encombrée de bâtiments annexes, de baraquements sans style qui cachaient les murs du palais jusqu’à la hauteur du premier étage, et l’entrée de la prison n’était point-là.
Au pied du vaste escalier dont les degrés conduisent au Palais de Justice, on voit dans l’angle nord de la Cour du mai une arcade sombre précédant une porte basse, enfoncée sous terre, cachée par une double grille, écrasée par l’édifice qui la domine ; cette porte, qui semble être l’entrée d’un souterrain, est si petite, si basse, si étroite qu’elle se confond presque avec l’ombre que projettent les saillies des constructions environnantes. Pour qui ne sait pas, cette arcade reste inaperçue, ou n’est qu’un motif architectural assez inexplicable et insignifiant ; pour qui se rappelle, elle est sinistre; c’était par-là qu’à l’époque révolutionnaire on entrait à la Conciergerie et qu’on en sortait (1)…

Rien, d’ailleurs, n’a changé depuis cent ans la physionomie de ce coin tragique ; ce sont bien les mêmes grilles qu’ont heurtées les ridelles des charrettes ; ce sont les mêmes marches qu’ont gravies tant de pas chancelants, la même minuscule cour en contre-bas, dissimulée sous les assises du monumental escalier construit en 1787 ; ce sont les mêmes pavés, les mêmes portes ; seulement, aujourd’hui, cette cour est abandonnée et déserte ; jadis elle était, jour et nuit, encombrée de gardes à bonnets phrygiens, de geôliers, de condamnés, de prévenus, d’aides du bourreau, de solliciteurs..
Quand on a franchi la grille fermant le cintre surbaissé qui donne accès à la petite cour, on descend quelques marches de pierre dont les rampes de fer forgé datent de 1787. A gauche, se trouve sous le grand perron un local qui, en 1795, servait de corps de garde ; à droite, deux fenêtres basses qui éclairaient des bureaux ; et, en face de soi, on a deux portes vitrées dont l’une est murée à hauteur d’appui : l’autre donnait accès au guichet de la prison. Là, se tenait dans un large fauteuil, près d’une vaste table, le concierge de la maison d’arrêt (2). La pièce voisine du guichet, à gauche, prenant jour comme lui sur la petite cour, était le greffe : elle était partagée en deux par d’énormes barreaux et servait aux employés chargés des écritures et au dépôt des condamnés… Là, deux prêtres, qui étaient ordinairement l’abbé Lambert et l’abbé Lothringer, attendaient, en causant avec les porte-clefs et les gendarmes.

Car la Révolution avait conservé des pratiques anciennes de la justice criminelle, l’usage d’envoyer des ministres de la religion aux condamnés avant le supplice. C’étaient, bien entendu des prêtres constitutionnels. L’évêque intrus de Paris, Gobel, surveillait avec scrupule ce service de son clergé. Après chacune des audiences du Tribunal révolutionnaire, le président remettait la liste des condamnés à Fouquier-Tinville. Fouquier la transmettait à l’évêque, qui avertissait ses prêtres de l’heure à laquelle ils devaient se rendre à la Conciergerie pour assister aux préparatifs de l’exécution (3).

Une porte, au fond de la première pièce, ouvrait sur un couloir conduisant à la Cour des femmes. Dans ce couloir, à droite, se trouvent deux petites chambres, dont l’une est fort sombre. Est-ce là ou dans le greffe que se faisait la toilette des condamnés ? Est-ce là que se trouvait ce fameux panier couvert d’une serpillière, dans lequel s’entassaient les chevelures blondes, brunes ou blanches que coupaient les aides de Sanson ? C’est un point impossible à établir. La tradition veut que ces deux chambres aient servi de logis aux guichetiers, en même temps que de salles d’attente pour les femmes condamnées à mort ; dans un coin on avait disposé des griaches, c’est-à-dire, en argot de prison, les seaux qui tenaient lieu de chaises d’aisance aux malheureux attendant l’échafaud; Ces seaux répandaient une odeur insupportable qui pénétrait jusqu’au greffe.

Telle était, telle est encore, à quelques cloisons près, la partie de la Conciergerie qui contenait le
service extérieur de la prison. Au-delà se trouvaient les deux grilles entre lesquelles les huissiers du Tribunal révolutionnaire faisaient l’appel et donnaient connaissance aux prévenus de leur acte d’accusation. Puis venait le long couloir central à l’extrémité duquel se trouvent la salle des Girondins et le cachot de la Reine.

Quant à la grande cour du Palais qui précède cette sinistre demeure, elle n’a point du tout changé depuis la Révolution. Ce sont les mêmes murs, la même grille, les mêmes porte-lanternes au pied du grand perron. Les maisons qui faisaient face au palais s’ouvraient devant cette grille, en une petite place demi-circulaire, toujours fort animée ; il y avait là un bureau de tabac dont la renommée allait de pair avec celle de la Civette. C’était une sorte de bureau d’esprit, ainsi qu’on disait au siècle dernier. La citoyenne Guibal, jeune et jolie Languedocienne, dirigeait cet établissement. On l’appelait la maîtresse à Robillard. Le ci-devant marquis d’Antonelle, l’un des plus implacables jurés du Tribunal révolutionnaire, avait fait à la belle cigarière cadeau d’un carlin qui trônait au comptoir et avait acquis dans le quartier une sorte de célébrité.

Voilà quel était le décor du théâtre sur lequel, pendant dix-huit mois, Sanson joua presque quotidiennement son sinistre rôle. L’audience du Tribunal, commençant ordinairement entre neuf et dix heures du matin, était interrompue à midi, reprenait à deux heures et se prolongeait souvent jusque dans la soirée: de sorte que, en bien des cas, l’exécution était remise au lendemain. Si, au contraire, les débats étaient plus rapides — et sous l’influence de la loi du 22 prairial ils étaient terriblement simplifiés — le verdict était rendu dans l’après-midi, et les condamnés pouvaient ainsi être conduits à l’échafaud le jour même.

On en peut conclure, bien qu’aucun document ne vienne certifier cette supposition, que Sanson faisait ses préparatifs avant que le jugement soit rendu ; il venait au palais le matin, se présentait au cabinet de l’accusateur public qui lui indiquait le nombre de prévenus, d’après lequel il calculait approximativement le nombre des condamnés. L’exécuteur, qui n’avait à son service que deux charrettes, s’occupait alors, si besoin était, de s’en procurer d’autres : il les payait 15 francs, glus 5 francs de pourboire au conducteur : « Autrement, disait-il, je n’en trouve point. » Puis il retournait chez lui, ou vaquait aux autres devoirs de sa charge, tels que l’exposition des condamnés aux fers pour laquelle il lui fallait préparer un échafaud spécial, des écriteaux mentionnant chacun des jugements, les noms des condamnés, etc… A cet effet, en plus des quatre aides que lui accordait la loi, il en avait recruté trois autres qu’il payait de ses deniers, et il était, en outre, secondé par son fils. Vers trois heures et demie il revenait au palais où sa silhouette était familière aux habitués : on le rencontrait dans les cours ou dans les couloirs du Tribunal, habituellement coiffé d’un chapeau haut de forme et légèrement bombé, suivant la mode anglaise de l’époque. Sa chevelure était soigneusement peignée, et il portait ordinairement une redingote boutonnée, de couleur sombre. Les plaisants, disaient, en le voyant passer et faisant un jeu de mots sur son nom de Sanson : « Tiens! voilà Sans-farine ! » c’était son surnom. Il surveillait la toilette des condamnés qui rentrait plus spécialement dans les attributions de son aide Desmorets, et ne commençait à entrer effectivement en scène qu’au moment où l’on faisait monter sur les charrettes les malheureuses victimes : on dit qu’il se montrait pour elles plein de prévenance et d’attention ; c’est lui qui donnait le signal du départ… Un grand remous se faisait dans la foule, les charrettes s’ébranlaient, escortées de gendarmes à cheval et de gardes nationaux ; le cortège tournait à gauche dès la grille franchie et s’engageait sur le pont au Change ; puis, par les rues, il gagnait la place de l’échafaud (4).

1. Ce fut ainsi jusqu’en 1851. De 1851 à 1853 une entrée de la prison exista, en effet, entre les deux tours; à sa suppression, on se servit de l’ancienne entrée, Cour du mai, au pied du grand escalier du Palais. L’entrée actuelle, sur le quai, ne date que de 1864; lorsqu’on l’établit, on mura le couloir qui de la grande cour conduisait à l’intérieur de la prison, une règle absolue d’administration pénitentiaire exigeant qu’une maison de détention n’ait jamais deux issues.
II convient de dire que, seul de tous les écrivains, qui ont mis en scène la Révolution, M. Victorien Sardou n’est pas tombé dans l’erreur commune. Le décor du IV acte de son drame Thermidor reproduit avec une fidélité scrupuleuse l’étroite et sombre cour qui était en 1793 et 1794 le vestibule de l’échafaud.

2. Ce concierge, au commencement de la Terreur, était Richard, remplacé le 11 septembre 1793 par le citoyen Bault; celui-ci fut réintégré peu après. La femme Richard fut égorgée par un prisonnier qui venait d’être condamné à vingt ans de fer, en messidor 1796.

3. L’abbé Lothringer remplissait sa pénible mission avec un zèle importun et vaniteux. On prétend même qu’il ne cherchait qu’une sorte de célébrité dans son obsession auprès des victimes, et il tenta d’exploiter sous la Restauration les rapports qu’il avait eus avec elles. L’abbé Lambert, jeune homme d’une figure noble, d’une stature plutôt militaire que sacerdotale, mettait à sa charité plus de discrétion. Après la Terreur il eut le bon goût de se faire oublier, il rétracta le serment qu’il avait prêté et mourut, fort âgé, en 1846, curé à Bessancourt, en Seine-et-Oise.

4. Par le quai de la Mégisserie, la rue de la Monnaie, la rue Saint-Honoré et la rue Royale, tant que l’instrument du supplice fut installé à la place de la Révolution (Concorde). Peut-être passait-on quelquefois sur le quai de l’Horloge et le Pont-Neuf pour gagner la rue de la Monnaie ; c’est un point qu’il ne m’a pas été possible d’établir d’une façon certaine. Dans les Souvenirs de la Terreur, publiés en 1800, Mlle Hérnery dit que, se trouvant un jour au Louvre, dans l’ancien local de l’Académie de peinture, elle vit passer sur le bord de la rivière un chargement de condamnés allant à l’échafaud. Ses souvenirs la trompent, ou, si la chose a eu lieu, ce n’est que par exception. Lorsqu’en prairial an II la guillotine fut portée à la place du Trône, les charrettes, après avoir passé le pont au Change, s’engageaient dans les rues, tournaient l’Hôtel de Ville, gagnaient la rue Saint-Antoine et suivaient le faubourg jusqu’à la barrière de Vincennes.