La haute justice sous l’ancien régime

Les bourreaux amateurs

Ance et Collet de Charmoy.

Il était cependant réservé à la ville de Rochefort et au conventionnel Lequinio, en mission dans la Charente-Inférieure, de doter la Révolution de bourreaux amateurs, travaillant par goût, par patriotisme,… par peur plutôt. On connaît la lettre de Lequinio (1) : elle a eu les honneurs de l’insertion au Moniteur, et elle a été reproduite plusieurs fois ; néanmoins, elle est si typique et résume les faits avec un enthousiasme si sincère qu’il faut la relire :

« Encore un grand triomphe moral, citoyens mes collègues, non pas sur les momeries presbytérales, elles n’existent plus dans ce pays, mais sur un préjugé non moins fort et non moins enraciné qu’elles ! Nous avons formé ici un tribunal révolutionnaire comme celui de Paris, et nous en avons nommé nous-mêmes tous les membres, excepté celui qui doit clore la procédure, le guillotineur.
Nous voulions laisser aux patriotes de Rochefort la gloire de se montrer librement les vengeurs de la République, trahie par des scélérats ; nous avons exposé le besoin à la société populaire: « Moi,
s’est écrié avec un noble enthousiasme le Ance, c’est moi qui ambitionne l’honneur de faire tomber la tête des assassins de ma « patrie. » A peine a-t-il eu le temps de prononcer cette phrase que d’autres se sont levés pour le même objet, et ils ont réclamé, du moins, la faveur de l’aider ; nous avons proclamé le patriote Ance guillotineur, et nous l’avons invité à venir, en dînant avec nous, prendre ses pouvoirs par écrit, et les arroser d’une libation en l’honneur de la République. Nous pensons qu’en peu de jours les juges le mettront à même de donner la preuve pratique du patriotisme avec lequel il vient de se montrer si au-dessus des préjugés, qu’il fut toujours intéressant aux rois et aux tyrans d’entretenir, pour nourrir toutes les inégalités sociales sur lesquelles s’établissait leur puissance. »

Les cartons des Archives nationales ne contiennent aucun document sur ce Ance, intrus dans la profession, et sur lequel on a établi bien des légendes… moins atroces peut-être que la réalité.
De son état civil, de sa profession avant la Révolution, des causes de sa détermination, on ne sait rien. Les Archives de la Charente-Inférieure, non plus que celles du Finistère, départements dans
lesquels il exerça, n’ont pu nous fournir à ce sujet aucune indication. C’est dans les brochures locales qu’il faut chercher sur cet homme étrange des renseignements souvent contradictoires et toujours incomplets.
D’abord, bien qu’il signât lui-même, d’après la prononciation française Ance, il se nommait en réalité Hentz. Il était, par conséquent, d’origine allemande, alsacienne tout au moins, et il est permis de supposer qu’il appartenait peut-être à l’une de ces familles de rifleurs qui, avant la Révolution, abondaient dans les provinces d’Alsace.

Comment était-il venu échouer dans les départements de l’Ouest ? On l’ignore. Sans crainte de le calomnier, on peut croire qu’il avait quelque méfait à cacher, et que, s’il saisit avec tant d’empressement cette occasion de se mettre, non pas au-dessus, mais au-dessous des lois, c’est qu’il y trouvait un intérêt quelconque. Toujours est-il que Lequinio trouva en lui un serviteur dévoué et obéissant.

Le tribunal révolutionnaire de Rochefort avait été installé dans la chapelle de l’hospice Saint-Charles ; on lui jeta pour première pâture un mulâtre qu’on écrasa des charges les plus accablantes. Pendant la délibération, Hentz élevait la guillotine sur la place de la Liberté, et, une heure après, il faisait son apprentissage au milieu d’une foule ébahie de la nouveauté de ce spectacle.

Lorsque, quelques jours plus tard, eut lieu le jugement de neuf officiers et marins de l’Apollon, Hentz n’attendit pas, pour préparer l’instrument de mort, que la sentence fût prononcée.
Longtemps à l’avance, il était à son poste, attendant sa proie ; le peuple l’applaudissait et entourait l’échafaud en dansant et en chantant. Quand les malheureux arrivèrent sur la place, toute la foule entonna le Ça ira, et après l’exécution on dansa la Carmagnole jusque sur la guillotine.

Hentz recevait un traitement de 5,600 livres, sur lequel il payait les deux aides qui lui étaient nécessaires. C’était de l’argent bien gagné ; en outre, il avait été gratifié d’un titre plus relevé que
celui de bourreau : « Nous avons, écrit Lequinio, donné le nom de vengeur du peuple au patriote qui s’est chargé si généreusement de l’exécution des jugements du tribunal révolutionnaire, et à l’instrument qui nous délivre en un instant des traîtres celui de JUSTICE DU PEUPLE, qui y est attaché en gros caractères. Cette justice vient de se faire sentir solennellement à deux coupables, dont l’un était enseigne de vaisseau et voulait un roi. Les cris de : Vive la République ! se sont élevés de 4,000 bouches, à l’instant où sa tête est tombée, et l’hymne chéri a couronné cet hommage rendu à la liberté. »

Hentz s’était ainsi fait dans l’Ouest une manière de réputation : lorsque le conventionnel Laignelot, qui assistait Lequinio à Rochefort, s’en vint révolutionner la Bretagne, il amena avec lui, à Brest,
le vengeur du peuple et Hugues, l’accusateur public. La guillotine de Rochefort ne chôma point pour cela, car, lorsqu’eut lieu, en l’absence de Hentz, l’exécution de l’ancien député Dechizeaux,
un individu, nommé Daviaud, employé des vivres de la marine, voulant, à ce qu’on assure, satisfaire une haine personnelle, demanda et obtint de remplacer l’exécuteur officiel.

Hugues était un homme prévoyant : le même jour qu’il installait le tribunal à Brest et avant même qu’un arrêt fût prononcé, il donnait l’ordre au charpentier de la commune de dresser, sur la
place de la Liberté (2), la sainte guillotine pour y rester en permanence. En face de l’échafaud s’élevait un autel de la patrie érigé, en 1792, pour la fête de la Fédération. Le peintre Satori y avait
représenté deux faits d’armes. Cet autel fut renversé et remplacé par un monceau de bûches simulant une montagne avec ses anfractuosités. La sainte Guillotine eut ainsi pour pendant la
sainte Montagne, et la place prit le nom de Place de la Montagne. Nous ne suivrons pas Hentz dans tous ses hauts faits : c’était pourtant un raffiné, et il cherchait à justifier, aux yeux de la population
brestoise, la réputation qui l’avait précédé. Lors de la mise en jugement des trente administrateurs du Finistère, par exemple, il se montra digne de ses deux parrains Laignelot et Lequinio.
Le matin même, toutes les mesures étaient prises en vue de l’exécution. Hentz avait commandé la charrette. C’était l’usage à Paris ; cela surprit à Brest, car il n’y avait encore que des accusés devant leurs juges. L’accusateur public, non moins sûr de son fait, avait, lui, commandé pour ses clients, un grand repas : un repas de trente couverts, bien servi, mais sans couteaux; et il avait recherché en ville trente bouteilles du meilleur vin, parce que l’humanité, disait-il, exigeait qu’ils fissent au moins un bon repas avant de mourir. Trente couverts ! il voulait paraître compter que les trente seraient condamnés. Les vingt-six qui le furent se refusèrent à sa politesse. Hentz put donc, sans plus de retard, se remettre à ses lugubres préparatifs et les mener sur la place du Triomphe-du-Peuple (ou place de la Montagne) où ils furent exécutés (2 prairial, 20 mai 1794).
On dit que, pour montrer leurs têtes au peuple, selon l’usage pour les grands criminels, et dans l’espoir que ce spectacle ferait faiblir les malheureux qui attendaient leur tour, il eut l’ingénieuse
idée de les ranger toutes les unes auprès des autres, sur l’esplanade de la guillotine, de composer, selon l’expression de la pétition de Brest, présentée à la Convention le 11 frimaire an III, un
parterre avec vingt-six têtes de suppliciés.
Un fait vraiment monstrueux, qui semble résulter des pièces officielles, c’est que les actes de décès des condamnés furent dressés avant leur exécution. Les procès-verbaux sont datés de cinq
heures du soir, et un extrait du jugement de condamnation porte que l’exécution eut lieu entre six et sept heures du soir. Le greffier, en constatant par avance, voulait peut-être se donner le
temps de l’aller voir sans retarder son diner.
Hentz était un fashionable ou, comme on disait alors, un muscadin. Sa chevelure, ondoyant avec grâce sous un bonnet phrygien coquettement posé, rehaussait des traits que les femmes enviaient (3).
Ces avantages physiques, joints à une mise élégante et recherchée, donnaient à ce boucher d’hommes un aspect séduisant. Ajoutons, pour nous faire une idée complète de ce personnage, que, loin d’avoir reçu une éducation distinguée, et d’avoir l’esprit cultivé, comme l’a dit un écrivain consciencieux trompé par des traditions inexactes, Hentz était complètement illettré. Son ignorance est attestée suffisamment par l’autographe suivante, reproduction fidèle de l’original, faisant partie de la collection de M. Guichon de Grandpont, commissaire général de la marine, à Brest.

« + Pour le service de la guilliotine pour le thibunal revolucionerre.

J’ai demendé dix livres de savon bleanc et une éponge.

« Brest le 24 thermidor l’an 2me de la république
françaisse une indicible. Ance, vengeur. »

Cette originale façon d’orthographier ses mandats n’excluait pas chez cet homme odieux un amour exagéré de l’ostentation, une certaine affectation de pompe lugubre et repoussante. Ayant eu
à exécuter un marin convaincu de tendance liberticide, il brandit, dans un geste superbe, la tête du supplicié vers la rade, et il resta dans cette attitude, comme pour menacer la mer elle-même et prendre à témoin l’Océan de la justice de cette immolation. Les représentants Faure et Bollet mandaient, de Laval, dans un de leurs rapports : « A Brest, des juges du Tribunal révolutionnaire ont eu la bassesse de violer les cadavres des jolies suppliciées, et cela à la face du peuple, dans un amphithéâtre de dissection. Le citoyen vengeur du peuple s’est amusé à laisser tomber le couperet de la guillotine à diverses reprises sur la même tête, afin de prolonger une agonie. »
Ce vengeur du peuple, nous le connaissons, c’était Hentz. Il ne bornait pas à de tels raffinements de cruauté son sanguinaire cabotinisme : lorsqu’il sortait de la ville pour aller travailler aux environs, il composait une sorte de cortège autour de la guillotine qu’il emmenait naturellement avec lui. Monté sur un cheval, il précédait la charrette qui portait l’instrument des supplices, et il faisait ainsi, avec une solennité tragique, son entrée dans les villages. Un grand silence régnait sur son passage. Les Bretons qui ne craignent rien, avaient peur de ce maudit.
On avait cru jusqu’à présent que ce fait odieux du bourreau amateur était une atrocité unique dans l’histoire de la Révolution, et que Hentz était un de ces phénomènes monstrueux qui n’ont
ni précédent ni imitateur. Il n’en fut pas ainsi : le conventionnel Lequinio eut la gloire de susciter un autre vengeur du peuple, aussi répugnant que le premier. C’est à la Rochelle que le fait eut lieu,
et il serait à jamais resté dans l’oubli, car je ne crois pas qu’aucun historien l’ait mentionné, si le misérable, qui offrit, de son plein gré, ses services à la Révolution, n’avait eu l’infamie de s’en vanter
plus tard dans une lettre que le hasard d’une recherche m’a fait découvrir dans les cartons des Archives nationales.
Il s’appelait Collet de Charmoy ; il était chantre de son état, profession que la Révolution avait sans doute rendue peu lucrative. Lequinio, en arrivant à la Rochelle, trouva bien une guillotine, mais pas de guillotineurs ; cela n’était point pour l’embarrasser. Nous savons déjà comment il procédait en pareille occurrence. Il se rend à la Société populaire et expose simplement le cas aux patriotes
présents ; il faut bien avouer que sa proposition jeta un froid ; et ce fut sans doute avec une horreur secrète, mais habilement dissimulée sous des bravos enthousiastes, que les terroristes terrorisés
de la Rochelle entendirent une voix s’élever et crier : « Moi ! moi ! » C’était l’ancien chantre qui offrait ses services à sa patrie. Il fut agréé et entra immédiatement en fonctions.
Le métier lui plut sans doute, car, ne se trouvant pas suffisamment consacré de par le bon plaisir d’un simple représentant du peuple, il écrivit au ministre, autant pour faire valoir qu’il remplissait l’emploi par pure vocation que pour briguer l’honneur d’être inscrit au rôle des exécuteurs, au même titre que ceux qui avaient l’heureuse chance de compter dans la profession de longues
années d’exercice ou de nombreux ancêtres.
Voici sa lettre :

« La Rochelle, 1er prairial an 2.

« Citoyen, j’ai cru que, pour l’exécution de la loi rendue le 24 floréal qui te donne le droit de nommer et commissionner les individus qui doivent remplir les fonctions d’exécuteur des jugements
criminels, je devais t’instruire que le 22 ventôse le représentant du peuple Lequinio m’a nommé à
la place de vengeur de la loi pour la Rochelle, que mon patriotisme seul m’a fait accepter cette
place que j’ai exercée jusqu’à ce jour.

Charmoy. »

Mais le bon temps ne pouvait pas toujours durer. Le 9 thermidor survint, et avec lui l’échafaud entra
en vacances : Collet de Charmoy languit ; il craint de n’avoir pas montré assez d’enthousiasme ; il s’excuse d’avoir hésité un instant avant de répondre à la proposition de Lequinio ; il proteste de son républicanisme « depuis 89 », et maudit son ancien état… Mais laissons-le exposer lui-même ses doléances : sa supplique est une page de pathos révolutionnaire qui perdrait toute saveur à n’être point intégralement citée :

« A la commission des administrations civiles, police et tribunaux de toute la République.

Citoyen,

« Jacques-Bonaventure Collet-Charmoy, exécuteur des jugements criminels à la Rochelle, nommé
commissionné par Lequinio, représentant du peuple envoyé par mission au département de la
Charente-Inférieure,
« Vous observe, citoyen, que le représentant nomma une commission militaire à la Rochelle
où de toute nécessité, il fallait un exécuteur, que le représentant se transportant à la Société de ladite commune, et lui ayant exposé l’urgence d’un exécuteur, aucun ne se présenta, il n’y eut que moi, membre de cette même Société, qui me prononça ouvertement ; et si un silence avait tardé trop longtemps, c’est que je suis un peu estropié et j’avais cru ne pouvoir le faire ; mais les forces
sont dans les républicains, et mon courage fit tomber la tête des scélérats.
« Le département a cru nécessaire que mon traitement n’ait plus lieu vu la commission suspendue
ou dissoute, ce qui me fait une suppression funeste, ayant été victime déjà de plusieurs suppressions
d’un état éteint à juste raison (j’étais chantre), me met dans aucune impossibilité de rentrer sur cette
verge despotisme puisqu’il n’y en a heureusement plus, me met dans le cas, citoyen, de vous demander si je ne suis pas au nombre des supprimés par la loi du 3 frimaire an 4. Vu mon zèle à servir ma patrie, honnête homme, père de famille dont un sert la patrie sur les vaisseaux de la République qui n’a quinze ans et l’autre qui i cerait aussi sans une maladie qui lui est survenue au moment de partir, qui n’en a que neuf ou le préjuger abite parmie les sots regarder comme un monstre plutôt d’être chérie. C’est vous en dire assez, administrateur? Je vous demande donc la justice de prononcer sur mon sort.
« Vous sentez comme moi qu’une réponse tardivement ferait languir, mais je suis plus que persuadé
de la diligence que vous vous serez bien apporter à un républicain de 89 sans interruption et qui ne
cessera de l’être vous ferez justice.
« Salut et fraternité.
Charmoy,Vengeur de la loi, à la Rochelle, rue d’Offredy, n° 1. »

Ce que Charmoy ne dit pas, c’est que, plutôt d’être chéri, il était pour les Rochelais un tel objet d’horreur qu’il avait été obligé de s’expatrier ; il s’était réfugié chez son ami Senson (sic), exécuteur
à Tours. C’est là qu’il reçut, au lieu des félicitations et des émoluments qu’il attendait un avis très sec du ministre, lui notifiant que « n’ayant pas été en activité antérieurement à la loi du
13 juin 1793, il n’y avait pas lieu de lui en appliquer les dispositions », et qu’en conséquence il ne pouvait être inscrit au nombre des exécuteurs pensionnés par l’Etat.
C’était lui faire comprendre durement qu’il ne serait jamais considéré que comme un amateur; aussi se révolte-t-il ; il écrit lettre sur lettre, rappelant « son élan de patriotisme », prenant à
témoin « les ennemis mêmes de la nation entière, auxquels il avait appliqué la loi, s’étant offert au représentant Lequinio pour cet effet ». Il parvint à intéresser à son sort le vieux Sanson, de Paris, qui le recommande. Évidemment Sanson, ce roi des exécuteurs, ce représentant d’une si nombreuse et si illustre dynastie de bourreaux, exerçait sur l’ancien chantre un prestige considérable. Il aspirait à l’honneur d’entrer dans cette heureuse famille, et il réussit à marier sa soeur (4) à Louis-Charles-Martin Sanson, cet ami chez lequel il s’était réfugié à Tours, et qui était le frère de
l’exécuteur de Louis XVI.

Grâce à cette alliance, il fut nommé exécuteur à Amiens. Il y était encore en 1811 ; mais, dégoûté du métier, il avait cédé sa place — par acte passé devant Me Lesur, notaire, — moyennant une pension viagère de 1,200 francs à Constant Vermeille, le fils de l’ancien maître des hautes œuvres de Cambrai avant la Révolution. Malheureusement, Vermeille ne tint pas ses engagements, et Collet de Charmoy mourut dans la misère. Sa veuve avait été recueillie par charité chez son neveu Henry Sanson, l’exécuteur de Paris ; elle y vivait, sans aucune ressource, en 1819, avec une fille,
âgée de quarante-cinq ans, qu’elle avait eue de son premier mari.

1. Lequinio, qui avait cinquante ans à l’époque de la Révolution, était originaire de Vannes ; député à la Convention, il fut envoyé, en septembre 1793, en mission dans les départements de l’Ouest.
Il s’y fit le rival de Carrier, qu’il n’égala peut-être pas en cruauté, mais qu’il surpassa par son avidité et ses concussions. Il avait jusque-là professé l’athéisme ; mais, revenu à Paris en 1794, il prononça aux Jacobins, le 7 mai, un éloge pompeux du discours de Robespierre à la Convention sur l’immortalité de l’âme. Maximilien repoussa ses éloges, et, rapprochant les anciennes doctrines de Lequinio de celles qu’il venait de professer, il le fit exclure de la Société comme un fourbe et un hypocrite. Après le
9 thermidor il demanda, en désignant le petit Dauphin enfermé au Temple, que l’on purgeât le sol de la liberté du dernier rejeton de la race impure du tyran. Dénoncé comme terroriste en 1795, il fut accusé, par le rapporteur de la Commission chargée de d’examiner sa conduite, d’avoir mangé habituellement avec les bourreaux; d’avoir, du fruit de ses rapines, payé pour 12,000 francs de dettes, acheté des propriétés et envoyé à son frère des sommes considérables ; d’avoir fait servir la guillotine de tribune aux harangues; d’avoir forcé des enfants à tremper leurs pieds dans le sang de leur père; enfin d’avoir lui-même brûlé la cervelle à des détenus. Il fut néanmoins compris dans l’amnistie d’août 1796. Élu, en 1798, député du département du Nord au Conseil des Cinq
Cents, il en fut exclu par la loi du 12 mai de la même année ; il exerça, après le 18 brumaire, les fonctions d’Inspecteur des Forêts ; puis il fut envoyé aux États-Unis comme sous-commissaire des relations commerciales. Il mourut sous l’Empire.

2. Place du Champ-de-Bataille

3. A Brest, dit A. Monteil, dans sa Décade des Clubs (Histoire des Français des divers États), le bourreau, jeune homme de vingt et quelques années, élu président de la Société, fut aussitôt courtisé par tous les pères de famille qui avaient des filles à marier.
M. Levot fait justement remarquer que cette course au mariage ne se concilie guère avec la difficulté que Hentz éprouvait à trouver un logement, difficulté telle qu’il fallut lui en assigner un
officiellement.

4. Marie-Victoire Chollet de Charmoy, veuve d’un premier mari nommé Lexcellent, était née le 10 juin 1750. J’ignore la date de son mariage avec Louis-Charles-Martin Sanson ; et il est certain
que, si l’on pouvait établir que cette union avait eu lieu avant l’époque de la Terreur, Charmoy trouverait dans cette alliance une excuse à son odieux fanatisme. Beau-frère du bourreau, il
s’offre à être bourreau ; la chose présentée de cette façon devient vraisemblable. Mais il n’en fut pas ainsi ; le mariage n’eut lieu certainement que longtemps après le 9 thermidor; la preuve nous
en est donnée par une lettre de Charmoy lui-même, datée de nivôse an III et écrite de chez son ami Sanson, de Tours. Au cas contraire, il n’eut pas manqué de dire son beau-frère.