La haute justice sous l’ancien régime

Les Cimetières des Suppliciés.

La Madeleine. — Les Errancis. — Picpus.

Suivant les déplacements successifs de la guillotine, les inhumations des suppliciés avaient lieu dans divers endroits dont il convient d’indiquer l’emplacement, aujourd’hui oublié.
La Révolution, en dépossédant l’Eglise, lui avait enlevé les cimetières dont la propriété fut transférée à l’autorité municipale. On les mit en vente en stipulant qu’ils ne pourraient « être livrés au commerce qu’après dix années à compter des dernières exécutions. » Après la suppression des cimetières des paroisses, deux nécropoles seulement suffisaient à tout Paris en 1792. L’une était le cimetière de l’Ouest ou de Vaugirard; l’autre se nommait l’enclos de Clamart et était situé rue du Fer-à-Moulin.
Dès la première exécution, la Commune de Paris, prévoyant sans nul doute les hécatombes qui allaient suivre, fit l’acquisition d’un grand terrain dépendant de l’ancienne paroisse de la Madeleine (1) et ayant servi de potager aux religieuses bénédictines de la Ville-l’Évêque. Ce jardin, prenant façade sur la rue de la Ville-l’Évêque, longeait toute la rue de l’Arcade et était séparé de la rue d’Anjou par une suite de maisons non interrompue. C’est là que, dès le 20 janvier 1793, le pouvoir exécutif avait fait creuser une fosse de 10 pieds de profondeur et conduire un tombereau de chaux vive. Le lendemain, à neuf heures du matin, au moment même où Louis XVI quittait la tour du Temple, les citoyens Leblanc, administrateur du département, et Dubois vinrent s’informer près du citoyen Picavez, curé de la Madeleine, si les préparatifs de l’inhumation étaient terminés. Sur sa réponse affirmative, ils se rendirent à l’église, où attendaient, escortés de la croix et revêtus de leurs ornements sacerdotaux, les deux vicaires de la paroisse, MM. Damoreau et Renard.

Le corps du Roi n’entra pas à l’église. Après une très courte absoute, les deux prêtres l’accompagnèrent jusqu’au cimetière ; une foule de peuple les escortait, maintenue par des dragons et des gendarmes à pied, dont la musique jouait des airs républicains. La populace envahit le cimetière, et c’est dans le silence le plus religieux qu’elle écouta M. l’abbé Renard réciter les prières des morts. Le corps du Roi était vêtu d’un gilet de piqué blanc, d’une culotte de soie grise et de bas de soie gris. Le chapeau (2) et les souliers manquaient. La tête était placée entre les jambes ; la figure n’était pas décolorée et les yeux restaient ouverts (3)… La dépouille royale, déposée dans une bière ouverte, fut descendue dans la fosse et recouverte d’une couche de chaux vive (4).

Le cimetière de la Madeleine reçut également les corps des victimes de l’échafaud révolutionnaire pendant le cours de l’année 1793 et les trois premiers mois de 1794. Mais ce lieu funèbre se trouvait trop près de la place de la Révolution ; en outre, un rapport du commissaire de la section du Mont-Blanc observe que le pavé de la rue Ville-l’Evêque est constamment rougi de sang. Les véritables motifs de l’abandon du cimetière furent les plaintes des habitants du quartier, à qui ce voisinage déplaisait et qui considéraient ce charnier de décapités comme un foyer d’épidémie. Il faut remarquer cependant que la petite nécropole était loin d’être encombrée ; de plus, dès qu’une tranchée était remplie de cadavres, on s’empressait de les couvrir d’une couche de chaux vive ; la pestilence n’était donc pas à craindre ; mais c’est là un trait général de l’imagination populaire. Les Parisiens, qui vivaient sur d’anciens cimetières répartis dans les quartiers les plus populeux et les plus malsains de la ville, ne pouvaient supporter le voisinage du cimetière des suppliciés : cela les émouvait, les inquiétait, leur faisait toujours redouter les épidémies, « même à l’époque où leur nombre relativement restreint ajoutait un chiffre imperceptible au chiffre énorme des inhumations ordinaires de Paris ». Le quartier de la Madeleine était aéré, et le cimetière n’était pas au quart rempli. Mais le Roi, mais les Girondins étaient là ; l’imagination en était préoccupée. Les voisins se croyaient malades. La commune fit donc choix d’un nouvel emplacement, à l’extrémité du faubourg de la Petite-Pologne. C’était une sorte de désert s’appuyant contre les murs même de la Folie de Chartres, c’est-à-dire du parc Monceau; il était bordé par le mur d’enceinte, la rue de Valois et la rue du Rocher, qui, à cet endroit, s’appelait la rue des Errancis. Ce fut le cimetière de Mousseaux, comme l’on disait administrativement; mais, pour le peuple, le vieux mot persista et on l’appela le cimetère des Errancis. Du 5 mars au 25 mars 1794, les inhumations ordinaires y furent faites ; pendant cette période, les décapités étaient encore portés à la Ville-l’Évêque et Hébert et Clotz furent les derniers décapités qu’on y enterra, le 24. Le 25, l’ordre fut donné de fermer définitivement le cimetière de la Madeleine et d’inhumer les supplices aux Errancis. « Danton, Desmoulins, Lucile, Chaumette ont inauguré ce cimetière. L’autorité n’ignorait pas l’amour et le fanatisme qui s’attachaient à ces noms. Elle fit, pendant quelque temps, mystère des inhumations de Monceau. Les suppliciés étaient d’abord déposés à la Madeleine, et c’était quelques jours après qu’on les portait à Monceau, sans doute pendant l anuit. Les voisins n’en savaient rien ; ils croyaient qu’on les enterrait au haut de la rue Pigalle (alors le cimetière Roch) ; ils s’en plaignaient même et soutenaient que ces corps des suppliciés produiraient une épidémie.

« Lorsqu’on sut positivement leur inhumation à Monceau, ce furent d’autres plaintes. La naissante commune des Batignolles, si aérée, si clairsemée, au vent du nord, dans la plaine de Clichy, ne pouvait plus, disait-elle, supporter l’odeur des cadavres. En réalité, ce petit angle détaché du parc Monceau (49 toises en tout sur 29) se comblait et regorgeait. Quatre immenses sections de Paris venaient y enterrer leurs morts (sept mille en moins de trois ans). Les guillotinés comptaient pour bien peu dans ces nombres énormes. Ils y vinrent pendant dix semaines (du 25 mars au 10 juin) et, du jour qu’ils n’y vinrent plus, les plaintes cessèrent ; les voisins ne s’aperçurent plus de la présence des morts. ».

Lorsqu’au 16 prairial (14 juin 1794) l’échafaud fut dressé, pour un jour, sur la place de la Bastille et ensuite à la barrière du Trône-Renversé, il devenait urgent de trouver dans le quartier même un lieu de sépulture pour les victimes : on choisit le cimetière attenant à l’église Sainte-Marguerite ; c’était un charnier déjà comblé par les inhumations ordinaires. Les habitants de la section ne s’en plaignaient point d’ailleurs. Mais, dès qu’on y porta les suppliciés, ils protestèrent et déclarèrent que tout le faubourg était empoisonné. Il fallut chercher autre chose.

Il y avait, à l’extrémité du faubourg, à Picpus, près du mur d’enceinte de la barrière, un jardin dépendant de l’ancien couvent des religieuses chanoinesses de Saint-Augustin. Ce jardin avait été loué comme bien national ; la commune le reprit pour cause d’utilité publique, et l’on commença à y creuser des fosses; le commissaire de police de la section de l’Indivisibilité, Almain, et celui de la section des Quinze-Vingts, Renet, chargés de la surveillance de cet établissement, prirent quelques mesures propres à assurer le bon fonctionnement de ce nouveau et important service : ils demandaient, entre autres perfectionnements, que l’on pavât la chaussée conduisant de la place de l’exécution au nouveau cimetière. Ce chemin, le long du mur d’enceinte, était impraticable, disaient-ils, « surtout pour les nouveaux tombereaux qui transportent les cadavres des suppliciés : ces tombereaux ayant des roues trop basses, s’engravent dans le sable et les terres mouvantes, et les font demeurer malgré le nombre des chevaux que l’on y peut atteler ».

On proposait aussi, afin de « prévenir toute odeur méphitique, d’établir sur la fosse un plancher en charpente sur lequel on pratiquerait des trappes pour la facilité du service… ? Au lieu même de l’exécution, place de la Barrière-Renversée (sic), il a été pratiqué un trou destiné à recevoir le sang des suppliciés. Quand l’exécution est terminée, on se borne à couvrir le trou avec des planches, ce qui est insuffisant pour renfermer l’odeur résultant du sang corrompu, et qui s’y trouve en assez grande quantité… » On pense que, « pour supprimer toute espèce d’exhalaison meurtrière, dans la saison actuelle (5), il serait convenable d’établir sur une petite brouette à deux roues un coffre doublé d’une feuille de plomb dans lequel tomberait le sang des suppliciés, qui serait ensuite versé dans la fosse de Picpus. Le département des Travaux publics s’empressera, sans doute, d’adopter cette dernière mesure, et je l’y exhorte d’autant mieux que, le lieu du supplice et celui de la fosse n’étant pas très éloignés l’un de l’autre, il serait possible que ces exhalaisons s’attirassent entre elles et vinssent à produire un foyer de méphitisme d’autant plus dangereux que, dans cette hypothèse, elles ne laisseraient pas d’embrasser une grande partie de l’atmosphère. »

On le voit, l’autorité cherchait à éviter de nouvelles récriminations de la part des habitants du faubourg ; elle les craignait à ce point qu’elle s’efforçait de tenir secret, autant que possible, le lieu où se faisaient les inhumations. Tout Paris savait où étaient tombées les victimes, mais ce qu’on avait fait de leurs restes, les journaux du temps ne l’avaient point dit ; les familles des décapités étaient à ce sujet dans l’ignorance la plus complète à l’égard de leurs proches morts sur l’échafaud.

Lorsqu’en 1802 Mme de Montagu-Noailles rentra en France, un de ses premiers soins avait été de s’informer du lieu où Mme la duchesse d’Ayen, sa mère, guillotinée le 22 juillet 1794, avait été ensevelie. Personne ne put l’en instruire. Elle apprit enfin qu’il existait quelque part, dans une mansarde des faubourgs, une pauvre fille en état de lui fournir là-dessus quelque lumière ; elle se nommait MIle Paris et gagnait paisiblement sa vie à raccommoder les dentelles. Mme de Montagu se mit en marche sur ces faibles indices, et, après avoir frappé à bien des portes, monté et descendu bien des escaliers, elle arriva au quatrième étage de Mlle Paris, qui, en la voyant, crut que c’était quelque nouvelle pratique que le ciel lui envoyait ; mais quand Mme de Montagu lui eut expliqué l’objet de sa visite, la pauvre ouvrière fondit en larmes.

« Mon père, dit-elle, était un vieillard infirme qui avait servi trente ans dans la maison de Brissac ; mon frère, un peu plus jeune que moi, était employé de l’état-major de la garde nationale ; il était très rangé, très économe, et il nous soutenait tous par son travail, car les malheurs de la maison de Brissac avaient privé mon père de sa pension, et, pour moi j’étais en chômage, vu qu’on ne portait guère de dentelles au temps de la Terreur. Un jour, mon frère ne rentra pas au logis à l’heure accoutumée ; je sortis pour avoir de ses nouvelles, et, à mon retour, je trouvai la maison déserte. Mon père, qui pouvait à peine marcher, avait été traîné en prison pendant mon absence ; mon frère y était depuis le matin. Je n’ai jamais su de quoi on les avait accusés. On n’a voulu ni m’enfermer avec eux, ni me permettre de les embrasser. Je ne les ai revus que sur la charrette qui les conduisait au supplice. Quelqu’un qui m’aperçut dans le cortège et qui me reconnut voulut par pitié m’emmener avec lui, et sur mon refus il s’éloigna lui-même en pleurant. J’ai vu guillotiner mon père et mon frère, et, si je n’en suis pas morte sur le coup, c’est que Dieu me soutint; je ne tombai même pas, je restai debout à la place où j’étais, balbutiant quelques prières, mais machinalement, et sans rien voir ni rien entendre. Quand je repris mes sens, la place du Trône était déjà presque déserte, les curieux se dispersaient de tous côtés. Les tombereaux tachés de sang, où l’on avait mis les corps des pauvres victimes, prenaient le chemin de la campagne, entourés de quelques gendarmes. Je ne savais pas où ils allaient ; cependant, quoique j’eusse grand’peine à marcher, je les suivis. Ils s’arrêtèrent à Picpus ; il faisait presque nuit, mais je reconnus parfaitement l’ancienne maison des Augustines et l’endroit où ils enterrèrent tous ensemble les malheureux qu’on venait de guillotiner. Depuis ce temps, j’y vais souvent ; c’est, l’hiver et l’été, ma promenade des dimanches. »

MMmes de Montagu et de Lafayette résolurent d’acheter le jardin des Augustines et de le réunir, avec l’agrément de la princesse de Hohenzollern, au terrain qui contenait l’ancienne fosse commune. Elles s’inscrivirent en tête d’une souscription à laquelle devaient prendre part les membres de toutes les familles qui avaient eu un parent immolé à la place du Trône. Avec le temps l’œuvre de Picpus se développa. On construisit une grande chapelle, où, sur des plaques de marbre, sont inscrits les noms des 1,307 victimes qui reposent dans l’enclos funèbre. Celui-ci est resté intact ; mais, dans un terrain voisin, sont les caveaux et les monuments ? très simples pour la plupart ? des familles des suppliciés qui ont obtenu d’être réunis dans le repos à ceux des leurs que la Révolution avait mis à mort. Dans un angle se trouve le tombeau du général Lafayette ; par une petite porte grillée, on aperçoit l’ancienne fosse commune, petit enclos gazonné, ombragé de peupliers et de cyprès, parmi lesquels se dresse une croix de fer. Le couvent est occupé aujourd’hui par les dames de l’Adoration perpétuelle. On célèbre tous les jours dans la chapelle un service mortuaire en mémoire des victimes de l’échafaud et, chaque année, à la fin d’avril ou au commencement de mai, on y fait un service solennel à la suite duquel le clergé et les familles en deuil sortent processionnellement de l’église et se rendent à l’enceinte sacrée qu’on appelle le champ des martyrs.

Le 9 thermidor, la fosse commune de Picpus reçut donc sa dernière fournée de victimes ; le 10, la guillotine étant revenue à la place de la Révolution, le cimetière des Errancis fut rouvert. La
fosse qu’on y creusa pour recevoir les restes de Robespierre, Saint-Just, Fleuriot-Lescot, Payan, Vivier et autres, fut établie au nord de l’enclos, le long des murs de l’ancien chemin de ronde de Clichy. On y amena vingt-deux troncs dans deux tombereaux ? les têtes avaient été mises séparément dans un grand coffre, ? puis le cadavre de Lebas, le seul qui fût au complet. Les frais de transport et d’inhumation s’élevèrent à 193 livres, plus 7 livres données comme pourboire aux fossoyeurs, y compris l’acquisition de chaux vive dont une couche fut étendue sur les restes des tyrans pour empêcher de les diviniser un jour. Le terrain des Errancis reçut encore les fournées du 11 et du 12 thermidor ; les durs hommes de la Montagne y furent rejoints plus tard par Bourbotte, Romme, Goujon, Duquesnoy, Duroy et Soubrany. Puis le cimetière fut clos et mis hors d’usage ; on avait écrit sur sa porte toujours fermée ce mot: Dormir. Avant le 18 brumaire on n’y enterrait plus, et l’existence en semblait ignorée. Plus tard, il y avait sur son emplacement un cabaret à musique: on y buvait, on y dansait, on y chantait. L’annexion de la banlieue a fait disparaître ce petit Tivoli. Le boulevard Malesherbes, le prolongement de la rue Miromesnil en ont morcelé le terrain. Les beaux hôtels du parc Monceau se sont, depuis, élevés sur ce lieu funèbre.

1. L’église de la Madeleine fut vendue comme bien national le 4 pluviôse an V.

2. Louis XVI, pour aller à l’échafaud, avait la tête couverte « d’un petit chapeau à trois cornes, auquel était attachée une cocarde nationale, toute neuve. »

3. Déposition de M. l’abbé Renard, et procès-verbal officiel de l’inhumation.

4. Ces assertions ne sont pas conformes aux conclusions d’un intéressant travail publié par M. Louis Lazare dans la Bibliothèque municipale. Il fixe au mois de juillet 1793 la fermeture du cimetière de la Madeleine. M. Maxime Du Camp a adopté la même version. Malgré de telles autorités, il me semble qu’il y a là une erreur. Les deux écrivains ne citent, d’ailleurs, aucun document précis à l’appui de leur opinion, tandis qu’on en pourrait avancer en faveur de l’opinion contraire. Dans une brochure publiée en 1814 et intitulée : Liste des personnes qui ont péri par jugement du Tribunal révolutionnaire depuis le 26 août 1792 jusqu’au 13 juin 1794 et dont les corps ont été inhumés dans le terrain de l’ancien cimetière de la Madeleine, M. Desclozeaux, qui s’était rendu propriétaire de ce terrain, dans le but pieux de veiller sur les tombes des illustres victimes qui y reposaient, donne une nomenclature qui comprend mille trois cent quarante-trois noms et s’étend jusqu’au 13 juin 1794. C’est aller un peu loin, car, si cette date était admise pour exacte, elle supprimerait tout à fait le cimetière des Errancis. Il y a là de la part de M. Desclozeaux une erreur assez explicable : les suppliciés étaient ostensiblement portés à la Madeleine, et ce n’était que quelques jours après leur décès qu’on les transférait nuitamment au cimetière de Monceau. M. Desclozeaux a dû noter toutes les entrées officielles sans tenir compte des sorties. En outre, si depuis le 15 juillet 1793, les suppliciés avaient été portés à Monceau, ainsi que l’affirme M. Louis Lazare et, après lui, tous ceux qui se sont occupés de ce pénible sujet, pourquoi aurait-on fait exception pour la Reine, décapitée le 16 octobre 1793 ? Il est certain qu’elle fut inhumée à la Madeleine ; c’est donc que la Madeleine était la nécropole ordinaire de la guillotine ; car la commune de Paris craignait « que les restes des tyrans ne fussent un jour divinisés » et l’on n’eût point fait une exception si peu égalitaire pour Marie-Antoinette, dans le seul but de réunir son corps à celui de Louis XVI. Enfin, je crois qu’on peut accorder sur ce point spécial toute créance à Michelet, ordinairement peu scrupuleux sur le choix de ses documents, et qui ne cite du reste ses sources que rarement. Mais il a écrit son chapitre des Cimetières de la Terreur d’après un travail très considérable que M. Hardy, employé aux archives de la Préfecture de police, avait fait à son intention. Ce chapitre est fort documenté, et, quoiqu’il soit écrit en beau langage, il semble basé sur des données très nettes.

5. L’été de 1794 fut particulièrement chaud. En thermidor la chaleur était excessive : au moment le plus frais de la nuit, le thermomètre ne descendait pas au-dessous de 16 et 18 degrés ; des hommes et des animaux, excédés par cette température, périrent ; les légumes dans les jardins et les champs furent grillés ou dévorés par les chenilles que cette chaleur avait fait éclore. Les meubles et les boiseries craquaient : les portes et les fenêtres se déjetaient. Les vents dominant étaient du nord et de l’est. Le ciel était presque toujours sans nuage. Le 17 thermidor, un orage survint qui rafraîchit tellement l’air que, le 20, à 5 heures du matin, le thermomètre était descendu à 2, 3 degrés.

Source: Extraits: La guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la révolution, par G. Lenôtre, 1893