La haute justice sous l’ancien régime

Les emplacements de l’échafaud

C’est donc sur la place de Grève que la guillotine fut dressée pour la première fois en France : c’était, depuis un temps immémorial le lieu ordinaire des exécutions à mort ; comment fut-on amené à transporter autre part le sinistre appareil ? Pourquoi la Révolution imposa-t-elle à ses victimes un long trajet, véritable agonie, entre le Palais et le supplice? c’est là un point qui n’a pas été jusqu’à présent très nettement éclairci : les peintres et les dessinateurs qui ont eu à traiter des scènes de l’époque de la Terreur se sont le plus souvent trompés dans la reconstitution du décor de l’échafaud. Il n’y a là rien que de très naturel; car les historiens eux-mêmes ont, pour la plupart, hésité sur les différents emplacements de la guillotine. Le changement du nom de place du Carrousel en place de la Réunion, de place Louis XV en place de la Révolution, n’a pas peu contribué à jeter la confusion sur les différents théâtres des exécutions.

Dès le 10 août, le parti vainqueur comprit qu’il n’avait qu’une chance de se maintenir au pouvoir : c’était de régner par la terreur; et, tout de suite, on installa un tribunal criminel, jugeant sans appel les crimes commis contre le peuple dans la journée du 10 août. La première victime fut Louis-David Collenot, dit d’Angremont, convaincu de ce vague chef d’accusation, qui devait si souvent être reproduit plus tard contre tant d’autres accusés, d’être un conspirateur et le chef des brigands soudoyés par la cour. Sans doute voulut-on rendre son supplice plus cruel et donner à son exécution une plus grande pompe, en le faisant mourir en face même du château désert des Rois : toujours est-il que la guillotine fut dressée ce jour-là — 22 août 1792 — à la place du Carrousel, devant la grande porte de la cour royale des Tuileries. Cette installation inaccoutumée avait pris du temps : l’exécution n’eut lieu qu’à dix heures du soir à la lueur des flambeaux. Le journaliste Durosoy, coupable d’avoir publié jadis une liste de royalistes fidèles s’offrant comme otages de Louis XVI, périt au même endroit et dans les mêmes conditions, le 25 août, à neuf heures du soir.
Le 27, l’échafaud était reporté à la Grève pour le supplice de trois faussaires. Il se passa ce jour-là un fait singulier dont la Chronique de Paris rendait compte en ces termes :
« Le supplice de trois fabricateurs d’assignats a été accompagné de circonstances remarquables ; il y avait en même temps dans la Grève onze hommes et une femme au carcan pour d’autres délits, témoins de cette exécution. Guillot s’est évanoui ; l’abbé Sauvade a monté à la ville où il a dicté son testament avec tranquillité ; mais à la vue de l’échafaud les forces l’ont abandonné. Un des fils de l’exécuteur, qui montrait au peuple une des têtes sans regarder à ses pieds, est tombé de l’échafaud et s’est brisé la cervelle à terre. On le dit mort. Son père a témoigné la douleur la plus vive. »
Le même jour (27 août), le Conseil général, après une longue discussion, arrêtait que « les condamnés par le tribunal populaire ne pourraient être exécutés qu’en plein jour. »
D’ailleurs, le nouveau supplice semblait — aux spectateurs, bien entendu — très doux et très humanitaire. Les philanthropes — et tout le monde était philanthrope, depuis que Jean-Jacques avait mis la sensibilité à la mode — en étaient dans l’enthousiasme ; ils rêvaient maintenant d’en poétiser les préliminaires, et la lettre que voici caractérise bien les sentiments de l’époque :

« On n’interroge plus les accusés sur la sellette ; on devrait encore supprimer la charrette dans laquelle on conduit les condamnés au supplice. Contraints au malheur nécessaire de les frapper du glaive de la loi, nous devrions du moins faire disparaître tout ce qui peut ajouter à l’horreur de leur situation. Ne serait-il pas plus humain de les mener à l’échafaud dans un carrosse découvert, ayant seulement avec eux le ministre du culte qu’ils auraient demandé, et même un ami, s’ils en avaient un assez constant et assez courageux pour leur donner cette dernière et pénible marque de son attachement. Les condamnés ne devraient avoir les mains liées derrière le dos qu’au moment du supplice. La garde qui les environne suffit pour répondre d’eux, et l’exécuteur placé dans une voiture de suite ne devrait s’offrir à leurs yeux qu’à l’instant de remplir son cruel ministère ; cette recherche d’humanité donnerait un caractère plus auguste à la peine capitale, et le peuple verrait qu’il faut que la mort du supplicié soit bien nécessaire à la patrie, puisqu’elle consent à laisser périr sur l’échafaud un homme qu’elle traite avec tant d’intérêt. » (Chronique de Paris, 30 août.) .

Depuis le 22 août 1792 jusqu’à la fin de l’année la guillotine eut à Paris deux emplacements. Le Carrousel était réservé aux exécutions ordonnées pour crimes politiques ; la place de Grève restait témoin des exécutions des criminels de droit commun, et des expositions. Le 21 janvier 1793, pour la première fois; l’échafaud était dressé sur la place de la Révolution (1). La raison de cette dérogation à l’usage établi était simple. Le roi était détenu au Temple, et, pour aller de la prison à la place de Grève ou au Carrousel, il eût fallu que le cortège s’engageât dans le dédale de rues étroites et tortueuses qui formaient à cette époque le cœur de la ville, et où un enlèvement eût été possible. Il y avait, disait-on, plus de six mille individus payés pour se réunir, crier grâce et tenter d’arracher Louis XVI au supplice. Le gouvernement ne l’ignorait pas et il prenait ses mesures en conséquence. La rue du Temple, les boulevards et la rue Royale formaient depuis la prison jusqu’à la place Louis XV un parcours large, direct et facile à surveiller. La voiture du roi était d’ailleurs escortée de douze à quinze mille hommes bien armés, et plus de cent mille autres étaient rangés en haies impénétrables depuis le boulevard du Temple jusqu’au pont de la Liberté ; des canons étaient braqués de distance en distance, et il fut ordonné de fermer toutes les croisées qui donnaient sur le boulevard.
Le détail de l’exécution du Roi ne rentre pas dans notre sujet; on en a donné du reste de si nombreuses narrations qu’il serait superflu de refaire un récit qui est dans toutes les mémoires. Un seul point n’a pas été élucidé, et comme il touche directement à l’objet spécial de cette étude, nous en dirons quelques mots: Qu’est devenue la guillotine dont on fit usage le 21 janvier 1793 ? On prétend — car, n’ayant trouvé aucun document officiel à ce sujet, nous sommes ici réduits aux on-dit — qu’elle existe encore. Il n’y a pas longtemps, quand les transportés condamnés aux travaux forcés approchaient de la Guyane, le premier point qu’ils reconnaissaient du large, à quarante kilomètres de la côte, était un groupe de rochers, l’archipel du Salut. Au faîte du plus élevé de ces îlots la guillotine était dressée en permanence sur fond de ciel. C’était l’épouvantail destiné à tenir en respect les pensionnaires du bagne. Comme il n’y a pas à Cayenne d’exécuteur en titre, c’est un forçat, un amateur, qui tient l’emploi de bourreau, et qui fait fonctionner, au petit bonheur, cette vieille machine disloquée 1 ; il l’appelle peu respectueusement la manivelle. Or cette manivelle, ce bois de justice qui est venu échouer si loin, c’est l’authentique guillotine de Sanson, le couperet qui a décapité les Girondins et Louis XVI. Le chroniqueur qui signale ce fait étrange, émet le vœu que cet outil révolutionnaire prenne au musée Carnavalet la place qui lui revient de droit. Si la ville de Paris ne le réclame pas, il ira pourrir dans un hangar du pénitencier, ou il tombera dans les mains de quelque barnum qui le promènera dans les foires.

C’est là une des versions; mais il y en a d’autres. On assure que dans la famille Roch —? une famille où les fonctions de bourreau sont considérées à l’égal d’un sacerdoce — on conserve précieusement le couperet sous lequel tomba la tête de Louis XVI. Et, si cette légende est en contradiction avec l’assertion qui précède, il faut reconnaître qu’elle concorde absolument avec une tradition qui a été recueillie ? ou inventée ? par le rédacteur des Mémoires de Sanson. Celui-ci raconte que, lors de l’exécution d’un émigré, nommé Guyot-Desmaulans, au mois d’avril 1793, le condamné arrivé sur la plate-forme considéra l’échafaud avec une attention singulière, et en même temps une Vive émotion se trahit sur sa physionomie. Sanson se trouvait auprès de la victime ; Guyot-Desmaulans lui dit : « Est-ce le même ? » Et comme l’exécuteur ne paraissait pas comprendre, il lui demanda si c’était là l’instrument qui avait servi à l’exécution du roi. Sanson lui répondit que le couteau seul avait été changé, et alors le royaliste qui allait mourir s’agenouilla et baisa pieusement la place que Louis XVI avait arrosée de son sang. Je sais bien que l’on ne peut accorder généralement aucune créance aux Mémoires des Sanson : sans doute, çà et là, les romanciers qui en ont assumé la paternité ont bien voulu respecter la vérité des faits ; mais ça été pure concession de leur part. Pourtant nous avons vu que l’éditeur de cet ouvrage fut mis en rapport avec le dernier des Sanson, et il est possible qu’il en reçut confidence de quelque tradition telle que celle-ci.

Nous ne la rapportons d’ailleurs qu’à titre de simple curiosité, car une troisième version — tout aussi peu authentifiée que les deux premières — fait un autre sort à la guillotine du 21 janvier : M. le comte de Reiset, dans son Livre-Journal de Mme Eloff, où il a rassemblé avec un soin si pieux les plus menus détails de la vie et de la mort de Louis XVI et de Marie-Antoinette, a recueilli le témoignage suivant.
« M. le comte O’ Mahony, dit-il, m’a raconté qu’étant, il y a quelques années à Auch, il fut pris par un orage à l’entour de la ville ; il entra sous le porche d’une maison isolée; l’Orage continuait; il s’assit sur des pièces de bois de charpente qui étaient rangées au-dessous d’un escalier extérieur placé dans la cour.
Etant revenu dans sa famille, il me raconta ce qui lui était arrivé et décrivit l’endroit où il était allé chercher un refuge contre la pluie. Mme de Marignan, chez laquelle il était, l’ayant écouté avec attention, lui dit: « Mais, mon cher cousin, vous êtes entré chez le bourreau, et les pièces de bois dont vous parlez sont celles de l’échafaud de Louis XVI. » En effet, après l’exécution du roi, on avait tiré au sort la ville qui aurait l’échafaud, et il échut à la ville d’Auch. »
Quel que fût le sort qui attendait l’échafaud que le sang de Louis XVI avait rougi, il est certain qu’après le 21 janvier cet instrument fut dressé de nouveau au Carrousel et y fonctionna plusieurs fois. Si cette machine fut remplacée par une autre, ce changement n’eut lieu que dans le courant d’avril 1793 ; encore est-il probable que l’on se contenta d’y apporter quelques perfectionnements, tels, par exemple, que la substitution du cuivre au fer des rainures pour éviter la rouille.

« On a mis, dit Prudhomme, la dernière main à la guillotine ; on ne saurait imaginer un instrument de mort qui concilie mieux ce qu’on doit à l’humanité et ce qu’exige la loi, du moins tant que la peine capitale ne sera point abolie. On devrait bien aussi perfectionner le cérémonial de l’exécution et en faire disparaître tout ce qui tient à l’ancien régime. Cette charrette, dans laquelle on met le condamné, et dont on fit grâce à Capet; ces mains liées derrière le dos, ce qui oblige le patient à prendre une posture gênante et servile ; cette robe noire, dont on permet encore au confesseur de s’affubler, malgré le décret qui défend le costume ecclésiastique : tout cet appareil n’annonce pas les mœurs d’une nation éclairée, humaine et libre. Peut-être même est-il impolitique de laisser un prêtre assister un contre-révolutionnaire, un conspirateur ou un émigré à son dernier moment. L’ascendant de la religion peut porter le criminel à confier des choses importantes à un homme disposé à en abuser par la suite (2). Un autre reproche à faire à ce supplice, c’est que, s’il épargne la douleur au condamné, il ne dérobe pas assez aux spectateurs la vue du sang ; on le voit couler du tranchant de la guillotine et arroser en abondance le pavé où se trouve l’échafaud ; ce spectacle repoussant ne devrait point être offert aux yeux du peuple, et il serait très aisé de parer à cet inconvénient, plus grave qu’on ne le pense, puisqu’il familiarise avec l’idée du meurtre, commis, il est vrai, au nom de la loi, mais avec un sang-froid qui mène à la férocité réfléchie. N’entend-on pas déjà la multitude dire que ce supplice est beaucoup trop doux pour les scélérats qu’on a exécutés jusqu’à présent et dont plusieurs, en effet, ont eu l’air de braver la mort. Le peuple se dégrade en paraissant vouloir se venger, au lieu de se borner à vouloir faire justice. »
Cette impassibilité des victimes, ce calme et ce sang-froid devant la mort n’étaient pas sans exaspérer quelque peu les maîtres de la France ; ils voulaient terroriser et ils ne faisaient peur qu’à eux-mêmes.

« L’intrépidité avec laquelle les contre-révolutionnaires que la loi condamne vont à la mort est vraiment incroyable, dit un journal, et prouve que le crime a ses héros tout comme la vertu. Le colonel Vaujour se voyant condamné demandait gaîment à ceux qui l’entouraient à quelle heure la cérémonie serait terminée : A deux heures, lui répondit-on. — Tant pis, c’est ordinairement l’heure de mon diner; mais, n’importe ! je dînerai un peu plus tôt. Il demande de suite plusieurs plats, mange et boit à proportion. L’heure fatale sonne ; il n’avait pas encore fini : Je mangerais bien encore un morceau, dit-il à ceux qui venaient le chercher. N’importe, partons! — Parvenu au coin de la rue de l’Échelle, il fut hué par quelques femmes : Telle était ma destinée, dit le patient, que je devais être insulté par la canaille jusqu’à ma dernière heure.

Le chirurgien-dentiste disait à haute voix après son jugement : Eh bien ! oui, au f… la République, et vive le Roi! Arrivé sur le théâtre, il répéta les mêmes mots, et, se tournant vers l’exécuteur : Allons, guillotine-moi !
Le vieux Blanchelande, gouverneur de la Martinique, ne fit qu’un saut de la charrette sur l’échafaud et mourut avec joie ? Jursau, après sa condamnation, dit en se retirant : les b… qui viennent de me condamner le paieront cher.
« Ce malheureux, avant de recevoir le coup mortel, s’écria trois fois : Vive le Roi! Quel délire ! Tous ceux qu’on guillotine dans les départements affectent la même fermeté et bravent la mort, toute hideuse qu’elle est. »

Cette machine si perfectionnée, ce spectacle si attrayant désolaient l’architecte Gisors qui avait été chargé d’aménager les locaux du château des Tuileries en vue d’y installer la Convention, et qui se plaignait de ce que ses ouvriers perdaient un temps considérable et quittaient leurs travaux pour aller attendre au Carrousel l’heure des exécutions.

L’Assemblée tint sa première séance aux Tuileries le vendredi 10 mai 1793, et tout aussitôt un membre fit la motion de « retirer de la place de la Réunion la machine qui sert à exécuter les jugements rendus par le Tribunal révolutionnaire ». Cette proposition ne fut pas adoptée ; mais la Convention décréta seulement que la municipalité de Paris serait invitée à choisir un autre lieu pour l’exécution des jugements du Tribunal. Les députés consentaient bien à ordonner la besogne, mais ils ne voulaient pas en être témoins; dès le lendemain l’échafaud était reporté à la place de la Révolution; il devait y rester pendant treize mois.

Cette fois, on ne le dressa pas, comme au 21 janvier, entre les restes de la statue de Louis XV et l’entrée des Champs-Elysées : on l’établit, au contraire, entre ce piédestal et le jardin des Tuileries. Les gravures de l’époque assez nombreuses, qui représentent soit la mort de la Reine, soit quelque autre exécution, sont peu documentées et ne concordent point entre elles sur l’emplacement exact de la guillotine. Les historiens ne s’entendent pas mieux sur ce point de détail. Lamartine, qui n’hésite pas généralement à sacrifier la vérité à une belle phrase, met l’instrument du supplice à l’endroit « où la fontaine jaillissante la plus rapprochée de la Seine semble aujourd’hui laver éternellement le pavé ». D’autres le placent au centre même de la place, à l’endroit où s’était élevée la statue équestre de Louis XV. C’est une erreur. Cette statue avait été renversée le 12 août 1792, mais le piédestal était resté debout, et l’on y avait élevé, pour remplacer l’image du roi bien-aimé, une statue assise de la Liberté (3), à laquelle Mme Roland adressa son dernier salut et son dernier mot. Les curieux se massaient de préférence sur les deux terrasses du jardin des Tuileries, près des Renommées de marbre qui ornent encore l’entrée du jardin; de là ils dominaient le lieu du supplice. Il y avait même un restaurant installé dans l’ancien logement du suisse du Pont-Tournant, et on l’appelait le Cabaret de la Guillotine. On a dit, mais c’est un détail qu’aucun contemporain, je crois, n’a rapporté, que la carte des plats, offerts par cette guinguette à ses clients, portait, écrite au verso, la liste de la fournée du jour.

1. Proclamation du Conseil exécutif provisoire
« Le Conseil exécutif provisoire, délibérant sur les mesures à prendre pour l’exécution du décret de la Convention nationale des 15, 17, 19 et 20 janvier 1793, arrête, les dispositions suivantes :
1° L’exécution du jugement de Louis Capet se fera demain lundi 21 ;
2° Le lieu de l’exécution sera la place de la Révolution, ci-devant Louis XV, entre le piédestal et les Champs-Elysées ;
3° Louis Capet partira du Temple à huit heures du matin, de manière que l’exécution pourra être faite à midi, etc… »

2. Le tribunal, révolutionnaire s’inquiéta plusieurs fois de ce que les condamnés avaient pu confier à leur confesseur pendant le trajet de la prison à l’échafaud. L’abbé Lothringer subit, entre autres, un interrogatoire, le 3 septembre 1793, sur les révélations que lui avait faites, disait-on, le général Miaczinski, exécuté le 17 mai. Il faut ajouter qu’on demanda au prêtre de révéler seulement ce que le condamné lui avait dit hors de la confession et par forme de conversation.

3. II y a une correspondance bien curieuse, au point de vue des mœurs de l’époque, entre Hanriot et Fouquier-Tinville.
Hanriot aurait voulu pouvoir, des fenêtres de son état-major, à l’hôtel de ville, comme Lebon, à Arras, assister aux exécutions des malheureux que le Tribunal révolutionnaire faisait guillotiner. Il demanda qu’on fit dresser l’échafaud sur la place de Grève où on n’exécutait plus que les faussaires et les coupables de crimes de droit commun, ce qui était insuffisant pour ses distractions personnelles. Fouquier lui répondit que le Tribunal avait choisi la place de la Révolution parce qu’il fallait premièrement que les conspirateurs soient vus le plus possible ; en second lieu, qu’ils soient exécutés à peu de distance de la Convention. C’était, on le voit, à leur qualité de soi-disant coupables de crimes politiques que les condamnés devaient l’honneur d’être envoyés place de la Révolution.