Guillotin et la guillotine

Le « simple mécanisme » de Guillotin.

L’Assemblée constituante ayant, par son vote, consacré le principe de la peine de mort contre certains crimes, il restait à déterminer la manière dont cette peine devait être appliquée. Après la théorie, il fallait songer à la pratique, au modus faciendi ; il fallait opter entre la potence et la décapitation. Nos représentants se décidèrent pour ce dernier mode de détruire son semblable.
Ce fut encore Lepelletier de Saint-Fargeau, le rapporteur du Comité de législation, qui attacha le grelot. Dans la séance du 3 juin 1791 il demanda la parole au président, Bureau de Puzy, et voici ce qu’il dit :
« L’article IV est relatif au genre de la peine de mort. Vous venez de consacrer le principe que cette peine doit être exempte de tortures, et réduite à la simple privation de la vie.
Votre Comité pense que la décapitation est le genre de mort qui s’écarte le moins de ce principe. La peine de la potence lui a paru être la plus longue, et, par conséquent, la plus cruelle. Une autre considération qui l’a déterminée, c’est que vous voulez exempter la famille du condamné de toute espèce de tache : or, dans l’opinion actuelle, le genre de supplice que nous vous proposons est celui qui dispose le plus les esprits à accueillir ce principe qui est dans vos cœurs. Il nous a donc paru que c’était celui qu’il fallait adopter. »
Cette proposition, qui consistait à faire tomber une tête humaine par l’effet d’un instrument quelconque, et à faire, par conséquent, jaillir le sang, ne fut pas, on le pense bien, sans rencontrer des opposants. Cependant, après les observations de Chabroud, qui préfère la corde ; de Lachèze, qui s’en rapporte au Comité, d’un autre représentant, qui propose que le condamné soit attaché à un poteau et étranglé ; après le touchant discours de Larochefoucauld-Liancourt, qui fait remarquer combien il est nécessaire de faire disparaître un supplice (la potence, le réverbère) qui a si malheureusement servi les vengeances populaires, on adopte l’avis du Comité en ces termes :

Tout condamné à mort aura la tête tranchée.

L’idée de Guillotin, exprimée vingt mois auparavant, recevait ainsi sa consécration.
Sans prendre part aux discussions, et par le seul effet de son célèbre discours du 1er décembre 1789, il avait fait brûler la potence du bourreau, comme un supplice infamant ; il avait fait prévaloir la grande idée de l’égalité des peines pour tous les membres de la société ; il avait fait adopter, par la voix éloquente et persuasive de Lepelletier de Saint-Fargeau, la décapitation, qui n’avait été jusqu’alors qu’un privilège pour les nobles et les grands. Mais il voulait plus encore : comme on l’a déjà vu, il voulait que la chute d’une tête ne fût plus soumise au plus ou moins de dextérité d’un bourreau ; et, ne pouvant compter sur cette dextérité, au bout de laquelle se trouvaient l’élégance et la rapidité d’exécution, il s’était demandé si la mécanique ne pourrait pas venir en aide à la justice, et si la main plus ou moins vacillante, plus ou moins sûre des Sanson ne pourrait pas être remplacée par une machine obéissant, servile et immuable, à un simple signe donné par l’exécuteur des hautes œuvres.
N’ayant pas le discours de Guillotin, nous ne savons pas la description qu’il a donnée, devant une assemblée émue, de cette mécanique qui devait être comme le veni, vidi, vici de César, et assez expéditive pour que le célèbre député ait pu dire, en parlant de son action : La tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus.
Mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’à dater de cette mémorable séance du 1er juin 1791, dans laquelle les députés de la France eurent la malheureuse faiblesse de maintenir la peine de mort dans nos Codes, le pouvoir judiciaire se trouva fort embarrassé pour mettre à exécution ses arrêts, et qu’il se passa onze mois avant qu’on pût confectionner une machine capable de remplir le but de la loi et de satisfaire à ces desiderata : expédition rapide dans l’autre monde; pas de souffrances inutiles pour le supplicié.
Une publication justement estimée a dévoilé la correspondance administrative qui a eu lieu sur ce lugubre sujet. Nous y ferons de larges emprunts, en y glissant des documents émanés d’autres sources, et puisés aux Archives de la Seine.
Onze mois ! pendant lesquels les assassinats allèrent leur train, et dont les coupables, condamnés au dernier supplice, attendaient, dans les prisons de Paris et ailleurs, leur sort avec angoisse, percevant à travers les grilles de leurs cachots, le bruit vague qu’il était question de remplacer l’ancien supplice par un autre, et se demandant s’ils allaient être pendus ou décapités !
C’était horrible !
Le bourreau lui-même n’en pouvait mais. Comme, jusqu’alors, il avait pendu beaucoup plus que décapité par la hache ou le glaive ; comme, d’un autre côté, il fallait obéir à cet article de la loi : Tout condamné à mort aura la tête tranchée, il était loin d’être sûr de son coup de main, et redoutait pour lui-même les vengeances populaires.
En vérité, le pauvre homme était bien à plaindre!
L’affaire était cependant pressante.

Voici la lettre que Verrier, commissaire du roi près le 2e Tribunal criminel de Paris, écrivait, le 2 mars 1792, à Roederer, procureur général syndic du département :
« Paris, ce 2 mars 1792.
« Vous m’avez promis, Monsieur, une réponse, pour hier mardi, aux observations que le Président du deuxième Tribunal criminel et moi vous avions présentées sur le mode d’exécution à employer contre les condamnés à mort. J’augure, par le silence que vous gardez, que vous n’êtes pas encore décidé sur cet objet ; je crois donc devoir m’adresser directement au Président de l’Assemblée nationale ; il est instant que le public ait un exemple sous les yeux ; les assassinats se multiplient, et les bons citoyens se plaignent et gémissent de l’inertie et de la négligence que l’on met à l’exécution de la loi. Je ne vous en écris que d’après le vœu de mon Tribunal.
Verrier, commissaire du roi. »

En même temps, le lendemain, 3 mars, l’Assemblée nationale recevait les deux lettres suivantes, l’une écrite par Duport-Dutertre, ministre de la justice, qui ne se doutait guère, en l’écrivant, que lui-même était destiné à gravir, avec son ami Barnave, la fatale échelle, et à voir de trop près une machine dont l’idée lui faisait horreur; l’autre par Roederer.

Lettre du ministre de la justice.

« Monsieur le Président,
Je dois soumettre à la pressante considération de l’Assemblée nationale un point dont la décision devient instante, et sur lequel néanmoins il me répugnerait beaucoup de m’expliquer, si le besoin d’exécuter les jugements criminels, si l’humanité et le grand intérêt de ne point pousser à la férocité le caractère national ne me faisaient un devoir d’en parler une fois pour n’y plus revenir : il s’agit du mode d’exécution.
Dans la condamnation à mort, nos nouvelles lois ne voient que la simple privation de la « vie. Elles ont adopté la décollation comme la peine la plus conforme à ce principe. A cet égard, elles se sont trompées, ou du moins, pour atteindre ce but, il faut chercher et généraliser une forme qui y réponde, et que l’humanité éclairée perfectionne l’art de donner ainsi la mort.
L’Assemblée me permettra de ne pas entrer dans des détails que j’ai été condamné à entendre : espèce de supplice que quelques-uns de ses membres voudront bien partager, pour être en état de faire le rapport.
Je me contenterai de dire ici qu’il résulte des observations qui m’ont été faites par les exécuteurs que, sans des précautions du genre de celles qui ont fixé l’attention de l’Assemblée constituante, le supplice de la décollation sera horrible pour le spectateur. Ou il démontrera que ceux-ci sont atroces, s’ils en supportent le spectacle, ou l’exécuteur, effrayé lui-même, sera exposé à toutes les colères du peuple, devenu criminel et injuste à son égard, par humanité.
Monsieur le Président, je n’ai pas besoin de faire sentir à l’Assemblée nationale combien cet objet sollicite une prompte décision; car déjà le cas est arrivé où l’application de la loi est devenue nécessaire, et l’exécution est arrêtée par l’humanité des juges et par l’effroi de l’exécuteur.
Je suis avec respect, Monsieur le Président, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »
M.-L.-J. Duport.

« Paris, ce 3 mars 1792. »

Lettre du Directoire du département de Paris.

« Monsieur le Président,
Le second tribunal criminel, étant dans le cas de faire exécuter un jugement de mort, a demandé au Directoire du département de demander comment s’exécuterait l’article 3 du Code pénal, qui est conçu en ces termes : TOUT CONDAMNÉ (à la peine de mort) AURA LA TÊTE TRANCHÉE. Le Directoire a considéré que la loi ne déterminant pas le mode d’exécution de cet article, il n’était pas possible d’en indiquer d’autre que celui qui a été employé par le passé; mais l’exécuteur de la justice lui a témoigné la crainte de ne pas remplir le vœu de la loi : ce vœu est de ne faire souffrir au coupable que la mort simple. L’exécuteur, faute d’expérience, peut faire de la décollation un supplice affreux, et c’est ce que nous sommes dans le cas d’appréhender.
Nous déposons donc dans le sein de l’Assemblée nationale les circonstances qui nous paraissent rendre un décret nécessaire sur le mode d’exécution de l’article 3 du Code pénal. »
Nous sommes avec respect, Monsieur le Président,
vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,
Les administrateurs composant le Directoire du département de Paris.

« Paris, le 3 mars 1792, l’an IV de la liberté. »

Si messieurs les bourreaux s’étaient contentés d’exprimer verbalement au ministre de la justice et au procureur général syndic leurs appréhensions touchant le rôle qu’ils allaient avoir dorénavant à remplir, leur éloquence eût été perdue pour la postérité; mais, heureusement pour nous, ils ont signé une consultation sur ce sujet palpitant. La voici :
« Pour que l’exécution puisse se terminer suivant l’intention de la loi, il faut que, sans aucun obstacle de la part du condamné, l’exécuteur se trouve être encore très-adroit, le condamné très-ferme, sans quoi l’on ne parviendra jamais à terminer cette exécution avec l’épée sans qu’il arrive des scènes dangereuses.
A chaque exécution, l’épée n’est plus en état d’en faire une autre : étant sujette à s’ébrécher, il est absolument nécessaire qu’elle soit repassée et affilée de nouveau, s’il se trouve plusieurs condamnés à exécuter au même instant ; il faudra donc avoir un nombre d’épées suffisant et toutes prêtes. Cela prépare des difficultés très-grandes et presque insurmontables.
Il est à remarquer encore que, très-souvent, les épées ont été cassées en pareilles exécutions. L’exécuteur de Paris n’en possède que deux, lesquelles lui ont été données par le ci-devant Parlement de Paris. Elles ont coûté 600 livres pièce.
Il est à examiner que, lorsqu’il y aura plusieurs condamnés qui seront exécutés en même temps, la terreur que présente cette exécution, par l’immensité de sang qu’elle produit et qui se trouve répandu, portera l’effroi et la faiblesse dans l’âme du plus intrépide de ceux qui resteront à exécuter. Ces faiblesses produiront un obstacle invincible à l’exécution. Le sujet ne pouvant plus se soutenir, si l’on veut passer outre, l’exécution deviendra une lutte et un massacre.
A en juger par les exécutions d’un autre genre, qui n’apportent pas, à beaucoup près, les précisions que celle-ci demande, on a vu les condamnés se trouver mal à l’aspect de leurs complices suppliciés, au moins avoir des faiblesses, la peur : tout cela s’oppose à l’exécution de la tête tranchée avec l’épée. En effet, comment supporter le coup d’œil d’une exécution la plus sanguinaire sans faiblesse ?
Dans les autres genres d’exécution, il était très-facile de dérober ces faiblesses au public, parce que l’on n’avait pas besoin, pour la terminer, qu’un condamné reste ferme et sans terreur ; mais dans celle-ci, si le condamné fléchit, l’exécution sera manquée. Peut-on être le maître d’un homme qui ne voudra ou ne pourra plus se tenir ?
Il parait, cependant, que l’Assemblée nationale n’avait décidé ce genre d’exécution que pour éviter les longueurs que les anciennes exécutions présentaient.
C’est en conséquence de ces vues d’humanité que j’ai l’honneur de prévenir sur tous les accidents que cette exécution produira si on la fait exécuter avec l’épée. Il serait trop tard, je crois, de porter le remède à ces accidents s’ils n’étaient connus que par leur malheureux usage.
Il est donc indispensable que, pour remplir les vues de l’humanité que l’Assemblée nationale s’est proposées, de trouver un moyen qui puisse forcer le condamné, au point que l’exécution ne puisse devenir douteuse, et, par ces moyens, éviter les longueurs, et en fixer la certitude. Par-là, on remplira l’intention du législateur, et on se mettra à couvert de l’effervescence publique. »
Soyez tranquille, illustre Sanson… on va vous trouver un moyen de fixer le condamné et d’exclure toute espèce de « doute » dans l’exécution. Vous paraissez regretter votre potence qui ne faisait pas, elle, répandre de sang, et vers laquelle vous glissiez assez aisément les victimes ; l’usage de l’épée pour couper une tête vous fait peur, surtout lorsqu’il s’agira de plusieurs condamnés à expédier en même temps ; cette épée s’ébrèche si facilement ! D’ailleurs, elle coûte bien cher: six cents livres ! C’est une grosse somme ! Attendez ! le docteur Guillotin vous a promis une mécanique qui fera voler la tête. Vous l’aurez.
A cette époque, il y avait à la tête de la chirurgie française un savant auquel ses talents et ses travaux avaient fait une réputation européenne ; noble vieillard de 69 ans, encore enthousiaste pour son art, logique, sévère, d’une raison élevée, auteur d’utiles perfectionnements dans les instruments chirurgicaux, inventeur des ciseaux courbes sur les plats, des couteaux droits pour les amputations, d’un double lithotome pour la taille, et auteur d’un grand nombre d’ouvrages sur l’art des Ambroise Paré, des Desault et des Dupuytren :
J’ai nommé Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie.
L’Assemblée nationale, mise en demeure d’arrêter enfin une méthode prompte et facile de décollation, et de tirer le ministre de la justice de son embarras et le bourreau de ses perplexités, eut l’excellente idée de s’adresser, par l’organe de son Comité de législation, à ce vénérable représentant de la science.
C’est peut-être la première fois qu’un disciple d’Esculape ait reçu pareil appel, et qu’il ait donné une consultation, non pas pour guérir un de ses semblables, mais pour le tuer.
Quoi qu’il en soit, Louis ne déclina pas l’honneur qu’on lui faisait, et, le 7 mars 1791, il signait le mémoire suivant, qui est un modèle du genre :

Avis motivé sur le mode de décollation.

« Le Comité de législation m’a fait l’honneur de me consulter sur deux lettres écrites à l’Assemblée nationale concernant l’exécution de l’article 3 du titre I” du Code pénal, qui porte que tout condamné à la peine de mort aura la tête tranchée. Par ces lettres, M. le ministre de la justice et le directeur du département de Paris, d’après les représentations qui leur ont été faites, jugent qu’il est de nécessité instante de déterminer avec précision la manière de procéder à l’exécution de la loi, dans la crainte que si, par défectuosité du moyen, ou faute d’expérience, ou par maladresse, le supplice devenant horrible pour le patient et pour les spectateurs, le peuple, par humanité, n’eût occasion d’être injuste et cruel envers l’exécuteur ; ce qu’il est important de prévenir.
J’estime que les représentations sont justes et les craintes bien fondées. L’expérience et « la raison démontrent également que le mode en usage par le passé pour trancher la tête à u un criminel l’expose à un supplice plus affreux que la simple privation de la vie, qui est le vœu formel de la loi ; pour le remplir, il faut que l’exécution soit faite en un instant, et d’un seul coup. Les exemples prouvent combien il est difficile d’y parvenir.
On doit rappeler ici ce qui a été observé à la décapitation de Lally. Il était à genoux, les yeux bandés. L’exécuteur l’a frappé à la nuque. Le coup n’a point séparé la tête, et ne pouvait le faire. Le corps, à la chute duquel rien ne s’opposait, a été renversé en devant, et c’est par trois ou quatre coups de sabre que la tête a été enfin séparée du tronc. On a vu avec horreur cette hacherie, s’il est permis de créer ce terme.
En Allemagne, les exécuteurs sont plus expérimentés par la fréquence de ces sortes d’expéditions, principalement parce que les personnes du sexe féminin, de quelque condition qu’elles soient, ne subissent point d’autre supplice. Cependant, la parfaite exécution manque souvent, malgré la précaution, en certains lieux, de fixer le patient assis dans un fauteuil.
En Danemark, il y a deux positions et deux instruments pour décapiter. L’exécution, qu’on pourrait appeler honorifique, se fait avec un sabre. Le criminel, à genoux, a un bandeau sur ses yeux, et ses mains sont libres. Si le supplice doit être infamant, le patient, lié, est couché sur le ventre, et on lui coupe la tête avec une hache.
Personne n’ignore que les instruments tranchants n’ont que peu ou point d’effet lorsqu’ils frappent perpendiculairement. En les examinant au microscope, on voit qu’ils ne sont que des scies plus ou moins fines qu’il faut faire agir en glissant sur le corps à diviser. On ne réussirait pas à décapiter d’un seul coup avec une hache ou couperet dont le tranchant serait en ligne droite ; mais avec un tranchant convexe, comme aux anciennes haches d’armes, le coup asséné n’agit perpendiculairement qu’au milieu de la portion du cercle; mais l’instrument, en pénétrant dans la continuité des parties, qu’il divise, a, sur ses côtés, une action oblique en glissant, et atteint sûrement son but.
En considérant la structure du cou, dont la colonne vertébrale est le centre, composée de plusieurs os dont la connexion forme des enchevauchures, de manière qu’il n’y a pas de joint à chercher, il n’est pas possible d’être assuré d’une prompte et parfaite séparation en la confiant à un agent susceptible de varier en adresse par des causes morales et physiques. Il faut nécessairement, pour la certitude du procédé, qu’il dépende de moyens mécaniques invariables dont on puisse également déterminer la force et l’effet. C’est le parti qu’on a pris en Angleterre. Le corps du criminel est couché sur le ventre entre deux poteaux barrés par le haut par une traverse, d’où l’on fait tomber sur le col la hache convexe au moyen d’une déclique. Le dos de l’instrument doit être assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton qui sert à enfoncer les pilotis. On sait que sa force augmente en raison de la hauteur d’où il tombe.
Il est aisé de faire construire une pareille machine, dont l’effet est immanquable. La décapitation sera faite en un instant, suivant l’esprit et le vœu de la nouvelle loi. Il sera facile d’en faire l’épreuve sur des cadavres, et même sur des moutons vivants. On verra s’il ne serait pas nécessaire de fixer la tête du patient par un croissant qui embrasserait le cou au niveau de la base du crâne. Les cornes ou prolongements de ce croissant pourraient être arrêtés par des clavettes sous l’échafaud. Cet appareil, s’il parait nécessaire, ne ferait aucune sensation et serait à peine aperçu. »

Consulté à Paris, le 7 mars 1792.

« Louis, Secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie. »

C’est armé de cette consultation de Louis que, le 20 mars 1792, le Comité de législation, par l’organe de l’un de ses membres, Prosper-Hyacinthe Carlier, député du département de l’Aisne, vint présenter à l’Assemblée nationale son rapport touchant les deux lettres du ministre de la justice et du directoire. Je dis présenter, car l’Assemblée, présidée par Gensonnet, ne voulut même pas prêter l’oreille à des détails qui la faisaient frémir d’horreur, et elle adopta sans discussion les décrets suivants :

Décret d’urgence.

« L’Assemblée nationale, considérant que l’incertitude sur le mode d’exécution de l’article 3 du titre Ier du Code pénal suspend la punition de plusieurs criminels qui sont condamnés à mort ; qu’il est très-instant de faire cesser des incertitudes qui pourraient donner lieu à des mouvements factieux; que l’humanité exige que la peine de mort soit la plus douce possible dans son exécution, décrète qu’il y a urgence. »

Décret définitif.

« L’Assemblée nationale, après avoir décrété l’urgence, décrète que l’article 3 du titre 1er du Code pénal sera exécuté suivant la manière indiquée et le mode adopté par la consultation signée du secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie, laquelle demeure annexée au présent décret ; en conséquence, autorise le pouvoir exécutif à faire les dépenses nécessaires pour parvenir à ce mode d’exécution, de manière qu’il soit uniforme dans tout le royaume. »