Discours de Serre sur le jugement du roi. (Séance du 27 décembre 1792.)

Citoyens, avant-hier encore, je ne croyais pas que, chez la nation qui la première a proclamé l’immortelle Déclaration des droits de l’homme, il y eût une espèce de courage à dire ici son opinion. Celle que j’ai à vous énoncer choquera peut-être l’opinion générale. Néanmoins, j’aborde avec confiance cette tribune ; c’est à des législateurs que je m’adresse, c’est à des juges que je vais parler; ce sont des hommes, enfin, qui vont m’entendre, et c’est en dire assez pour commander le silence.
Citoyens, je ne viens point justifier Louis des crimes qu’on lui impute, je ne viens point vous apitoyer sur son sort; mais je viens défendre ce que je crois l’intérêt de la liberté, le salut de la patrie ; je ne viens point, en un mot, vous instruire : je viens m’éclairer,
Quelle est la peine à infliger à Louis XVI ? Ou plutôt, entre les dangers où nous expose son existence ou son supplice, quel est le moindre ?
Telle est la question que je me suis faite, et sur laquelle j’ai fait quelques observations, que je vais soumettre à vos lumières et à votre sagesse.
Si le salut de la République, si le triomphe de l’égalité dépendent de la mort de Louis, une fois convaincu des crimes qu’on lui impute, le glaive de la loi doit s’appesantir sur sa tête coupable. Qu’importe votre réputation, pourvu que la liberté lui survive ? Qu’importe ce que dira la postérité ? Louis fut coupable, la nation fut juste. Louis fut puni, la liberté triompha. La loi fut mise sur le trône, et l’Empire sauvé. Voilà seulement ce qu’il vous importe de lui transmettre.
Je n’examinerai pas ici s’il est vrai que le souverain nous ait investis d’une autorité sans bornes pour prononcer définitivement sur le sort de Louis, et comme accusateurs et comme juges. Plusieurs de vos membres ont traité cette question importante d’une manière si lumineuse, que je n’ai rien à ajouter à ce qu’ils ont dit; mais je vous dois l’aveu de ma pensée, je le dois à mes commettants ; c’est que le pouvoir qui nous crée tout à la fois législateurs et juges du despote, nous constitue nous-mêmes en vrais despotes ; car le despotisme est toujours là où l’étendue des pouvoirs n’est pas limitée. D’ailleurs, je suis tellement prévenu contre cet homme, le souvenir des crimes qu’on lui impute, la conviction où je suis que sa main parricide s’est baignée dans le sang des Français m’irritent d’une telle manière, qu’il me paraît impossible de conserver à son égard l’impassibilité d’un juge.
Citoyens, partagez-vous mes sentiments ? Prononcez. Je reviens à la question.
Je l’ai déjà dit ; si la coalition des despotes devait prendre un nouveau degré d’énergie par la mort de Louis, ou plutôt, si le retour de la paix était le prix de son existence, je ne balancerais pas à aire qu’il vaudrait mieux conserver à la vie un criminel dans l’impuissance de nous nuire, que de livrer à une mort certaine des milliers d’innocents.
Mais, direz-vous, le retour de la paix, assurément, ne dépendra point de son existence : que Louis périsse, que Louis vive, nous aurons la guerre, nous devons nous y attendre, nous y préparer. Comme vous, je le crois sans le désirer ; mais ne comptez-vous pour rien un prétexte de moins. Je sais bien que la malveillance peut également se servir de son existence ou de sa mort pour susciter des troubles, et venger le despotisme ; et ici votre habileté consiste à choisir des deux écueils le moins dangereux ; pour bien choisir, il est nécessaire, je pense, de les rapprocher.
Des deux côtés vous avez également à craindre qu’on ne fasse envisager aux esprits crédules, que les malheurs inséparables de la guerre, les troubles, l’anarchie que les malveillants auront eux-mêmes suscités ou entretenus, sont dus à la mort ou à l’existence du ci-devant roi.
Néanmoins je ne ferai pas aux Français l’injure de croire qu’avec le roi, la haine de la royauté finisse, mais il m’est permis de croire, et je dois le dire. Il sera bien plus facile à la malveillance d’apitoyer le peuple, d’innocenter Louis, et de susciter des troubles après sa mort, que d’égarer l’opinion, et le reconduire au despotisme, si vous le conservez à la vie; et vous savez citoyens, comment finissent les troubles. Presque tous les Français reconnaissent la souveraineté du peuple, presque tous veulent la République, aucun ne voudrait de Louis pour tyran. Selon moi, son existence, n’est point un sujet de crainte, mais au contraire un obstacle au retour de la tyrannie.
Citoyens, ne nous abusons pas. Presque tous les Français accusent Louis XVI, il n’est pas vrai qu’ils pensent tous que l’affermissement de la liberté dépende de sa mort. Je dis plus, beaucoup pensent qu’il ne l’a pas méritée; et pour dissuader les uns et les autres, il ne vous reste pas peu à faire. Il faut d’abord prouver aux uns, qu’avec un homme de plus la nation aurait moins la volonté de rester libre qu’avec un homme de moins. Pour guérir les autres, vous avez à détruire un préjugé d’autant plus difficile, qu’il était plus généralement répandu. Vous le savez, presque tous les Français ont cru que le roi avait le cœur bon, qu’il ne désirait rien tant que le bonheur de la nation, que les crimes qu’on lui impute sont moins dus à sa volonté qu’à la faiblesse de son caractère, à son intempérance, et plus encore à la perfidie d’une femme qui avait su le captiver, et à celle de ses infâmes conseillers qui agissaient avec d’autant plus de succès sur l’esprit du roi, que ses vices ou son défaut de caractère leur opposaient moins d’obstacles ; on a cru même que les ennemis de la nation avaient fait servir à leurs projets liberticides jusqu’aux vertus du roi. Voilà, citoyens, les préjugés que vous avez à détruire ; voilà d’autres ennemis que vous aurez à combattre après sa mort. Ces illusions sont dissipées pour nous, mais le sont-elles pour tous les Français ? C’est à vous de prononcer.
Mais, direz-vous, conserver ce roi, c’est vouloir naturaliser la discorde parmi nous, et peut-être la guerre civile en France.
Pour connaître jusqu’à quel point est fondée cette objection, il ne suffit pas de concentrer nos vues sur la personne de Louis Capet ; il faut encore les étendre autour de nous, et même hors de la République ; il faut établir encore que les frères de Louis, qui sont sous le glaive de vos lois, sont aussi à votre disposition ; que le même coup qui frapperait Louis écraserait les factieux; que les royalistes défendent moins l’hydre de la royauté que la personne du roi ; que s’ils en avaient le pouvoir, ils ne le sacrifieraient point au désir de ressusciter la tyrannie : qu’en un mot ils aiment Louis, quoiqu’ils attribuent à la versatilité de son caractère ce qu’ils appellent leurs malheurs et la perte de la monarchie.
Citoyens, si les méchants ont pu calomnier vos intentions, vous désigner dans l’opinion publique comme des royalistes, quand vous n’avez voulu qu’éloigner de vous le soupçon de l’assassinat qu’on a eu l’impudeur de vous proposer : quand vous n’avez voulu que vous éclairer, éclairer la nation, l’univers entier, et transmettre à la postérité le fidèle résultat de vos discussions et les motifs de votre conduite ; si l’on a pu faire croire, publier même que vous vouliez rétablir la royauté, parce que fidèles aux principes, aux lois impérieuses de l’humanité, vous avez voulu garantir à Louis le libre exercice d’une défense légitime ; pensez-vous que les ennemis de la chose publique renoncent au projet de la perdre, lorsque Louis aura cessé d’être ? L’ambition qui paraît ici marcher de concert avec la calomnie, se prescrivent-elles des bornes qu’elles ne se permettent pas de franchir ? Après Louis, son fils ne sera-t-il pas encore? Car elle est loin de ma pensée, l’admission de ce barbare principe, de cet infâme machiavélisme qui croit qu’il est des circonstances qui forcent les nations à voiler la sainte image de la justice.
On conçoit bien la possibilité de pardonner à un coupable ; mais l’homme sensible, l’homme vertueux croira-t-ii jamais à la nécessité de punir le fils des crimes du père ? Des raisons politiques d’intérêt général peuvent bien commander le pardon qu’un grand criminel ; aucune, j’ose le dire, aucune ne saurait excuser une injustice. Eh bien ! son fils, dis-je, ne sera-t-il pas pour les méchants un prétexte de division ? Si l’on a pu vous soupçonner de favoriser un père coupable, vous épargnera-t-on davantage pour un fils innocent ? Car je suis tenté de croire que vos lâches diffamateurs veulent moins la République, le règne des lois, que les dissensions et l’anarchie ; que c’est là, uniquement là, où tendent nos ennemis, pour nous conduire je ne sais à quel genre de despotisme.
Je suis naturellement peu soupçonneux, mais je ne puis me garantir du soupçon, lorsque je vois certains d’entre nous élever sans cesse des doutes injurieux sur les intentions des membres les plus purs de l’Assemblée ; lorsqu’ailleurs je les ai vus dénoncer comme vrai ce qu’ils soupçonnaient ici ; lorsque j’ai vu ces mêmes personnes servir par des murmures, des interruptions indécentes, le système d’avilir la Convention ; alors, citoyens, je me suis demandé si Vienne et Berlin avaient des députés parmi nous. (Applaudissements.)
S’il est presque démontré que la mort de Louis n’enchaînera point la malveillance, qu’après lui d’autres prétendants sont là ; s’il est vrai qu’il est à craindre que son supplice n’emporte avec lui le souvenir de ses crimes ; s’il est vrai que la possibilité de faire naître ou perpétrer les troubles après son supplice, est plus probable que d’égarer l’opinion en sa faveur ; s’il est à craindre que le coup qui frappera le tyran ne ressuscite la tyrannie, et qu’au lieu d’ébranler, comme on l’a ait, il affermisse les trônes ; je pense que Louis doit être conservé ; je pense que frapper Louis, c’est donner à nos ennemis une preuve de faiblesse, tandis que nous leur devons un grand exemple de force et de magnanimité. Retenons Louis tant que les dangers de la patrie nous feront une loi de cette mesure de sûreté générale ; après, bannissons-le de la République et donnons-lui encore de quoi traîner ailleurs sa honte et ses remords.
Il ne suffit pas, à mon avis, que notre, cause soit juste, qu’elle soit la cause des peuples contre les tyrans, il faut encore forcer l’Europe, les nations, les rois mêmes, à admirer notre courage et notre magnanimité ; il faut nous montrer plus généreux que les rois ; il faut éloigner de notre conduite jusqu’au soupçon de l’injustice ; il faut enfin craindre de donner des armes à la perfidie qui ne manquerait pas de les tourner contre nous.
Je n’examinerai pas ici ce que dira l’Europe, ce que pensera la postérité d’une assemblée qui a reconnu, qui consacrera sans doute le grand principe que la société n’a pas le droit d’ôter à un de ses membres ce qu’elle ne pourrait plus lui rendre, s’il arrivait qu’elle eût mal pris. Mais je dois dire qu’il m’a paru étrange, que j’ai droit d’être étonné, lorsque j’ai entendu l’un de vos membres vous proposer sérieusement l’ajournement de ce grand principe jusqu’après la mort du tyran, tandis que d’ici là il est très possible que le sang innocent coule même sous le glaive de la loi.
Cette opinion, citoyens, vous paraîtra étrange, sans doute, lorsque vous vous rappellerez que j’ai été un de ceux qui, de cette tribune, ont appelé la vengeance des lois sur la tête du coupable.
S’il ne s’agissait que de moi, citoyens, je laisserais à votre impartialité le soin de me juger ; mais comme un plus grand intérêt m’occupe, je vous dois compte des motifs de mon opinion.
Tant que je comptais pour rien la colère des rois, et pour tout la colère des peuples ; tant que j’ai cru à l’éveil de ceux-ci, à la chute des autres ; tant que j’ai cru, en un mot, à la résurrection des peuples à la liberté, j’ai dû conclure à la punition rigoureuse du coupable ; mais depuis que les événements ont dissipé pour moi ces flatteuses illusions ; depuis que des considérations politiques que je n’avais pas prévues sont venues frapper mes sens ; depuis qu’enfin l’Assemblée s’est crue investie de tous les pouvoirs, j’ai dû ne pas laisser échapper ce que je croyais être les moyens de ramener la paix et de conserver la liberté ; j’ai cru ne devoir point mettre en balance la mort d’un coupable avec l’intérêt de la patrie ; j’ai dû craindre, pour vous, la calomnie et la perte de la confiance; pour la nation, la perte de la liberté. J’ai dû enfin changer d’opinion : ai-je bien fait, ai-je mal fait ? Le temps décidera pour moi. Je vous l’atteste, j’ai satisfait à ma conscience. Je les déduis encore, les motifs de mon opinion, et dans ce qui se passe autour de nous, et dans ce qui se passe chez les nations de l’Europe.
Je les retrouve enfin dans la similitude d’opinions qu’on observe entre l’aristocratie et ceux qui nous étourdissent journellement et de leurs services et de leur patriotisme. J’ai craint que le cadavre de Louis ne servît de marchepied à une autre tyrannie.
Ne nous abusons pas, citoyens, il n’est plus temps de se dissimuler les dangers qui nous menacent : au milieu de l’immense population qui couvre l’Europe, à peine comptons-nous quelques milliers de véritables frères. Quelques Anglais, il est vrai, soupirent après la liberté ; mais une cour perfide, un ministère astucieux, prodigue l’or, va au-devant des besoins de la nation pour se populariser et enchaîner par-là les élans de ce peuple généreux à la liberté ; une majorité imposante, superstitieuse, attachée à leur constitution, ou plutôt servilement dévouée à la cour, étouffe les vœux de ceux que la corruption n’a pu atteindre ; et quoique spécieusement neutre, ne conspire pas moins contre nous. La Hollande plie encore un front soumis sous le sceptre impérieux d’une autre Antoinette, et la liberté de l’Escaut pourrait bien devenir funeste à la liberté des Bataves. Pour des hommes avides, intéressées, l’argent est tout, l’esclavage n’est rien.
Quelques familles usurpatrices oppriment la liberté helvétique. La politique adroite du régent de Stockolm, ou plutôt sa philosophie, son humanité, fait oublier à sa nation les crimes des rois, et affermit le despotisme. Le respect stupide, ou plutôt l’idolâtrie des Prussiens pour leurs maîtres, les rend étrangers à tout autre sentiment. Une longue et barbare oppression a naturalisé la servitude en Autriche et en Hongrie. Le fanatisme espagnol craint pour son inquisition, ses chapelets et ses coquilles : l’hypocrisie, la perfidie italienne, pour ses églises, ses croix et ses images. La Pologne gémit sous la tyrannie d’une femme, et se borne à des vœux. Le cabinet de Copenhague ne peut rien pour nous, il peut tout pour les rois. Voilà, si je ne me trompe, le tableau raccourci des dispositions de l’Europe à notre égard ; voilà les causes qui m’ont fait changer d’opinion après la responsabilité terrible pour vous, encore plus pour la liberté, dont vous vous êtes chargés avec une légèreté que la postérité aura peine à croire.
Mais, dites-vous, nos armées sont victorieuses, nos phalanges sont invincibles ! Et moi aussi, je compte beaucoup sur nos canons, nos baïonnettes, et plus encore sur la noble passion qui enflamme nos soldats ; mais tous leurs ennemis ne sont pas en face, ils en ont sur les derrières ; ils en ont en France, j’ai presque dit parmi nous. Mais enfin, je calcule froidement les événements qui accompagnent la guerre, je recherche les causes secrètes de la perte ou gain des batailles, et je vois qu’on n’est jamais si près d’un échec eux exclusivement, qu’au faîte des victoires. Dussions-nous conquérir l’Europe sans nous arrêter, le dernier terme nos succès serait pour nous un écueil, et peut-être le tombeau de la liberté. Le tumulte, l’ivresse des victoires, assoupit l’énergie des vainqueurs.
Le général le plus habile, dans l’ivresse de sa gloire, oublie quelquefois les conseils de la prudence ; l’histoire à cet égard est riche en exemples : Rome ne fut jamais plus en péril qu’après ses vastes conquêtes ; la liberté romaine ne fut jamais mieux défendue qu’après un revers.
C’est peut-être autant à l’horreur du carnage êtes-vous engagés à supporter tous les travaux
et des incendies qui accompagnaient les pas sacrilèges des tyrans et de leurs satellites, qu’à l’amour de la liberté, que nous devons nos dernières victoires ; à notre tour nous avons taillé en pièces les ennemis.
Si nos canons leur ont inspiré une terreur, qui nous est devenue salutaire, elle a pu faire naître chez nos ennemis un sentiment qui peut un jour vous être funeste.
Vos revers, leurs brigandages, leur barbarie, vous ont rendu la liberté plus chère ; vos victoires, vos conquêtes leur apprennent à la haïr ; vos enfants, vos frères avaient péri, et le juste regret qu’ils ont excité a donné un nouveau degré d’énergie à votre courage. Ainsi que les vôtres, leurs enfants, leurs frères, leurs amis sont morts, et les mêmes sentiments les animent contre vous. La juste vengeance que vous venez d’exercer a émoussé vos sentiments : le désir de se venger à leur tour aiguise les leurs.
Ne croyez pas, citoyens, vous faire aimer des peuples en leur portant la guerre ; je pense que nous reculerions d’autant plus l’affermissement de notre liberté, que nous avancerions davantage chez l’ennemi ; car, plus nos armées s’éloignent de leur centre, plus elles s’affaiblissent, plus nos dépenses se multiplient, et par une conséquence naturelle, les forces ennemies augmentent d’autant plus, qu’elles se concentrent davantage. Je pense aujourd’hui comme ce philosophe qui croit que la guerre à coups de plumes ferait plus de prosélytes au culte de l’égalité que la guerre à coups de canons. La déclaration des droits, de l’encre, du papier et des presses, voilà les boulets, disait-il, qu’il faut envoyer à l’ennemi. Ce qui inspire la terreur ne commande point l’affection. La présence de nos armées en pays étranger peut bien forcer les habitants à feindre l’amour de la liberté ; mais elle ne détruit pas l’impression de la servitude : nous en avons un exemple dans la conduite infâme des Francfortois à notre égard. Cette conduite nous donne matière à penser ; elle doit être pour nous la juste mesure des secours que nous devons attendre des peuples pour qui nous prodiguons notre or et notre sang. Dans ce moment, la Belgique est déchirée par les factions, et bientôt, au lieu de vous aider, vous aurez à la contenir. La présence de nos armées à Nice n’a point empêché l’aristocratie d’y fomenter des troubles avec succès. Je ne pense donc pas qu’il faille planter vous-mêmes l’arbre de la liberté sur les débris de l’inquisition, ni installer une société jacobite dans l’une des salles du Vatican. Croyez-moi, l’exécution de ce projet ne produirait rien pour la liberté, à supposer même qu’il ne lui fût pas contraire ; il mettrait à nu notre légèreté et notre inconséquence.
Si le sang des Caton, des Brutus, coule encore dans les veines des Romains dégénérés, c’est à eux exclusivement, c’est à eux qu’est confié la noble exécution de ce projet : n’ont-ils pas les mêmes moyens que nous , force et justice ? Leurs tyrans sont-ils plus redoutables ? J’ose croire que nous avions plus à faire qu’eux ; nous aimions nos maîtres par caractère, ils détestent les leurs par besoin. Nous avions nos passions, nos préjugés à combattre, nous leur avons appris à vaincre les leurs. Tous les tyrans de l’Europe étaient contre nous, ils sont assurés de notre protection.
D’ailleurs, quand vous avez promis de protéger et secourir la souveraineté des peuples, vous êtes-vous engagés à supporter tous les travaux et les dangers d’une guerre, eux, a en recueillir paisiblement les fruits ? Si vous l’aviez fait, je vous demanderais : De quel droit disposez-vous de la fortune des citoyens ? De quel droit disposez-vous du sang de nos frères, pour acheter la liberté de ceux qui ne veulent pas être libres ?
Citoyens, si vous maintenez le décret par lequel vous avez déclaré que vous jugeriez vous-mêmes Louis XVI, j’opine pour la réclusion du ci-devant roi pendant la guerre, et au bannissement à la paix ; et dans tous les cas, je demande que le peuple souverain ratifie votre jugement en assemblées primaires de communes.