Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Discours sur le gouvernement anglais, prononcé au Club des Jacobins le 1er
pluviôse an II de la république française (28 janvier 1794)

Tous les orateurs qui ont parlé sur cet objet ont manqué le véritable but pour
lequel ils devaient parler. Ce but consiste à éclairer le peuple anglais, et à
imprimer dans l’âme des Français une indignation profonde contre le gouvernement
anglais.

Il ne fallait pas parler au peuple anglais, il fallait que ce peuple fût
simplement le témoin attentif de nos discussions, de nos vertus républicaines et
de notre gloire. Il fallait que le peuple pût prendre, lui seul, dans notre
constitution ce qui lui convient; on a pris une mauvaise marche en la lui
présentant et en la lui jetant pour ainsi dire à la figure.

C’est une vengeance éclatante que nous avons à tirer du gouvernement anglais, et
non des leçons à donner. Il ne fallait donc pas s’adresser au peuple anglais,
mais discuter en sa présence et devant toute l’Europe les crimes de Pitt et les
droits imprescriptibles de l’homme.

Il est plusieurs orateurs qui ont fait, par rapport aux Anglais, ce que ceux-ci
ont fait pour une partie de la France; c’est cet effort liberticide qui tend à
faire rétrograder l’opinion publique en la devançant. Quiconque a des idées de
la situation politique de l’Europe, et surtout de l’Angleterre, doit savoir que
les tyrans ont élevé entre les peuples et nous une barrière morale, qui est la
calomnie, et des nuages épais, qui sont les préjugés et les passions.

D’après cela, vous sentez que pour être goûté des peuples, il faut se prêter à
leurs faiblesses, et s’accommoder de leur langage. Vous vous trompez, si vous
croyez que la moralité et les lumières du peuple anglais soient égales aux
vôtres: non, il est à deux siècles loin de vous; il vous hait, parce qu’il ne
vous connaît pas, parce que la politique de son gouvernement a toujours
intercepté la vérité; il vous hait, parce que depuis plusieurs siècles la
politique du ministre a été d’armer les Anglais contre les Français, et que la
guerre a toujours été un moyen pour se soutenir contre le parti de l’opposition.

Il ne suit pas de là que le peuple anglais ne fera pas une révolution; il la
fera, parce qu’il est opprimé, parce qu’il est ruiné. Ce sont vos vaisseaux qui
feront cette révolution: elle aura lieu, parce que le ministre est corrompu;
Pitt sera renversé, parce qu’il est un imbécile, quoi qu’en dise une réputation
qui a été beaucoup trop enflée.

Ceci pourrait être un blasphème aux oreilles de quelques Anglais, mais c’est une
vérité aux oreilles des personnes raisonnables.

Pour le prouver, je n’ai besoin que de nos armées, de nos flottes, de notre
situation sublime et grande, et des cris élevés contre Pitt dans toute
l’Angleterre. Le ministre d’un roi fou est un imbécile, parce qu’à moins d’être
un imbécile, on ne peut pas préférer l’emploi de ministre d’un roi fou à
l’honorable titre de citoyen vertueux.

Un homme qui, placé à la tête des affaires d’un peuple chez qui la liberté
poussa autrefois des racines, veut faire rétrograder vers le despotisme et
l’ignorance une nation qui a conquis ses droits, est à coup sûr un imbécile. Un
homme qui, abusant de l’influence qu’il a acquise dans une île jetée par hasard
dans l’Océan, veut lutter contre le peuple français; celui qui ne devine pas
l’explosion que la liberté doit faire dans son pays; celui qui prétend servir
longtemps la ligue des rois aussi lâches et aussi bêtes que lui; celui qui croit
qu’avec des vaisseaux il va bientôt affamer la France, qu’il va dicter des lois
aux alliés de la France; celui-là, dis-je, ne peut avoir conçu un plan aussi
absurde que dans la retraite des Petites-Maisons, et il est étonnant qu’il se
trouve au dix-huitième siècle un homme assez dépourvu de bon sens pour penser à
de pareilles folies.

Discours non prononcé sur la faction Fabre-d’Eglantine (c. février 1794)

Deux coalitions rivales luttent depuis quelque temps avec scandale, l’une tend
au modérantisme, et l’autre aux excès patriotiquement contre-révolutionnaires.
L’une déclare la guerre à tous les patriotes énergiques, prêche l’indulgence
pour les conspirateurs; l’autre calomnie sourdement les défenseurs de la
liberté, veut accabler en détail tout patriote qui s’est une fois égaré, en même
temps qu’elle ferme les yeux sur les trames criminelles de nos plus dangereux
ennemis. Toutes deux professent le patriotisme le plus brûlant, quand il s’agit
d’attaquer leurs adversaires; toutes deux font preuve d’une profonde
indifférence, lorsqu’il est question de défendre les intérêts de la patrie et de
la vérité: toutes deux cherchent à sacrifier la république à leur intérêt
particulier. Le patriotisme dont elles se vantent n’est point absolu ni
universel; il n’éclate que dans certaines circonstances, et se renferme dans la
sphère des intérêts de la secte. Il n’a rien de commun avec la vertu publique.
Il ressemble à la haine, à la vengeance, à l’intrigue et à l’ambition. Toutes
deux ont raison, lorsqu’elles se dénoncent réciproquement; elles ont tort, dès
qu’elles prétendent conclure quelque chose en leur faveur des vices de leurs
adversaires. Toutes deux prouvent tout contre leurs adversaires, et rien en leur
faveur.

L’une cherche à abuser de son crédit ou de sa présence dans la Convention
nationale; l’autre, de son influence dans les sociétés populaires. L’une veut
surprendre à la Convention des décrets dangereux, ou des mesures oppressives
contre ses adversaires; l’autre fait entendre des cris douloureux dans les
assemblées publiques. L’une cherche à alarmer la Convention, l’autre à inquiéter
le peuple; et le résultat de cette lutte indécente, si l’on n’y prend garde,
serait de mettre la Convention nationale en opposition avec le peuple, et de
fournir aux ennemis de la république l’occasion qu’ils attendent d’exécuter
quelque sinistre dessein; car les agents des cours étrangères sont là qui
soufflent le feu de la discorde, qui font concourir à leur but funeste
l’orgueil, l’ignorance, les préjugés des deux partis, et tiennent tous les fils
de cette double intrigue, et en dirigent tous les résultats vers leur but.

Le triomphe de l’un ou de l’autre parti serait également fatal à la liberté et à
l’autorité nationale. Si le premier écrasait l’autre, le patriotisme serait
proscrit, la Convention nationale perdrait l’énergie qui seule peut sauver la
république, et la chose publique retomberait entre les mains de l’intrigue, de
l’aristocratie et de la trahison: si le second l’emportait, la confusion et
l’anarchie, l’avilissement de la représentation nationale, la persécution de
tous les patriotes courageux et sages, seraient les fruits de sa victoire.

Dissoudre la Convention nationale, renverser le gouvernement républicain,
proscrire les patriotes énergiques et remettre à la fois le commandement des
armées et les rênes de l’administration révolutionnaire dans les mains des
fripons et des traîtres: tel est, tel sera l’intérêt, le but de tous les tyrans
coalisés contre la république, jusqu’à ce que le dernier d’entre eux ait expiré
sous les coups du peuple français. Tel est aussi le véritable but de l’intrigue
que je vais développer.

Un système d’attaque se développa contre le comité de salut public, dès le
moment où il commença à montrer un caractère vraiment inquiétant pour les
ennemis de la république.

Peu de temps après l’époque où il fut renouvelé, et que Lacroix et quelques
autres en sortirent, on se flattait hautement qu’il ne pourrait jamais porter le
poids des fonctions qui lui étaient imposées. Pour le paralyser tout à coup, ou
proposa à la Convention de détruire le conseil exécutif, et de le charger seul
de tout le fardeau de l’administration, sous le nom de comité du gouvernement.
Le comité de salut public, à qui cette question fut renvoyée, prouva facilement
que cette proposition, soutenue avec beaucoup d’opiniâtreté, tendait à détruire
le gouvernement, sous le prétexte de le perfectionner, et à annuler le comité de
salut public, sous le prétexte d’augmenter sa puissance; et la Convention eut la
sagesse de laisser les choses dans l’état où elles étalent. Cependant le
gouvernement, quel qu’il fût, comprimait vigoureusement les ennemis du dedans,
et combattait avec avantage les ennemis du dehors. On continua de le harceler
d’une autre manière. Non content de contrarier indirectement par des motions
insidieuses ses mesures les plus sages, on employa contre lui l’arme la plus
puissante et la plus familière des ennemis de la liberté, la calomnie (on peut
se rappeler l’époque). Un représentant du peuple qui était sorti vivant de
Valenciennes, tombée sous le joug autrichien (Briez, séance du 25 septembre
1793) osa, dans un libelle qu’il qualifiait rapport, rejeter sur le comité de
salut publie l’ignominie d’une trahison, que la patrie indignée reprochait en
grande partie à sa lâcheté, et cette calomnie impudente fut accueillie avec
transport par les ennemis secrets de la république, que la punition récente des
conspirateurs avait condamnés an silence. Elle fut même récompensée par un
décret qui adjoignait son auteur au comité de salut public, mais cette erreur
fut à l’instant même reconnue et réparée.

On n’en continua pas moins de calomnier et d’intriguer dans J’ombre. Les meneurs
cherchaient un champion assez déhonté pour le lancer le premier dans l’arène. Il
se présenta un homme (Philippeaux), qui avait joué dans la Vendée un rôle aussi
honteux que le premier délateur dans Valenciennes. Un représentant du peuple,
naguère avocat du tyran, et lâche flagorneur de Roland et de la faction
brissotine dans un journal ignoré, un homme dont l’existence équivoque était à
peine aperçue des amis et des ennemis de la liberté, un homme dont le rappel de
la Vendée avait été l’un des remèdes nécessaires pour mettre fin à nos
désastres, et l’époque de nos succès, cet homme répandit tout à coup un libelle,
où l’effronterie supplée en même temps à la vérité et à la vraisemblance, où il
se constitue le panégyriste des généraux perfides et diffamés avec lesquels il a
vécu; un dénonciateur des représentants fidèles qui l’avaient dénoncé, des
patriotes qu’il a constamment persécutés, enfin, du comité de salut public, qui
n’avait à se reprocher qu’un excès d’indulgence à son égard.

Le comité de salut public, qu’on voulait distraire des travaux immenses sous
lesquels on le croyait près de succomber, pour le forcer à répondre aux
pamphlets, se reposa sur le mépris que devaient inspirer et l’ouvrage et
l’auteur. Il se trompa.

L’atrocité de la calomnie fut précisément ce qui en fit la fortune: tous les
ridicules mêmes de l’auteur ne purent nuire à ses succès. Tous les hommes
faciles à tromper, tous les intrigants à qui un gouvernement patriote était
redoutable se rallièrent sous les bannières d’un homme qu’ils méprisaient. Il
n’était question que de trouver quelqu’un pour ouvrir la tranchée. La sottise et
la perversité lui prodiguèrent les encouragements les plus flatteurs, et il
enfanta de nouveaux libelles, tous imprimés et distribués avec une profusion
scandaleuse. Chaque jour, la tribune retentit de ses insolentes déclamations. Il
fut secondé par tous ceux qui avaient partagé ses torts dans la Vendée. Bientôt
parurent les numéros de Camille Desmoulins, égaré par une impulsion étrangère,
mais qui développa, par des motifs personnels, la doctrine liberticide de la
nouvelle coalition.

Dès le mois de….. elle était déjà si forte, que le comité de salut public
était fortement ébranlé dans l’opinion d’une partie de la Convention nationale.
On avait déjà fait passer en principe qu’il était responsable de tous les
événements fâcheux qui pouvaient arriver, c’est-à-dire des torts de la fortune,
et même des crimes de ses ennemis; et le triomphe de la calomnie était d’autant
plus certain, que l’on ne doutait pas qu’il ne succombât nécessairement sous le
poids de la tâche qui lui était imposée.

Au moment de la plus grande tourmente du gouvernement naissant, on en provoqua
brusquement le renouvellement, motivé par des diatribes violentes contre ses
membres; mais cette hostilité subite heurtait, choquait trop violemment
l’opinion publique; et, le lendemain, le décret qui changeait l’existence du
comité fut rapporté, au moment où les listes des meneurs étaient suspendues au
scrutin. Parmi les noms inscrits sur ces listes, on distinguait celui de
Dubois-Crancé et ceux de quelques autres membres intéressés particulièrement à
la ruine du comité.

Les intrigants poursuivirent l’exécution de leur plan avec une activité
nouvelle. Calomnié au dehors par tous les tyrans et par tous les traîtres, le
comité de salut public l’était d’une manière beaucoup plus dangereuse, au sein
de la Convention même, par tous ses ennemis. Déjà ceux-ci avaient fait passer en
principe qu’il était responsable de tous les événements malheureux qui pouvaient
arriver, c’est-à-dire des torts de la fortune et des crimes mêmes de ses
ennemis. C’en était fait, si le génie de la liberté n’avait opéré tout à coup
les prodiges étonnants qui ont sauvé la république. Déjà on avait répandu dans
tout le Midi que le comité de salut public avait pris la résolution de livrer
Toulon, et d’abandonner tous les pays méridionaux au delà de la Durance, tandis
qu’au sein de la Convention on l’accusait sourdement de ne pas prendre les
mesures nécessaires pour réduire Toulon. La victoire prodigieuse qui remit cette
cité au pouvoir de la république fit taire pour un moment la calomnie; mais si
cet heureux événement avait été seulement reculé, le gouvernement républicain
était accablé sous le poids de la calomnie. Alors les ennemis de la révolution
auraient proscrit à leur gré les défenseurs de la liberté, qu’ils avaient
renfermés dans le comité de salut public, comme dans un défilé, pour les
immoler. Le sort de la liberté retombait entre les mains des fripons et des
traîtres; la Convention nationale perdait la confiance publique, et la cause de
la tyrannie triomphait. Aussi, quand le comité de salut public apporta à la
Convention cette heureuse. nouvelle, tous les amis purs de la liberté qui
siègent à la Montagne, dans les transports de leur joie civique, nous
témoignèrent à l’envi leur satisfaction, sous le rapport même de la persécution
suscitée aux plus zélés défenseurs de la patrie.–Vous avez bien fait de
réussir, nous disaient-ils, car si Toulon n’avait pas été pris si tôt, vous
étiez perd.us; je crois qu’ils nous auraient fait décréter d’accusation. D’un
autre côté, il était facile de lire sur les visages des calomniateurs que cet
heureux événement n’était pour eux qu’un revers personnel, et que le triomphe de
la république déconcertait leurs projets.

Mais ni Toulon enlevé, ni la Vendée détruite, ni Landau délivré, rien ne put
arrêter le cours des libelles: il semblait qu’on voulût se venger de tant de
succès en outrageant ceux qui y avaient coopéré. Cependant, comme on n’osait
plus attaquer directement le comité de salut public, on revint au premier
système, de le paralyser, en désorganisant le gouvernement et en minant tous ses
appuis. On déguisa, selon l’usage, ce projet sous des prétextes très
patriotiques. On commença par répéter, contre les agents nécessaires du
gouvernement républicain, choisis par les patriotes et nommés par la Convention,
tous les reproches qui s’appliquaient aux ministres de la cour. On enchérit sur
les injures prodiguées naguère par la faction brissotine aux patriotes qui
secondaient les vues du comité de salut public, et qui étaient investis de sa
confiance. On renouvela la motion insensée de changer le gouvernement actuel, et
d’en organiser un nouveau. Des commis du département de la guerre, accusés
d’impertinence ou d’intrigue, des rixes survenues entre eux et certains membres
de la Convention, les torts plus ou moins graves de plusieurs agents du conseil
exécutif, et surtout les discours ou les procédés peu respectueux de
quelques-uns d’entre eux à l’égard de quelques représentants du peuple: tels
étaient les prétextes dont on se servait pour tout entraver, pour tout
bouleverser, pour arrêter le cours de nos succès, pour rassurer les ennemis de
la république, pour encourager tous les anciens complices des Dumouriez et des
Custine, en avilissant le ministère actuel, et en portant le découragement dans
le coeur de tous les patriotes appelés à concourir au salut de la patrie.

Quel était leur but? De porter le découragement dans le coeur de tous les
patriotes appelés à concourir au salut de la patrie, de les remplacer par de
nouveaux Dumouriez et par de nouveaux Beurnonville, afin d’arrêter le cours de
nos succès, et de rassurer les ennemis de la France par le spectacle de nos
divisions et de notre folie.

En effet, quel temps choisissait-on pour déclamer contre le gouvernement, et
particulièrement contre l’administration de la guerre? Celui où nos armées
victorieuses faisaient oublier les époques de l’histoire les plus fécondes en
exploits militaires. Pouvait-on avouer plus clairement avec quel chagrin on
avait vu le succès de nos armes, victorieuses de l’Europe? La Convention,
trompée par ces tristes déclamateurs, semblait regarder comme un triomphe
d’écraser un commis de la guerre ou un officier de l’armée révolutionnaire. Non
contente de venger l’humanité outragée, elle vengeait encore les querelles de
Philippeaux. Avec quelle perfidie ils la faisaient descendre à ces débats
scandaleux et à de honteuses divisions, dans le moment où elle devait se montrer
si imposante à toute l’Europe!

Et quels sont les auteurs de ce système de désorganisation? Ce sont des hommes
qui tous ont un intérêt particulier et coupable à renverser le gouvernement
républicain, de manière qu’on ne trouve guère, parmi les ennemis du comité de
salut public et de ses coopérateurs, que des fripons démasqués, dont la sévérité
contraste ridiculement avec les rapines que la voix publique leur reproche:

C’est un Dubois-Crancé, accusé d’avoir trahi les intérêts de la république
devant Lyon;

C’est Merlin, fameux par la capitulation de Mayence, plus que soupçonné d’en
avoir reçu le prix:

C’est Bourdon, dit de l’Oise; c’est Philippeaux; ce sont les deux Goupilleau,
tous deux citoyens de la Vendée; tous ayant besoin de rejeter sur les patriotes
qui tiennent les rênes du gouvernement, les prévarications multipliées dont ils
se sont rendus coupables durant leur mission de la Vendée;

C’est Maribon, dit Montaut, naguère créature et partisan déclaré du ci-devant
duc d’Orléans; le seul de la famille qui ne soit point émigré, jadis aussi
enorgueilli de son titre de marquis et de sa noblesse financière qu’il est
maintenant hardi à les nier; servant de son mieux ses amis de Coblentz dans les
sociétés populaires, où il vouait dernièrement à la guillotine cinq cents
membres de la Convention nationale; cherchant à venger sa caste humiliée par ses
dénonciations éternelles contre le comité de salut public et contre tous les
patriotes.

(lacune dans le manuscrit)

[C’est Fabre-d’Eglantine]…..Des principes, et point de vertus; des talents, et
point d’âme; habile dans l’art de peindre les hommes, beaucoup plus habile dans
l’art de les tromper, il ne les avait peut-être observés que pour les exposer
avec succès sur la scène dramatique; il voulait les mettre en jeu, pour son
profit particulier, sur le théâtre de la révolution: connaissant assez bien les
personnages qui marquaient dans tous les partis, parce qu’il les avait tous
servis ou trompés, mais affectant de se tenir à côté des plus zélés défenseurs
de la liberté; se tenant à l’écart avec un soin extrême, tandis qu’il faisait
agir les autres à leur insu, moins encore pour cacher ses intrigues que pour les
soustraire à la défaveur de sa mauvaise réputation, seul préservatif contre son
caractère artificieux; mais compromettant le succès de ses intrigues politiques
par le scandale de ses intrigues privées, et nuisant à son ambition par sa
sordide avarice. Placé au centre des opinions diverses et des factions opposées,
il travaillait avec assez d’habileté à en diriger les résultats vers son but
particulier: des intérêts de plus d’un genre l’attachaient au projet de
renverser le gouvernement actuel. Fabre a un frère digne de lui, dont il voulait
absolument faire un général; c’est pour cela qu’à diverses époques il avait
courtisé Beurnonville, ensuite intrigué pour faire nommer Alexandre et perdre
Bouchotte. Un motif plus puissant encore le portait à cabaler contre le comité
de salut public et contre le ministre de la guerre: sans compter le désir
ambitieux de placer à la tête des affaires ses amis et lui-même, il était
tourmenté par la crainte de voir la main sévère des patriotes déchirer le voile
qui couvrait ses criminelles intrigues et sa complicité dans la conspiration
dénoncée par Chabot et Bazire.