Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Discours pour déterminer la Convention à protéger la liberté des cultes,
prononcé à la Convention nationale le 15 frimaire an II de la république
française (5 décembre 1793)

Citoyens, les projets des intrigants qui veulent renverser fa liberté semblent
déjà s’exécuter. C’est une chose remarquable que l’émigration qui se fait du
Midi en Suisse, depuis qu’on a imprimé le mouvement extraordinaire contre le
culte. Il existe des communes qui ne sont pas fanatiques, mais où cependant on
trouve mauvais que des autorités, que la force armée, ordonnent de déserter les
églises et mettent en arrestation des ministres du culte, à cause de leur
qualité seule: des hommes qui les premiers ont apporté les dépouilles du culte
ont aussi réclamé; ils ont cédé dans les premiers moments à l’impulsion, par
amour pour la paix. Je ne dis pas que ces communes soient moins attachées à la
liberté qu’à leur culte, mais enfin elles réclament.

Nos ennemis se sont proposé un double but en imprimant ce mouvement violent
contre le culte catholique: le premier de recruter la Vendée, d’aliéner les
peuples de la nation française, et de se servir de la philosophie pour détruire
la liberté; le second.de troubler la tranquillité de l’intérieur, et de donner
ainsi plus de force à la coalition de nos ennemis.

Je pourrais démontrer jusqu’à l’évidence la conspiration dont je viens de vous
montrer les principales bases, si je voulais mettre à nu ceux qui en ont été les
premiers agents. Je me contenterai de vous dire qu’à la tête il y a des
émissaires de toutes les puissances qui nous font la guerre; qu’il y a des
ministres protestants. (Rabaut Saint-Etienne venait d’être arrêté à Paris.)
Qu’avez-vous à faire dans de pareilles circonstances? parler en philosophes?
Non, mais en législateurs politiques, en hommes sages et éclairés. Vous devez
protéger les patriotes contre leurs ennemis, leur indiquer les pièges qu’on leur
tend, et vous garder d’inquiéter ceux qui auraient été trompés par des
insinuations perfides; protéger enfin ceux qui veulent un culte qui ne trouble
pas la société. Vous devez encore empêcher les extravagances, les folies qui
coïncident avec les plans de conspiration: il faut corriger les écarts du
patriotisme, mais faites-le avec le ménagement qui est dû à des amis de la
liberté qui ont été un instant égarés.

Je demande que vous défendiez aux autorités particulières de servir nos ennemis
par des mesures irréfléchies, et qu’aucune force armée ne puisse s’immiscer dans
ce qui appartient aux opinions religieuses, sauf dans le cas où elle serait
requise pour des mesures de police.

Enfin, je vous propose une mesure digne de la Convention; c’est de rappeler
solennellement tous les citoyens à l’intérêt public, de les éclairer par vos
principes, comme vous les animez par votre exemple, et de les engager à mettre
de côté toutes les disputes dangereuses, pour ne s’occuper que du salut de la
patrie.

Le projet du comité de salut public présente les mêmes vues. En y réfléchissant,
vous sentirez la nécessité d’adopter les mesures que nous vous proposons: si
vous ne le faites pas, comptez que les émissaires des cours étrangères
profiteront de votre silence pour exécuter leurs projets criminels.

Discours sur les sourdes menées de l’étranger pour égarer et pour perdre les
patriotes, prononcé au Club des Jacobins le 6 nivôse an II de la république
française (26 décembre 1793)

On vous a dit à cette tribune des vérités qui seront toujours un préservatif
contre le poison de l’intrigue, vous venez d’entendre la voix de patriotes dont
l’énergie est connue de toute la France; vous venez d’entendre une adresse de la
part d’une partie intéressante de cette commune où naquit la liberté, qui fut
toujours la terreur de l’intrigue et de la tyrannie. C’est là, c’est parmi les
vertueux sans-culottes du faubourg Saint-Antoine que les ennemis de la liberté
cherchent à se glisser pour égarer le patriotisme sans défiance.

Je suis plus en état que qui que ce soit de juger et de prononcer sur les
personnes; je crois connaître les véritables causes de cet imbroglio politique.
Je connais toutes le» intrigues, et je vois que si les citoyens sont suspects
les uns aux autres, s’ils craignent d’être trompés les uns par les autres, c’est
parce qu’il se trouve des politiques adroits qui font naître des inimitiés entre
des hommes qui devraient naturellement agir ensemble d’une manière amicale.
Lorsque nous devrions nous réjouir de nos victoires, toute notre attention est
absorbée dans des querelles particulières. A Londres, à Vienne et à Berlin, on
s’imagine que la société des Jacobins s’occupe de préparer des triomphes à nos
guerriers vainqueurs de la tyrannie sous les murs de Toulon, et, pendant ce
temps, elle s’occupe à des altercations qui se sont élevées entre quelques-uns
de ses membres. Les papiers publics vont apprendre à l’Europe que les grands
succès qui devraient vous enivrer, ont fait si peu d’impression sur vous, que
vous n’avez fait que continuer les vils débats des séances précédentes. Pitt,
dans sa frayeur, a pensé que c’en était fait de la ligue abominable des rois,
que les Jacobins allaient triompher, et mettre à profit leurs victoires, en
achevant d’exterminer tous les tyrans échappés à la vengeance du peuple
français; il devra se réjouir, quand il apprendra que s’il est un lieu où les
succès de nos armes n’ont produit aucun effet, c’est dans la société des
Jacobins.

Il s’en faut bien que je sois un modéré, un feuillant, comme on le débite dans
les cafés; mais voilà mes sentiments, et puisque mon âme est tout entière
absorbée dans |es grands événements qui se passent, je ne puis m’empêcher de
dire que cette séance fera un grand plaisir à M. Pitt. S’il était à craindre
qu’un patriote fût opprimé, si je ne savais pas que la Convention défend tous
les patriotes, alors .je quitterais ces grands objets pour vous entretenir des
opprimés, parce que je sais que la cause d’un opprimé intéresse le peuple
entier.

Une dénonciation avait été faite contre Ronsin. La Convention avait décrété que
le rapport lui en serait fait: pourquoi le lendemain de ce décret vient-on
présenter une pétition pour demander ce qu’elle avait décrété? Ne voyez-vous pas
que cette conduite a été dictée par les agents de nos ennemis. Pitt, l’infâme
Pitt, dont nous devons faire et dont nous avons fait justice, a l’insolence de
se jouer de notre patriotisme! Il doit bien s’applaudir des petites trames qui
engagent les patriotes faits pour porter la foudre contre les tyrans, et dont le
c½ur brûlant de patriotisme est le foyer d’où doivent partir les traits destinés
à frapper tous les ennemis de l’humanité; il doit, dis-je, s’applaudir des
trames qui engagent les patriotes à oublier les grands objets de salut public,
pour nous entretenir des principes qui sont déjà gravés dans nos c½urs.

Je suis convaincu qu’il y a des hommes qui se regardent mutuellement comme des
conspirateurs et des contre-révolutionnaires, et qui ont pris cette idée des
coquins qui les environnent, et qui cherchent à exciter des défiances entre
nous. Ce sont les étrangers qui entraînent les patriotes dans des malheurs
inconsidérés et qui les poussent dans des excès contraires. C’est de cette
source que viennent ces accusations précipitées, ces pétitions imprudentes, ces
querelles où l’on prend le ton de là menace. Dans ce système, suivi par les
puissances étrangères, on veut faire croire à l’Europe que la représentation
nationale n’est pas respectée, que pas un patriote n’est en sûreté, et que tous
sont exposés aux mêmes dangers que les contre-révolutionnaires. Qu’est-ce qu’il
nous importe de faire, à nous patriotes et républicains? C’est d’être au but que
nous nous sommes proposé, c’est d’écraser les factions, les étrangers, les
modérés, mais non de perdre des patriotes, et bien moins de nous égarer dans les
routes où les passions les ont jetés. Pour cela, il faut éloigner l’aigreur et
les passions, en écoutant les réflexions de chacun; il faut que ceux qui les
feront en agissent de même. N’oublions pas les grands principes qui ont toujours
germé dans nos c½urs: l’amour de la patrie, l’enthousiasme des grandes mesures,
le respect de la représentation nationale. S’il est des crises où le peuple soit
obligé de s’armer contre quelqu’un de ses mandataires infidèles, la
représentation nationale n’en est pas moins sacrée lorsqu’elle marche d’un pas
ferme et assuré; elle a droit d’exiger le respect et l’amour de tous les
individus.

Si je voulais entrer dans des détails, je vous prouverais que la pétition faite
pour Ronsin, ou qui parait avoir été faite pour lui, l’a été au contraire pour
le perdre. Le but de nos ennemis est de rendre Ronsin suspect, en faisant croire
que le faubourg Saint-Antoine est disposé à le défendre et à s’armer pour lui.
A-t-on oublié que des patriotes ont été incarcérés, mais qu’ils n’ont excité
aucun trouble pour se procurer la liberté? Pourquoi ne serait-on pas calme?
pourquoi ne se reposerait-on pas comme eux sur leur innocence? La Convention
veut attendre que la vérité soit connue tout entière; elle le sera, n’en doutez
pas, et alors on distinguera le crime de la vertu; et les patriotes qui se
trouveront purs pourront se réunir contre les ennemis communs.

Discours sur Camille Desmoulins, accusé de modérantisme, prononcé au Club des
Jacobins le 18 nivôse an II de la république française (7 janvier 1794)

Il est inutile de lire le cinquième numéro du _Vieux Cordelier;_ l’opinion doit
être déjà fixée sur Camille. Vous voyez dans ses ouvrages les principes les plus
révolutionnaires à côté des maximes du plus pernicieux modérantisme. Ici il
rehausse le courage du patriotisme, là il alimente l’espoir de l’aristocratie.
Desmoulins tient tantôt un langage qu’on applaudirait à la tribune des Jacobins;
une phrase commence par une hérésie politique; à l’aide de sa massue redoutable,
il porte le coup le plus terrible à nos ennemis; à l’aide du sarcasme le plus
piquant, il déchire les meilleurs patriotes. Desmoulins est un composé bizarre
de vérités et de mensonges, de politique et d’absurdités, de vues saines et de
projets chimériques et particuliers.

D’après tout cela, que les Jacobins chassent ou conservent Desmoulins, peu
importe, ce n’est qu’un individu: mais ce qui importe d’avantage, c’est que la
liberté triomphe et que la vérité soit reconnue. Dans toute cette discussion, il
a beaucoup été question d’individus, et pas assez de la chose publique. Je
n’épouse ici la querelle de personne; Camille et Hébert ont également des torts
à mes yeux. Hébert s’occupe trop de lui-même, il veut que tout le monde ait les
yeux sur lui, il ne pense pas assez à l’intérêt national.

Ce n’est donc pas Camille Desmoulins qu’il importe de discuter, mais la chose
publique, la Convention elle-même, qui est en butte aux intrigues du parti de
l’étranger, qui cause tous les maux dont nous sommes victimes, qui dicte la plus
grande partie des erreurs, des exagérations dont nous sommes environnés.

Ce sont ces petits ambitieux, qui, pour avoir occupé une place dans l’ancien
régime, se croient faits pour régler les destinées d’un pussant empire; ce sont
eux qu’il faut surveiller, puisque leurs passions nous sont devenues si
funestes.

Citoyens, vous seriez bien aveugles si, dans tout ce conflit, et les opinions
qui se heurtent avec tant de violence, vous ne voyiez que la querelle de
quelques particuliers et des haines privés. L’½il observateur d’un patriote
éclairé soulève cette enveloppe légère, écarte tous les moyens, et considère la
chose sous son véritable point de vue. Il existe une nouvelle faction qui s’est
ralliée sous les bannières déchirées du brissotisme. Quelques meneurs adroits
font mouvoir la machine, et se tiennent cachés dans les coulisses. Au fond,
c’est la même faction que celle de la Gironde, seulement les rôles sont changés,
mais ce sont toujours les mêmes acteurs avec un masque différent. La même scène,
la même action théâtrale subsistent toujours. Pitt et Cobourg, désolés de voir
les trônes s’écrouler, et la cause de la raison triompher, n’ont plus d’autres
moyens que de dissoudre la Convention nationale. Aussi tous les efforts des
factieux sont-ils dirigés vers ce seul et unique but. Mais deux espèces de
factions sont dirigées par le parti étranger.

Voici comment ils raisonnent. Tous moyens sont bons, pourvu que nous parvenions
à nos fins; ainsi, pour mieux tromper le public et la surveillance du
patriotisme, ils s’entendent comme des brigands dans une forêt. Ceux qui sont
d’un génie ardent et d’un caractère exagéré proposent des mesures
ultra-révolutionnaires; ceux qui sont d’un esprit plus doux et plus modéré,
proposent des moyens citra-révolutionnaires. Ils se combattent entre eux; mais
que l’un ou l’autre parti soit victorieux, peut leur importe; comme l’un ou
l’autre système doit également perdre la république, ils obtiennent un résultat
également certain, la dissolution de la Convention nationale.

On n’ose pas encore heurter de front le pouvoir des représentants du peuple
réunis; mais on fait de fausses attaques; on tâte, pour ainsi dire, son ennemi.

On a une certaine phalange de contre-révolutionnaires masqués, qui viennent, à
certains temps, exiger de la Convention au delà de ce que le salut public
commande.

On a des hypocrites et de scélérats à gages; on propose aujourd’hui un décret
impolitique, et le soir même, dans certains cafés, dans certains groupes, on
crie contre la Convention, on veut établir un nouveau parti girondin: on dit que
la Montagne ne vaut pas mieux que le Marais. On ne dira pas au peuple:
Portons-nous contre la Convention; mais, portons-nous contre la faction qui est
dans la Convention, sur les fripons qui s’y sont introduits.

Les étrangers seront de cet avis; les patriotes seront égorgés, et l’autorité
restera aux fripons. Les deux partis ont un certain nombre de meneurs, et, sous
leurs bannières, se rangent des citoyens de bonne foi, suivant la diversité de
leur caractère.

Un meneur étranger, qui se dit raisonnable, s’entretient avec des patriotes de
la Montagne, et leur dit: Vous voyez que l’on enferme des patriotes (or c’est
lui qui a contribué à les faire arrêter); vous voyez bien que la Convention va
trop loin, et qu’au lieu de déployer l’énergie nationale contre les tyrans, elle
la détourne sur les prêtres et sur les dévots. Et ce même étranger est un de
ceux qui ont tourné contre les dévots la foudre destinée aux tyrans.

On sait que les représentants du peuple ont trouvé dans les départements des
envoyés du comité de salut public, du conseil exécutif, et que ces mêmes envoyés
ont semblé, par leur imprudence, manquer de respect au caractère de
représentant.

L’étranger ou le factieux dit aux patriotes: Vous voyez bien que la
représentation nationale est méprisée; vous voyez que les envoyés du pouvoir
exécutif (car on n’a pas osé encore mettre le comité de salut public en scène),
vous voyez que les envoyés du conseil exécutif sont les ennemis de la
représentation: donc le conseil exécutif est le foyer de la contre-révolution,
donc tel secrétaire de Bouchotte est le chef du parti contre-révolutionnaire.

Vous voyez que le foyer de la contre-révolution est dans les bureaux de la
guerre; il est nécessaire de l’assiéger. (On n’ose pas dire: Allez assiéger le
comité de salut public.)

Je sens que ces vérités sont dures. Il est certaines gens qui ne s’attendaient
pas si tôt à les entendre, mais la conjuration est mûre, et je crois qu’il est
temps de prononcer.

Vous apercevez d’un seul coup d’½il tout le système de conspiration qui se
développe; vous distinguez les étrangers cherchant, par le moyen de certains
fripons, à ressusciter le girondinisme.

Peu leur importe que ce soit Brissot ou un autre qui en soit le chef. Les fautes
apparentes des patriotes sont converties en torts réels; les torts réels sont
transformés en un système de contre-révolution. Les fripons cherchent à faire
croire que la liberté n’a plus d’autres ennemis que ceux que les agents
étrangers ont désignés comme tels, afin de trouver un moyen de s’en défaire. On
se permet de proposer à la Convention des mesures qui tendent à étouffer
l’énergie nationale; et, d’un autre côté, on excite des inquiétudes, on dit que
la Convention n’est pas à sa véritable hauteur. Il en est qui vont jusqu’à dire
confidentiellement qu’il faut la changer. Dans le même moment, on fait à la
Convention des propositions modérées, auxquelles les patriotes ne peuvent
répondre, à cause des occupations qui les obligent de s’absenter; alors on fait
colporter dans les groupes des motions dangereuses et des calomnies.

Je vous l’ai déjà dit, les moyens ne sont que changés, afin qu’il soit plus
difficile de les reconnaître. C’est une trentaine de scélérats qui ont corrompu
le côté droit, en s’emparant dans les départements de l’opinion de ceux que le
peuple appelait à la Convention: on avait eu soin de leur représenter Paris
comme un fantôme épouvantable; chaque jour on augmentait leur terreur par des
motions exagérées, que des gens affidés proposaient dans les sections, et par
des affiches rédigées par des libellistes contre- révolutionnaires.

On était enfin parvenu à persuader à une foule d’hommes faibles que leurs
ennemis étaient dans la Commune de Paris, dans le corps électoral, dans les
sections, en un mot, dans tous les républicains de Paris: voilà le système qui
est encore suivi actuellement.

(Fabre-d’Eglantine se lève et descend de sa place. Robespierre invite la société
à prier Fabre de rester à la séance. Fabre monte à la tribune et veut parler.)

Robespierre. Si Fabre-d’Eglantine a son thème tout prêt, le mien n’est pas
encore fini. Je le prie d’attendre.

Il y a deux complots, dont l’un a pour objet d’effrayer la Convention, et
l’autre d’inquiéter le peuple. Les conspirateurs qui sont attachés à ces trames
odieuses semblent se combattre mutuellement, et cependant ils concourent à
défendre la cause des tyrans. C’est la seule source de nos malheurs passés: ce
serait celle de nos malheurs à venir, si le peuple entier ne se ralliait autour
de la Convention, et n’imposait silence aux intrigants de toute espèce.

Si les tyrans paraissent si opiniâtres à la dissolution de la Convention
actuelle, c’est parce qu’ils savent parfaitement qu’ils seraient alors les
maîtres de créer une Convention scélérate et traîtresse, qui leur vendrait le
bonheur et la liberté du peuple. A cet effet, ils croient que le plus sûr moyen
de réussir est de détacher peu à peu beaucoup de patriotes de la Montagne, de
tromper et d’égarer le peuple par la bouche des imposteurs.

Notre devoir, amis de la vérité, est de faire voir au peuple le jeu de toutes
les intrigues, et de lui montrer au doigt les fourbes qui veulent l’égarer.

Je finis en rappelant aux membres de la Convention ici présents, et au peuple
français, les conjurations que je viens de dénoncer. Je déclare aux vrais
Montagnards que la victoire est dans leurs mains, qu’il n’y a plus que quelques
serpents à écraser.

Ne nous occupons d’aucun individu, mais seulement de la patrie. J’invite la
société à ne s’attacher qu’à la conjuration, sans discuter plus longtemps les
numéros de Camille Desmoulins, et je demande que cet homme, qu’on ne voit jamais
qu’une lorgnette à la main, et qui sait si bien exposer des intrigues au
théâtre, veuille bien s’expliquer ici; nous verrons comment il sortira de
celle-ci. Quand je l’ai vu descendre de sa place, je ne savais s’il prenait le
chemin de la porte ou de la tribune, et c’est pour s’expliquer que je l’ai prié
de rester.