Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Discours sur les partis qui agitent la France, prononcé au Club des Jacobins le
8 frimaire an II de la république française (28 novembre 1793)

Je demande la parole, non pour faire un discours, mais pour faire connaître des
faits propres à répandre un grand jour sur les machinations des ennemis de la
liberté. Je vais commencer par lire une lettre saisie sur un émigré, qu’a fait
passer au comité du salut public le général Pichegru, et que le comité m’a
autorisé à vous communiquer. Elle est adressée à madame Larive, à Fribourg. Elle
est remplie d’écritures différentes, dont une composée par des moyens chimiques.
La voici:

Lyon, le 26 mai.

“La faction maratiste est tombée dans le plus grand discrédit, le parti
contraire réussit dans presque toute la France, et ce parti est _le
républicanisme voilé dont se sont couverts tous les honnêtes gens_. Une chose
qui a été nécessaire pour faire tomber le parti de Marat, qui n’avait pas moins
que le projet de faire égorger tous les honnêtes gens, ç’a été de se dire
vraiment républicain; et ce qui me paraît encore plus fâcheux, c’est qu’il a
fallu dire hautement que cette faction abominable de Jacobins s’entendait avec
les puissances étrangères et les émigrés, chose que je n’ai jamais sue. On
assure que des lettres prouvent évidemment cette connivence. Je crois que ceci
peut être très défavorable aux émigrés; car le peuple est toujours avide de
nouvelles choses. Et aujourd’hui qu’on lui fait ouvrir les yeux sur ses
véritables intérêts, tous ceux qui pensent comme moi voient avec peine qu’il
faut se servir de ce prétexte pour mériter sa confiance. Nous croyons donc qu’il
serait très à propos que tous les émigrés fissent une adresse aux Français, pour
leur annoncer que jamais leurs sentiments n’ont été ceux d’une faction
abominable et désorganisatrice; que jamais les chevaliers français n’ont pris
part à toutes les horreurs qui, depuis si longtemps, ravagent nos misérables
contrées. Un exposé court de leurs sentiments, et surtout de leur amour pour le
peuple serait, je crois, absolument nécessaire dans la circonstance où nous nous
trouvons.”

Vous voyez ici tout le plan des conspirations: l’aristocratie, dirigée par la
faction brissotine, avait donné au parti républicain le nom de maratiste. Pour
le combattre, on avait pris le parti de se dire républicain, et même de publier
que les Jacobins étaient coalisés avec les puissances étrangères et avec les
émigrés; mais l’aristocrate qui développe ce système à son ami ne lui dissimule
pas qu’il est triste que les _honnêtes gens_ soient obligés de prendre ce parti;
car il craint qu’à force de parler république, on ne finisse par fortifier
l’attachement du peuple à la liberté.

Un autre fait pourra jeter quelque lumière sur les manoeuvres actuelles. On vous
a dit que le système des agents de nos ennemis était de calomnier et de perdre
les plus zélés défenseurs de la liberté, pour amener la dissolution de la
Convention nationale. Vous allez voir quels sont les moyens qu’ils emploient
pour parvenir à ce but.

Voici une lettre adressée à _M. Brissot, dans sa maison, rue Grétry; elle n’a
été mise à la poste que pour qu’elle y fût arrêtée.

De Londres, le 9 novembre 1793.

“Cher ami et frère, j’adresse à votre maison, pour que ma lettre ne soit pas
interceptée, parce que j’espère que vous y avez des gens de confiance qui vous
la feront tenir. Je vous apprendrai que je suis arrivé d’hier dans cette ville:
que ma tournée d’Irlande et d’Ecosse a été des plus heureuses, pour moi
personnellement, bien au dessus de mes espérances. Je n’ai été troublé dans ma
course que par la nouvelle de votre arrestation: je me suis flatté qu’elle était
sans fondement; il m’a semblé qu’il était impossible que vos amis vous
abandonnassent, vu que vous étiez un des meilleurs amis de la patrie; que les
bruits qui couraient étaient pour amuser les aristocrates; mais quelle a été ma
surprise et mon chagrin , quand nos amis m’ont confirmé que cette malheureuse
nouvelle n’était que trop vraie ? Hélas! c’est donc le prix de votre zèle, non
seulement à les servir, mais encore à leur donner les moyens de saisir
l’occasion que les circonstances leur procuraient de faire leur fortune et celle
de la mettre à couvert. Nos amis et moi sommes confondus et outrés de
l’ingratitude des hommes; j’en avais quelque expérience, mais jamais je n’aurais
imaginé qu’elle pourrait être poussée ace point, mais au moins, cher ami, si
c’est une consolation pour les malheureux d’espérer d’être vengés, vous pouvez
en jouir d’avance; car, s’ils vous abandonnent réellement, leur triomphe passera
comme une fumée, même leur fortune, excepté ce qu’ils ont dans les banques.

“Je vous préviens que je viens d’expédier à nos correspondants d’Amsterdam, de
Gênes et de Genève, enfin à tous nos associés, de se tenir prêts d’un commun
accord; et que s’il vous arrive la moindre chose, qu’il ne soit plus question de
leurs dix-sept millions. Tous nos amis ici sont très décidés à cela, ainsi que
la convenance pour le bien des émigrants rompue; prévenez-en, s’il en est encore
temps, comme je l’espère, Danton, Robespierre et Lecointre; j’espère que tout
sentiment n’est pas encore éteint en eus, et surtout leur position étant la plus
considérable, ça sera sur eux que nous tomberons les premiers. Pour Pétion, il
n’est plus à craindre, vous êtes déjà vengé de lui-même pour sa fortune; les
agents de l’égalité s’en sont emparé. Pour Bazire, Legendre, Buzot et
Collot-d’Herbois, qu’ils tremblent de pousser trop loin leurs criaillements,
nous les tenons: ainsi, qu’ils vous ménagent, s’ils ne veulent point se perdre.

“Pour votre fortune, cher infortuné ami, tel malheur qu’il vous arrive, elle est
à l’abri, soyez tranquille; même proposez-la à vos ennemis, vous pouvez leur
promettre en foi d’honnête homme, et la leur donner eu sûreté, je m’en rends
garant; si cela peut les engager à vous servir, faites-le-moi savoir au plus
vite, alors j’enverrai tout de suite un exprès à Gènes, et vous pouvez prendre
sur M. K. F. tout ce qui vous sera nécessaire pour leur prouver que vous êtes de
bonne foi; prenez tout de suite cinquante ou soixante mille livres. Ne soyez pas
inquiet, je vous en prie, sur l’avenir; que ça ne vous occupe en rien: pensez à
gagner vos ennemis, persuadez-vous que vous avez de bons amis ici, et surtout
moi; que je me trouve bien malheureux d’avoir douté jusqu’à présent de la
vérité, je crains d’être en partie la cause de votre malheur. Si ma lettre, qui
est mon seul espoir, arrive trop tard, je ne m’en consolerai jamais. Adieu, trop
infortuné ami, de grâce répondez-moi tout de suite pour dissiper mes craintes
qui sont extrêmes, ou faites-le-moi faire si vous êtes privé de cette liberté.
Adieu; au moins ne doutez pas un moment de l’amitié lit ph« Sincère de votre ami
pour la vie.

A. C. D.

“P S. Nos amis me chargent de vous assurer que vos malheurs resserrent encore,
s’il est possible, l’amitié qu’ils vous ont toujours vouée. M. L. écrira demain
à M.K.F. Adieu.”

Je ne ferai point de commentaire sur cette lettre; je vais vous en communiquer
une autre qui n’est ni moins curieuse, ni moins instructive. Celle-ci m’est
adressée; je l’ai reçue hier par la poste. Le cachet porte l’empreinte d’un gros
évêque; sur l’enveloppe est écrit au crayon, Soleure.–Plus bas, à la main:
_Très pressée_. De l’autre côté: _On prie les personnes par les mains desquelles
passera cette lettre de ne pas l’ouvrir_. Cette lettre ne fut pas ouverte,
quoiqu’elle dût l’être comme on voit; elle me fut remise, et voici ce qu’on y
lit:

Ce 16 novembre. “Je connais trop bien, citoyen, ta façon de penser aristocrate,
pour que je te puisse laisser dans l’incertitude sur l’état de nos affaires, et
cela est d’autant plus important, que la place que tu occupes est plus éminente.
Je sais que tu veux la république, mais tu veux aussi les nobles et les prêtres,
selon que tu l’as mainte et mainte fois déclaré à Paris lorsque j’y séjournais.
Je te parle à coeur ouvert, parce que je sais que, persuadé de ton civisme, on
ne te fera pas de mal. Les patriotes, ces f….. sacrés coquins, pour me servir
de tes expressions, sont battus de toutes parts. J’espère que bientôt le temps
viendra de te manifester. Il est très adroit à toi d’avoir fait mourir le duc
d’Orléans, ce vilain, et en même temps de t’être emparé de l’autorité, afin de
pouvoir la remettre entre les mains des princes, qui, comme je l’espère, ainsi
que toi, ne tarderont pas à venir. Tu me mandes, dans ta dernière lettre, que tu
es dans une situation affreuse; je me le persuade facilement, étant obligé
d’approuver toutes les horreurs qui se commettent sous tes yeux. J’ai écrit au
comte d’Artois pour ce que tu sais bien: il m’a dit que tu devais te tenir
tranquille jusqu’à ce que le prince de Cobourg soit proche de Paris. Il accepte
la proposition de livrer Paris à ce général autrichien; j’ai fort bien fait tes
affaires auprès de lui. Adieu, cher citoyen; je t’aime et t’embrasse de tout mon
coeur, et suis à la vie ton ami.”

Et sur un chiffon inclus dans la lettre est écrit, par _P.S_.: “Comme ma lettre
est déjà cachetée, je veux l’ouvrir pour te dire que, depuis ma dernière lettre,
je n’ai pas changé de demeure; je suis toujours où tu sais bien, chez le citoyen
N. Il n’est pas étonnant que tu aies été affligé de la mort de la reine, c’est
un événement fait pour cela, et tous les gens de bien en sont là. Fais graver le
cachet dont je me suis servi pour cacheter ma lettre; c’est Pie VI, il est très
ressemblant. Tout le monde que tu m’as chargé de saluer te fait bien des
remercîments et te salue bien.”

Ces coups sont dirigés par les agents des cours étrangères, qui ont juré la
perte des vrais patriotes, comme le seul moyen de faire triompher la cause des
tyrans. Je ne craindrai pas de dire que cette lettre a été faite à Paris, malgré
les apparences contraires.

Voyez quels rapports on peut saisir: comme ceci s’adapte aux dernières
réflexions que je fis à cette tribune. Parce que je me suis opposé au torrent
des extravagances contre-révolutionnaires imaginées par nos ennemis pour
réveiller le fanatisme, on a prétendu pouvoir en conclure que j’étayais les
prêtres, que je soutenais le fanatisme, et la lettre que je viens de vous lire
porte principalement sur cette idée. S’il n’était question que de conjectures.
je croirais pouvoir affirmer que j’ai reconnu la main qui a composé ce tissu
d’horreurs. Elles sont vraisemblablement l’ouvrage de ce vil Proli et de ses
complices, de ce criminel étranger qui prétend diriger les Jacobins pour les
compromettre.

Réfléchissez avec quelle perfidie on attaque chaque jour les membres de la
Convention nationale en détail, surtout ceux qui jouissent d’une longue
réputation de civisme et d’énergie; voyez comme on commence à répandre sur la
Montagne tout entière les plus sombres nuages; voyez comme on cherche à
décréditer le comité de salut public, trop redouté des ennemis de la France pour
n’être pas le principal objet des attaques de leurs lâches émissaires.

Une longue diatribe écrite par un Gascon, et venue dit-on de Bayonne, vient
d’être lue à cette tribune; croyez-vous que ce soit l’homme qui a été faible
jadis qu’on poursuit aujourd’hui; non, c’est l’homme qui, détrompé sur le compte
de quelques hypocrites dangereux, leur a porté des coups mortels, et sert très
utilement la république; ce n’est point l’individu qu’on attaque: c’est le
représentant du peuple, membre du comité de salut public, et tout ce qu’on veut
en conclure, c’est ce que dit formellement l’auteur même de la lettre, “Que le
peuple doit se défier des hommes habiles qui composent le comité de salut
public.”

Au reste, je vous l’ai déjà dit, vous à qui notre vigilance déplaît, venez
prendre nos places.

Venez résister à tous les tyrans venez étouffer les conspirations, déjouer les
intrigues, punir les traîtres, stimuler les lâches; venez d’une main repousser
la calomnie; de l’autre, tous les efforts des innombrables ennemis de la
liberté! Nous, alors, nous serons dans les tribunes; si vous commettez des
erreurs, ne trouvez pas mauvais que nous ayons pour vous un peu plus
d’indulgence que vous ne nous en témoignez, mais si vous commettez des crimes,
si vous ne voulez gouverner que pour livrer la république aux tyrans que nous
combattons, alors nous vous dénoncerons; nous périrons, s’il le faut, pour
conserver le plus grand ouvrage que la raison humaine ait élevé.

Croient-ils donc que nous laisserons la patrie en proie à leur extravagance
incivique, et que nous souffrirons au sein de la république le règne des valets
de Georges et de l’Autriche? Croient-ils que, dupes de leurs déclamations
philosophiques, nous n’étoufferons pas dans leurs mains les flambeaux de la
guerre civile, qu’ils jettent au milieu de nous! Oui, dans le mouvement subit et
extraordinaire qui vient d’être excité, nous prendrons tout ce que ce peuple
peut avouer, et nous rejetterons tous les excès par lesquels nos ennemis veulent
déshonorer notre cause; nous tirerons de ces moments les ressources dont la
patrie a besoin pour foudroyer ses ennemis; nous en tirerons un hommage rendu à
la morale et à la liberté; mais nous ne souffrirons pas qu’on lève l’étendard de
la persécution contre aucun culte; que l’on cherche à substituer des querelles
religieuses à la grande cause de la liberté, que nous défendons. Nous ne
souffrirons pas que l’on confonde l’aristocratie avec le culte, et le
patriotisme avec l’opinion qui les proscrit. A ce compte, les perfides ennemis
de la liberté acquerraient des titres de civisme, et le peuple serait proscrit
par le peuple lui-même. Un Canisi, un évêque fanatique qui .prêchait naguère la
guerre civile au nom du Néant, deviendrait un héros de la république en se
déprêtrisant!

La Convention nationale maintiendra. la liberté des cultes, en proscrivant le
fanatisme et en punissant la rébellion: elle protégera les patriotes mêmes
contre leurs erreurs; elle fera justice des contre-révolutionnaires, malgré le
masque dont ils se couvrent; elle imposera silence à toutes les disputes
religieuses, et elle ralliera tous les citoyens contre les ennemis de
l’humanité. Il est des prêtres philosophes, que des intentions pures ont
déterminés, ils ont droit à |’estime de leurs concitoyens et à la protection du
gouvernement républicain; quant à ceux qui n’ont pris qu’une nouvelle forme pour
intrigu.er et pour conspirer, on ne leur tiendra pas compte d’une comédie
nouvelle; on doit distinguer les citoyens paisibles et patriotes, qui apportent
sur l’autel de la patrie les monuments inutiles de la superstition, des
aristocrates déguisés qui affectent d’insulter aux choses que le peuple a
révérées, pour irriter les esprits; qui prêchent l’athéisme, avec un fanatisme
outré, dans la seule vue d’imputer cette conduite à la Convention nationale et
aux amis de la patrie.

On a vu des aristocrates décriés se mettre à la tête de certaines processions,
et aller ensuite en d’autres lieux exciter le peuple par le récit de certaines
farces très ridicules, qu’ils avaient eux-mêmes jouées; on en a vu d’autres se
signaler par leur zèle à honorer la mémoire de ce même Marat, qu’ils ont fait
assassiner, et répandre le bruit que Paris adorait Marat, et qu’il ne
reconnaissait plus d’autre dieu. On en a vu d’autres employer la violence, ou
l’autorité, pour interdire aux citoyens l’exercice de leur culte accoutumé, et
cela dans les lieux où la superstition régnait, et voisins des armées rebelles.
Plusieurs espèces de causes ont concouru à ces abus: les uns, couverts d’une
tache originelle en révolution, ont voulu l’effacer par les démonstrations d’un
zèle outré, beaucoup de prêtres et de nobles sont de ce genre; les autres ont
été guidés par une sorte de manie philosophique et par l’ambition du bel esprit;
semblables à ce Manuel, qui, pendant sa magistrature, sua sang et eau pour faire
des épigrammes contre les prêtres. Emportés par la juste indignation que
l’hypocrite perfidie des prêtres a allumée dans les coeurs, les patriotes ont
applaudi à ces mesures excessives.

Une quatrième classe a calculé, avec un sang-froid atroce, le parti que les
ennemis de la liberté pouvaient tirer de ces événements pour troubler l’Etat et
élever une nouvelle barrière entre le peuple français et les autres nations, et
ils ont poussé aux excès; ils ont mis en oeuvre les différents mobiles que je
viens de développer pour arriver à leur but.

A la tête de ce complot sont les agents détestables des cours étrangères, que
j’ai déjà désignés plusieurs fois, et qui sont les véritables auteurs de nos
maux.

Ce sont ces misérables qui sèment au milieu de nous la division, l’imposture, la
calomnie, la corruption, qui cherchent à immoler les fondateurs de la république
et les représentants du peuple français aux vils tyrans qui les soudoient.

Les rois de l’Europe ont vu partout leurs armées repoussées ou arrêtées, leurs
sujets fatigués, le peuple français déterminé à défendre sa liberté, et assez
puissant pour exterminer tous ses ennemis; la république, s’affermissant par
l’énergie de la Convention nationale, ils ont tenté un dernier effort pour nous
diviser: ils ont imaginé de faire déclarer cette guerre étrange et subite au
culte en vigueur, et à tous les cultes; et, tandis que leurs complices exécutent
ce projet en France, ils nous dénoncent à tous les peuples comme une nation
athée et immorale. Tous les peuples sont attachés à un culte quelconque, et ils
abusent de cet empire que la religion ou la superstition ont acquis sur les
hommes pour recruter leurs armées, raffermir leurs trônes, prévenir les
insurrections qu’ils redoutaient, refroidir nos alliés et multiplier nos
ennemis.

Et de quoi s’avisent ceux qui les secondent, soit par imprudence, soit par
malveillance? D’où vient qu’on nous occupe uniquement, éternellement, de prêtres
et de religion? N’avez-vous plus d’ennemis à vaincre, de traîtres à punir, de
conspirations à étouffer, de lois salutaires à exécuter?

N’est-il plus rien à faire ou à imaginer pour assurer l’abondance et la paix?
Les pleurs de tous les malheureux sont-ils séchés? Les veuves de nos défenseurs
sont-elles assez promptement secourues? Les décrets qui assurent leur
subsistance sont-ils toujours respectés? Que ne vous occupez-vous à aplanir les
obstacles que la froideur, que l’aristocratie souvent oppose à leurs justes
réclamations. Au lieu de nous harceler sans cesse par de vaines déclamations,
que ne travaillez-vous à faciliter l’exécution des lois populaires? Que ne
surveillez-vous des détails intéressants, auxquels nous ne pouvons suffire dans
des temps orageux? Des républicains doivent-ils avilir le gouvernement do leur
pays, lorsqu’il lutte avec courage contre tous les ennemis du peuple français,
ou bien l’aider, le faire respecter autant qu’il est en leur pouvoir? Se
dispute-t-on les places de la république avant qu’elle soit sauvée? Est-ce au
fort de la tempête que l’équipage dispute le gouvernail aux pilotes ?

An reste, nous protestons ici, à la face de l’univers, que jamais ni la
calomnie, ni les dangers ne nous forceront à dévier un moment de la carrière que
nous parcourons sous les auspices sacrés de la patrie, et s’il faut qu’un combat
s’élève entre la vérité et l’intrigue, entre les représentants fidèles du peuple
et ses ennemis, nous déclarons que nous comptons sur la raison publique et sur
la victoire.