Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Discours sur les lenteurs perfides et calculées du tribunal révolutionnaire
avant sa réorganisation, prononcé au Club des Jacobins le 25 août 1793.

Il faut faire une guerre éternelle aux agents de Pitt et de Cobourg qui
infectent nos villes et nos départements. Du sommet de la Montagne, je donnerai
le signal au peuple, et lui dirai: _Voilà tes ennemis; frappe_.

J’ai suivi les formes avocatoires dont s’est entortillé le tribunal
révolutionnaire. Il lui faut des mois entiers pour juger un Custine, l’assassin
du peuple français! Dans vingt-quatre heures, ses antagonistes seraient écrasés,
si la tyrannie pouvait renaître pour ce temps-là seulement. La liberté doit
aujourd’hui user des mêmes moyens; elle tient le glaive vengeur qui doit enfin
délivrer le peuple de ses plus acharnés ennemis: ceux qui le laisseraient
reposer seraient coupables.

Il ne faut pas qu’un tribunal établi pour faire marcher la révolution la fasse
rétrograder par sa lenteur criminelle; il faut qu’il soit actif autant que le
crime; il faut qu’il soit toujours au niveau des délits. Il faut que ce tribunal
soit composé de dix personnes qui s’occupent seulement à rechercher le délit et
à appliquer la peine; il est inutile d’accumuler des jurés et des juges,
puisqu’il n’existe qu’une seule sorte de délit à ce tribunal, celui de
haute-trahison, et qu’il n’y a qu’une seule peine, qui est la mort; il est
ridicule que des hommes soient occupés à chercher la peine qu’il faut appliquer
à tel délit, puisqu’il n’en est qu’une, et qu’elle est applicable _ipso facto_.

Le comité de sûreté générale a bien des torts à se reprocher; mais la police de
Paris en a de même, et il faut la réformer comme lui. Le comité de sûreté
générale a, comme le tribunal révolutionnaire, des vices de forme et
d’organisation. D’abord, il est trop nombreux, et cela seul doit entraver ses
opérations, outre que cela rend plus difficile la certitude du patriotisme des
membres qui le composent.

Il est un autre inconvénient qui souvent fait un grand tort à la marche des
affaires. Le comité de salut public, chargé de déjouer les complots, de quelque
nature qu’ils soient, fait souvent arrêter telle personne que le comité de
sûreté générale, dont les fonctions sont à peu près les mêmes, avait fait
rechercher aussi; il en résulte un conflit de juridiction, qui devient souvent
nuisible au salut de l’Etat. Le comité de sûreté générale fait mettre en liberté
ou absout celui que le comité de salut public avait incarcéré et condamné, parce
que tous deux ne jugent pas sur les mêmes pièces, et qu’on supprime avec l’un ce
qui a servi de base aux jugements de l’autre, ce qui laisse toujours une porte à
l’intrigue.

Je me résume: réforme du tribunal révolutionnaire, et sa prompte réorganisation
sur de nouvelles formes; il condamnera, dans une époque déterminée et toujours
très prochaine, les coupables ou élargira les innocents;–Création de plusieurs
comités révolutionnaires, qui jugeront conjointement les nombreux délits qui se
forment tous les jours contre la liberté;–Surveillance générale de la
police;–Renouvellement du comité de sûreté générale, et sa composition de dix
membres seulement, dont les fonctions seront déterminées;–On tirera une ligne
de démarcation entre ses fonctions et celles du comité de salut public.

Discours sur diverses questions d’administration, prononcé au Club des Jacobins
le 4 septembre 1793.

(Robespierre commence par démontrer la nécessité de renouveler promptement
l’administration des postes, puis il ajoute;)

On a voulu empêcher dans la Convention la destitution de ces employés
rolandistes, et on s’est servi pour cela du prétexte qu’un homme suspect
(Duplain) se trouvait sur la liste des remplaçants. Je conviens que la conduite
qu’a tenue Duplain dans l’affaire de Custine lui a fait perdre l’estime des
patriotes, et qu’ils ne le verront pas sans peine occuper une place quelconque,
que lorsqu’il aura réparé ses torts; mais on a affecté de le confondre avec
Duplain, auteur de l’_Echo_. Il est, sur la liste qu’on a présentée, des hommes
sûrs et qui monteront cette machine d’une manière vraiment républicaine. Il faut
renouveler, à quelque prix que ce soit, cette administration gangrenée, et,
quand il s’y glisserait un homme faible, il n’en résulterait pas d’aussi grands
maux que d’y laisser plus longtemps des conspirateurs et des hommes infiniment
suspects: tout délai est donc dangereux.

(Mais c’est sur un complot d’affamer Paris et de le plonger dans le sang,
complot dont le comité de salut public a des preuves, que Robespierre veut fixer
l’attention de la société. L’orateur développe les mesures perfides qu’emploient
les ennemis du peuple pour amener la famine, et présente les remèdes qu’on peut
y apporter.)

Toulon (ajoute-t-il) est peut-être pris; déjà le bruit s’en est répandu. Je dois
dire pourtant que la nouvelle n’est pas absolument certaine, et qu’on peut
encore élever quelques doutes à cet égard: mais supposons qu’il le soit,
assurément ce serait un grand malheur pour la république; faudrait-il en
désespérer pour cela? Nous vaincrons sans Toulon, et nos succès ailleurs nous en
sont de sûrs garants. Déjà Marseille est au pouvoir des patriotes; Bordeaux est
venu à résipiscence, et Lyon va s’écrouler sous les efforts des soldats
républicains. Les armées du Nord, du Rhin et de la Moselle sont dans une
situation brillante, et Dunkerque a juré de se défendre jusqu’à la mort. Le
peuple n’a qu’un voeu unanime, c’est de sauver la patrie. Croyons donc que les
succès de nos ennemis seront éphémères, et que la liberté triomphera….

Quant aux subsistances, nous ferons des lois sages, mais en même temps
terribles, qui, en assurant tous les moyens d’existence, détruiront à jamais les
accapareurs, pourvoiront à tous les besoins du peuple, préviendront tous les
complots, les trames perfides ourdies par les ennemis du peuple pour l’insurger
par la faim, l’affaiblir par les divisions, l’exterminer par la misère. Si les
fermiers opulents ne veulent être que les sangsues du peuple, nous les livrerons
au peuple lui-même. Si nous trouvions trop d’obstacles à faire justice des
traîtres, des conspirateurs, des accapareurs, nous dirions au peuple de s’en
faire lui-même justice. Réunissons donc ce faisceau redoutable contre lequel
tous les efforts des ennemis du bien public se sont brisés jusqu’à ce jour. Ne
perdons pas de vue qu’ils ne désirent autre chose que de nous rendre suspects
les uns aux autres, et particulièrement de nous faire haïr et méconnaître toutes
les autorités constituées. Des malveillants, des scélérats, se joignent aux
groupes qu’on voit à la porte des boulangers, et les irritent par des propos
perfides. On alarme le peuple, en lui persuadant que les subsistances vont lui
manquer. On a voulu armer le peuple contre lui-même, le porter sur les prisons
pour y égorger les prisonniers, bien sûr qu’on trouverait moyen de faire
échapper les scélérats qui y sont détenus, et d’y faire périr l’innocent, le
patriote que l’erreur a pu y conduire.

Ces scélérats ont voulu égorger la Convention nationale, les jacobins, les
patriotes. Ils ont cherché à leur aliéner le peuple, en leur attribuant tous les
maux dont ils l’ont rendu victime. On assure que dans ce moment Pache est
assiégé, non pas par le peuple, mais par quelques intrigants qui l’injurient,
l’insultent, le menacent….

Discours en réponse à une pétition qui demandait la permanence des sections,
prononcé à la Convention nationale le 17 septembre 1793.

Le peuple n’a pas dicté la pétition qui vient de vous être présentée; il avait
au contraire provoqué le décret contre lequel on réclame, et, lorsqu’il fut
rendu, il vous témoigna sa reconnaissance par ses nombreux applaudissements.
Vous le savez, citoyens, et vous en avez acquis la triste expérience, c’est pour
anéantir les droits du peuple que quelques intrigants ont l’air de réclamer pour
lui une étendue illimitée. Et, pour faire l’application de ce principe, n’est-il
pas vrai que pendant la permanence des sections, le peuple ne délibérait pas sur
ses intérêts? En effet, quels étaient ceux qui pouvaient sacrifier leur temps
pour assister aux assemblées: était-ce la classe industrieuse et estimable des
artisans? était-ce les citoyens vivant du produit de leur travail? Non; c’était
les riches, les intrigants, les muscadins. Le peuple dérobait au plus deux jours
par semaine, qu’il aurait employé à soulager ses besoins, pour exercer son droit
de souveraineté, et pour assurer sa liberté; et, quand il paraissait dans les
assemblées politiques, alors les muscadins étaient muets et l’aristocratie
impuissante…. Je crois me connaître en morale et en principes aussi bien que
l’orateur des pétitionnaires, et j’avoue hautement que je professe une opinion
contraire à la sienne sur l’indemnité; il n’y a que l’aristocratie qui puisse
entreprendre de faire croire au peuple qu’il est avili, parce que la patrie
vient au devant de ses besoins, et qu’elle tâche de rapprocher la pauvreté de
l’insolente richesse.

Pourquoi donc cet avilissement qu’on prétend jeter sur l’homme qui reçoit une
indemnité de la justice nationale? Sommes-nous donc avilis, nous, représentants
du peuple, en recevant l’indemnité qu’il nous accorde pour subvenir à nos
besoins? Non, sans doute; je m’honore de l’indemnité que je reçois, parce
qu’elle m’est nécessaire, et je déclare que le jour où, par l’effet d’une motion
aristocratique, je me trouverais privé de cette indemnité, il ne me serait plus
possible de rester au poste où la confiance du peuple m’a appelé, pour la
conservation de ses droits, et que, dès ce moment, la liberté serait perdue par
l’assemblée nationale.

Citoyens, rappelez-vous que le premier moyen qu’employa l’aristocratie à
l’assemblée Constituante, pour la dissoudre, fut de tâcher d’avilir cette
indemnité, parce qu’elle savait bien qu’un grand nombre de membres ne pourraient
supporter les dépenses qu’occasionnait leur déplacement; mais nous,
représentants du peuple, incorruptibles, nous avons combattu pour conserver
cette indemnité qui nous rappelait sans cesse et nos devoirs et nos engagements.
Je demande, au nom de l’honorable indigence, de la vertu laborieuse et des
droits sacrés de l’homme, l’ordre du jour sur la pétition qui vient de vous être
présentée, et sur laquelle peut-être le peuple fera plus que de passer à l’ordre
du jour.

Discours sur l’opposition dont le comité de salut public était l’objet au sein
de la Convention, prononcé à la Convention nationale le 25 septembre 1793.

Si ma qualité de membre du comité de salut public doit m’empêcher de m’expliquer
sur ce qui s’est passé avec une indépendance entière, je dois l’abdiquer à
l’instant, et après m’être séparé de mes collègues, que j’estime et que j’honore
(et l’on sait que je ne suis pas prodigue de ce sentiment), je vais dire à mon
pays des vérités nécessaires. La vérité est la seule arme qui reste entre les
mains des intrépides défenseurs de la liberté pour terrasser les perfides agents
de l’aristocratie. Celui qui cherche à avilir, à diviser, à paralyser la
Convention, est un ennemi de la patrie, soit qu’il siège dans cette enceinte,
soit qu’il y soit étranger; qu’il agisse par sottise ou par perversité, il est
du parti des tyrans qui nous font la guerre. Or, il existe ce projet
d’avilissement, il existe dans les lieux même où le patriotisme devrait régner,
dans des clubs qui prétendent être plus que patriotes. On fait la guerre à la
Convention dans la personne de tous les défenseurs de la liberté. Mais, ce qu’il
y aurait de plus déplorable, ce serait que ce lâche système eût des partisans.
Depuis longtemps le comité de salut public soutient la guerre que lui font
quelques membres, plus envieux et plus prévenus que justes. Quand il s’occupe
jour et nuit des grands intérêts de la patrie, on vient vous apporter ici des
dénonciations écrites, présentées avec astuce. Serait-ce donc que les citoyens
que vous avez voués aux plus pénibles fonctions auraient perdu le titre de
défenseurs imperturbables de la liberté, parce qu’ils ont accepté ce fardeau?
Ceux qui les attaquent sont-ils plus patriotes, parce qu’ils n’ont pas reçu
cette marque de confiance? Prétendez-vous que ceux qui ont ici défendu la
liberté et les droits du peuple au péril de leur vie, au milieu des poignards,
doivent être traités comme de vils protecteurs de l’aristocratie.

Nous braverons la calomnie et les intrigues. Mais la Convention est attachée au
comité de salut public; votre gloire est liée au succès des travaux de ceux que
vous avez revêtus de la confiance nationale.

On nous accuse de ne rien faire; mais a-t-on donc réfléchi à notre position?
Onze armées à diriger le poids de l’Europe entière à porter, partout des
traîtres à démasquer, des émissaires soudoyés par l’or des puissances étrangères
à déjouer, des administrateurs infidèles à surveiller, à poursuivre; partout à
aplanir des obstacles et des entraves à l’exécution des plus sages mesures; tous
les tyrans à combattre, tous les conspirateurs à intimider, eux qui se trouvent
presque tous dans une caste si puissante autrefois par ses richesses, et encore
par ses intrigues: telles sont nos fonctions. Croyez-vous que sans unité
d’action, sans secret dans les opérations, sans la certitude de trouver un appui
dans la Convention, le gouvernement puisse triompher de tant d’obstacles et de
tant d’ennemis? Non, il n’y a que la plus extrême ignorance, ou la plus profonde
perversité qui puisse prétendre que, dans de pareilles circonstances, on ne soit
pas un ennemi de la patrie, alors qu’on se fait un jeu cruel d’avilir ceux qui
tiennent le timon des affaires, d’entraver leurs opérations, de calomnier leur
conduite. Ce n’est pas impunément que vous lasseriez la force d’opinion
nécessaire. Je n’en veux d’autre preuve que les discussions qui viennent d’avoir
lieu.

Le comité de salut public voit des trahisons au milieu d’une victoire; il
destitue un général encore investi de la confiance, et revêtu de l’éclat d’un
triomphe apparent: et on lui fait un crime de son courage même! Il expulse les
traîtres, et jette les yeux sur les officiers qui ont montré le plus de civisme;
il les choisit après avoir consulté les représentants du peuple qui avaient des
connaissances particulières sur le caractère de chacun d’eux: cette opération
demandait du secret pour avoir son plein succès; le salut de la patrie
l’exigeait; on avait pris toutes les mesures nécessaires pour que ce secret fût
gardé, ne fût-ce que par rapport aux autres armées. Eh bien! au moment où nous
sommes impatients de connaître le résultat de ces mesures, on nous dénonce à la
Convention nationale; on critique notre travail sans en connaître les motifs. On
veut que nous divulguions le secret de la république, que nous donnions aux
traîtres le temps de s’échapper; on cherche à frapper de défaveur les nouveaux
choix, sans doute pour que la confiance ne puisse se rétablir,

On déclame sans cesse contre les nobles, on dit qu’il les faut destituer; et,
par une étrange contradiction, quand nous exécutons cette grande mesure de
révolution, et que même nous y apportons tous les ménagements possibles, on nous
dénonce. Nous venons de destituer deux nobles, savoir l’un des hommes de cette
caste proscrite les plus suspects par leurs antiques relations avec la cour, et
un autre, connu par ses liaisons et ses affinités avec les nobles étrangers;
l’un et l’autre d’une aristocratie prononcée: eh bien! on nous accuse de tout
désorganiser. On nous disait qu’on ne voulait voir que de vrais sans-culottes à
la tête des armées, nous avons choisi ceux que des exploits nouveaux à l’affaire
de Bergues et de Dunkerque désignaient à la reconnaissance nationale, qui ont
vaincu malgré Houchard, qui ont déployé le plus grand talent; car l’attaque de
Hondschoote devait faire périr l’armée française; c’est principalement à Jourdan
qu’est dû le succès étonnant qui a honoré cette armée, qui a forcé la levée du
siège de Dunkerque; c’est cet officier qui, au moment où l’armée ne s’attendait
pas à trouver 18,000 hommes bien retranchés, et où elle était surprise par la
décharge d’une artillerie effrayante, c’est Jourdan qui s’élança à la tête d’un
bataillon dans le camp ennemi, qui fit passer son courage au reste de l’armée,
et la prise de Hondschoote fut l’effet de ses habiles dispositions et de
l’ardeur qu’il sut inspirer!

Le chef de l’état-major étant justement suspect, nous l’avons remplacé par un
homme dont les talents et le patriotisme ont été attestés par tous vos
commissaires, un homme connu par des exploits qui l’ont signalé du temps même où
les plus odieuses trahisons sacrifiaient cette armée. Il s’appelle Ernould, il
s’est distingué dans la dernière affaire, et a même reçu des blessures. Et l’on
nous dénonce!

Nous avons fait les mêmes changements dans les armées de la Moselle et du Rhin;
tous les choix ont porté sur des hommes du caractère de celui que je viens de
vous dépeindre. Et l’on nous accuse encore!

S’il est quelques présomptions morales qui puissent diriger le gouvernement et
servir de règles aux législateurs, ce sont celles que nous avons suivies dans
ces opérations.

Quelle est donc la cause de ces dénonciations?

Ah! cette journée a valu à Pitt, j’ose le dire, plus de trois victoires. A quel
succès, en effet, peut-il prétendre, si ce n’est à anéantir le gouvernement
national que la Convention a établi, à nous diviser, à nous faire déchirer de
nos propres mains? et si nous passons dans l’Europe pour des imbéciles ou des
traîtres, croyez-vous qu’on respectera davantage la Convention, qui nous a
choisis, qu’on sera même disposé à respecter les autorités que vous établirez
par la suite?

Il est donc important que le gouvernement prenne de la consistance et que vous
remplaciez un comité qui vient d’être dénoncé avec succès dans votre sein

Il ne s’agit pas ici des individus, il s’agit de la patrie et des principes. Je
le déclare, il est impossible que dans cet état de choses, le comité puisse
sauver la chose publique; et si on me le conteste, je rappellerai combien est
perfide, combien est étendu le système de nous avilir et de nous dissoudre,
combien les étrangers et les ennemis de l’intérieur ont d’agents payés à cet
effet; je rappellerai que la faction n’est point morte, qu’elle conspire du fond
de ses cachots, que les serpents du Marais ne sont point encore écrasés.

Les hommes qui déclament perpétuellement, soit ici, soit ailleurs, contre les
hommes qui sont à la tête du gouvernement, ont eux-mêmes donné des preuves
d’incivisme ou de bassesse. Pourquoi donc veut-on nous avilir? quel est celui de
nos actes qui nous a mérité cette ignominie?

Je sais que nous ne pouvons nous flatter d’avoir atteint la perfection; mais
lorsqu’il faut soutenir une république environnée d’ennemis, armer la raison en
faveur de la liberté, détruire les préjugés, rendre nuls les efforts
particuliers contre l’intérêt public; il faut alors des forces morales et
physiques que la nature a peut-être refusées, et à ceux qui nous dénoncent, et à
ceux que nous combattons.

Le comité a des droits à la haine des rois et des fripons; si vous ne croyez pas
à son zèle, aux services qu’il a rendus à la chose publique, brisez cet
instrument; mais auparavant, examinez dans quelles circonstances vous êtes. Ceux
qui nous dénoncent sont dénoncés eux-mêmes au comité, d’accusateurs qu’ils sont
aujourd’hui, ils vont devenir accusés. Mais, quels sont les hommes qui s’élèvent
contre la conduite du comité, et qui, dans cette séance, ont aggravé vos revers,
pour aggraver leurs dénonciations?

Le premier se déclara le partisan de Custine et de Lamarlière; il fut le
persécuteur des patriotes dans une forteresse importante, et dernièrement
encore, il a osé ouvrir l’avis d’abandonner un territoire réuni à la république,
dont les habitants, dénoncés par lui, se défendent aujourd’hui avec énergie
contre les fanatiques et les Anglais.

Le second n’a pas encore réparé la honte dont il s’est couvert en revenant d’une
place confiée à sa défense après l’avoir rendue aux Autrichiens. Sans doute, si
de tels hommes parviennent à prouver que le comité n’est pas composé de bons
citoyens, la liberté est perdue; car sans doute ce ne sera pas à eux que
l’opinion éclairée donnera sa confiance, et remettra les rênes du gouvernement.
Qu’on ne pense pas que mon intention est de rendre ici imputation pour
imputation. Je prends l’engagement de ne jamais diviser les patriotes; mais je
ne comprends pas, parmi les patriotes, ceux qui n’en ont que le masque, et je
dévoilerai la conduite de deux ou trois traîtres qui sont ici les artisans de la
discorde et de la dissension.

Je pense donc que la patrie est perdue, si le gouvernement ne jouit d’une
confiance illimitée, et s’il n’est composé d’hommes qui la méritent. Je demande
que le comité de salut public soit renouvelé. (Non, non! s’écrie-t-on de nouveau
dans l’assemblée entière.)