Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Troisième discours contre les Girondins, prononcé à la Convention nationale le 31 mai 1793.

Citoyens, ne perdons pas ce jour en vaines clameurs et en mesures insignifiantes. Ce jour est peut-être le dernier où le patriotisme combattra la tyrannie. Que les fidèles représentants du peuple se réunissent pour assurer son bonheur!

(Vergniaud rentre dans l’assemblée. Il s’élève quelques rumeurs. )

Robespierre. Je n’occuperai point l’assemblée de la fuite ou du retour de ceux qui ont déserté ses séances.

(Vergniaud. Je demande la parole.)

Robespierre. Je vous ai déjà dit que ce n’était pas par des mesures insignifiantes qu’on sauvait la patrie. Votre comité de salut public vous a fait plusieurs propositions. Il en est une que j’adopte, c’est celle de la suppression de la commission des Douze; mais croyez-vous que cette mesure ait assez d’importance pour contenter les amis inquiets de la patrie? Non; déjà cette commission a été supprimée, et le cours des trahisons n’a pas été interrompu; car le lendemain on a osé faire rapporter ce décret salutaire, et l’oppression a pesé sur la tète des patriotes. Supprimez donc cette commission; mais prenez des mesures vigoureuses contre les membres qui la composent; et à cet égard, les pétitionnaires qui viennent d’être entendus vous ont indiqué la marche que vous devez suivre.

Quant à la force armée qu’on propose de mettre à la disposition de l’assemblée, en rendant justice aux motifs patriotiques qui ont dicté cette mesure au comité de salut public, je dois la combattre. En effet, qu’est-ce que la force armée qu’on veut mettre à la disposition de la Convention? Ce sont des citoyens armés pour défendre leur liberté contre les scélérats qui les trahissent, et il y en a dans l’assemblée. De quoi se composent les délibérations de la Convention? N’est-ce pas des individus dénoncés par Paris? et nous avons trop d’exemples que nos délibérations ont été dirigées par ces mêmes hommes; mais n’ai-je pas aujourd’hui même entendu faire la proposition de poursuivre les auteurs de l’insurrection qui vient d’éclater? Il est donc ici des hommes qui voudraient punir cette insurrection? Ce serait donc une absurdité de remettre entre leurs mains la force armée. Mais les mesures proposées par le comité sont-elles les seules que vous deviez adopter? Les pétitionnaires ne vous en ont-ils pas proposé de capables de sauver la chose publique? Les propositions que j’ai combattues peuvent-elles empêcher l’armée d’être trahie? Non. Il faut purger l’armée; il faut….

(Vergniaud. Concluez donc.)

Robespierre. Oui, je vais conclure, et contre vous! contre vous qui, après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l’échafaud ceux qui l’ont faite! contre vous, qui n’avez cessé de provoquer la destruction de Paris! contre vous, qui avez voulu sauver le tyran! contre vous, qui avez conspiré avec Dumouriez! contre vous, qui avez poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait la tête! contre vous, dont les vengeances criminelles ont provoqué ces mêmes cris d’indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes! Eh bien! ma conclusion, c’est le décret d’accusation contre tous les complices de Dumouriez et contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires.

Discours au sujet d’une adresse lue à la Convention par le citoyen Royer, curé de Chalons-sur-Saône, prononcé au Club des Jacobins le 7 août 1793.

Les envoyés de la république française viennent de sauver la patrie; l’acte qu’ils viennent de faire est le garant immortel de la liberté; il est la réponse à quatre ans de calomnies, qui ont manqué de perdre sans retour la république.

C’est le quatrième démenti qu’ils donnent aux espérances coupables des coupables ennemis du peuple.

Le premier est lorsqu’on 89 ils se rangèrent, malgré les intrigues des ordres privilégiés et la volonté impérieuse d’un despote, sous l’étendard de la liberté naissante.

Le second est lorsqu’au 10 août, malgré le soin des traîtres qui croyaient avoir séduit la majorité des sans-culottes, ils surent déjouer leurs combinaisons astucieuses, en marchant en masse pour écraser le tyran.

Le troisième est lorsqu’à la voix des législateurs ils surent repousser le fédéralisme, que leur insinuaient adroitement les plus perfides et les plus scélérats des hommes.

Le quatrième est en venant aujourd’hui confondre avec nous leurs voeux pour la patrie, et ajouter leurs efforts à ceux que nous déployons sans cesse pour le maintien de la république et l’anéantissement des conspirateurs.

J’applaudis à l’adresse présentée par Royer; j’invite les envoyés de la république à venir en faire hommage à la Convention, et leur promets qu’elle en ordonnera l’insertion dans son bulletin, et l’envoi dans tous les départements de la république.

(Ici un envoyé des départements demande qu’on n’accorde la parole qu’aux envoyés, et qu’on en prive les Parisiens. Après un long murmure, on la réclame pour Robespierre.)

C’est avec regret que je me vois forcé de prendre aujourd’hui la parole: mon devoir était de me taire et de laisser parler les citoyens qui, avec moins d’habitude de le parole, ont apporté ici l’intention et les moyens de sauver la chose publique; mais j’atteste les citoyens qui me connaissent, que la nécessité seule de vous entretenir du salut public a pu m’y engager en cet instant.

Les ennemis du peuple n’ont jamais pris de mesure plus adroite pour perdre la patrie, que d’attribuer aux plus chauds amis de la liberté leurs propres crimes.

Le cabinet de Saint-James, qui a des agents dans la république, et spécialement dans tous les ports de mer, a la plus grande part dans tous ces complots.

J’annonce des nouvelles désastreuses qui ne doivent pas effrayer les républicains, parce qu’ils ne doivent s’effrayer de rien, parce qu’un malheur de plus n’est que l’assurance réitérée d’un succès plus constant.

A Huningue, dans quelques autres villes, des magasins ont été incendiés, et l’on ignore encore, peut-être parce qu’on veut l’ignorer, si ce malheur .est dû au hasard ou à la malveillance.

Tous les moyens ont été employés pour occasionner un mouvement, en amenant une disette factice. Depuis une quinzaine de jours, il est sorti de Paris, en subsistance seulement, au moins de quoi nourrir cent mille hommes; on fomente encore des troubles, et c’est particulièrement vers trois objets que paraissent se diriger les mouvements qu’on provoque.

Faire piller les magasins par le peuple, ou plutôt par des scélérats déguisés sous l’habit que porte le peuple, sous l’habit respectable de la pauvreté.

Le second, de porter le peuple vers les prisons, et d’y renouveler les horreurs de septembre.

Le troisième est de se porter sur l’Arsenal, et de s’y emparer des munitions de toute espèce..

J’engage nos frères des départements à inviter le peuple au courage, à la persévérance, par l’aspect du bonheur que lui procureraient son obéissance aux lois, sa confiance dans ses législateurs, son union et son dévoûment au maintien de la république.

Ces complots auront la même destinée que tous les autres, si tous les citoyens secondent le zèle du maire et du commandant général de la garde nationale parisienne, qui ont pris, dans ces circonstances, toutes les mesures que doivent prendre deux véritables amis du peuple, pour le mettre à l’abri de l’attaque des ennemis.

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