Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Discours sur la conspiration tramée contre la liberté, prononcé à la Convention
nationale le 10 avril 1793 (Suite)

Tandis qu’il écrivait tout cela, il abandonnait la Belgique aux despotes; il
leur abandonnait nos immenses provisions qu’il y avait ramassées: il avait
ordonné aux commissaires de compter quatre millions aux Belges; mais,
auparavant, il avait eu soin en partant d’y éteindre, autant qu’il était en lui,
une espèce d’affection pour les principes de notre révolution, et d’allumer la
haine du nom français; il avait été jusqu’à publier hautement, dans une lettre
adressée à la Convention, que la Providence punissait le peuple français de ses
injustices. Il avait peint Paris comme un théâtre de sang et de carnage; la
France comme le séjour du crime et de l’anarchie; les députés patriotes de la
Convention, comme des fous ou comme des scélérats. Il avait fait des
proclamations qui, sous le prétexte de réprimer certains actes impolitiques,
tendaient à réveiller tous les préjugés du fanatisme et de l’aristocratie. Il
avait rétabli dans leurs fonctions les administrateurs destitués pour cause
d’incivisme par les commissaires de la Convention nationale; il avait détruit
les sociétés populaires attachées à notre cause. Il a voulu excuser tous ses
forfaits, en disant que l’on avait irrité les Belges par quelques actes de
cupidité et d’irréligion. Sans doute c’était le comble de l’étourderie et
peut-être de la perfidie de faire la guerre à des saints d’argent. Mais, qui
pouvait prévenir ces désordres, si ce n’était un général tout-puissant? Quant
aux commissaires du conseil exécutif, contre lesquels il a paru sévir, qui les
avait nommés, si ce n’est son propre parti? N’étaient-ils pas l’ouvrage de
Roland et des ministres coalisés avec le généralissime Dumouriez?

Ni les déclamations, ni les ordres sévères de ce général intrigant contre un
Cheppi et contre d’autres créatures de la même faction ne prouveront jamais
qu’il n’était point d’intelligence avec eux. Pour exécuter le projet d’empêcher
la réunion de la Belgique à la France, il fallait que la faction employât à la
fois des agents qui s’appliquassent à mécontenter les Belges et un général qui
profitât de ce mécontentement pour les éloigner à jamais de notre révolution. On
parle des désorganisateurs commis pour semer le trouble dans l’armée; mais quoi
de plus facile aux généraux que de les réprimer, que de maintenir une discipline
sévère; si tous les généraux perfides n’avaient besoin de ces moyens pour
exécuter et pour pallier leurs trahisons. Lafayette aussi entretenait, autant
qu’il était eu lui, des désordres dans son armée, pour la calomnier, la
dissoudre, et pour perdre la liberté; il n’avait oublié qu’une chose; c’était de
débuter, comme Dumouriez, par un succès.

Enfin Dumouriez a levé l’étendard de la révolte; il menace de marcher vers
Paris, pour ensevelir la liberté sous ses ruines; il déclare qu’il veut protéger
les ennemis de la liberté que la Convention renferme dans son sein contre les
députés attachés à la cause du peuple, qu’il appelle aussi des anarchistes et
des agitateurs: il ne dissimule pas le projet de rétablir la royauté. Après
avoir fait égorger une partie de l’armée, il trompe l’autre, et s’efforce de la
débaucher, après l’avoir calomniée à son insu. Fier du succès de ses trahisons,
gorgé des trésors qu’il a puisés dans la Hollande, dans la Belgique et dans les
caisses nationales, dont il s’est emparé; fort de son alliance avec nos ennemis,
à qui il a livré nos magasins; fort de l’appui des Belges, qu’il a armés contre
nous, il cherche à jeter le découragement dans la nation; il s’efforce de
déshonorer le peuple français et nos braves défenseurs aux yeux des peuples
étrangers; il nous annonce hautement qu’il ne nous reste plus aucune ressource.
Dans ses lettres officielles à Beurnonville, il parle avec une joie insolente
des troubles qui allaient éclater au milieu de nous; il en présage de nouveaux;
il nous montre déjà les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme en
état de contre-révolution; il déclare en propres termes que nous ne pourrons
tenir tête à nos ennemis étrangers, parce que nous serons obligés d’employer nos
forces à réprimer ceux du dedans. Il nous montre en même temps toutes nos places
sans défense; et il ose nous déclarer que nous n’avons d’autre parti à prendre
que de demander la paix, et de transiger avec les despotes; que dis-je, il ose
se montrer lui-même comme médiateur!

Tel était le coupable secret de la conspiration tramée depuis longtemps contre
notre liberté. Le chef de la faction l’a dévoilé, au moment où il croyait
pouvoir l’exécuter avec succès. En effet, tout semblait disposé pour la
favoriser. Un ministre de la guerre audacieux et hypocrite avait été nommé tout
exprès par la faction, pour les grands événements qui devaient arriver. En peu
de temps, il avait purgé les bureaux de la guerre, les garnisons et l’armée de
tous les agents et de tous les chefs patriotes; il les avait remplacés par des
hommes plus que suspects; il avait laissé nos places fortes sans garnisons et
sans munitions. On se rappelle avec quelle hardiesse il trompait la Convention
nationale sur l’état de nos affaires dans la Belgique, au moment où les
trahisons des généraux les avaient déjà perdues, et comment les fausses
nouvelles qu’il débitait furent démenties par les commissaires de l’assemblée.
Les autres généraux étaient entrés dans ce plan de conspiration; et, pour mieux
en assurer le succès, le ministre avait mis le comble à ses attentats, en
faisant suspendre la fabrication des armes dans toutes nos manufactures. Dans le
même temps, on excitait des troubles dans une grande partie de la France, et
surtout dans nos départements maritimes. Les aristocrates révoltés avaient levé
de grandes armées bien approvisionnées; ils avaient saccagé des villes, égorgé
une multitude de patriotes; et personne n’avait songé à réprimer cette
conspiration tramée depuis quatre mois, et ni le ministre, ni le comité de
défense générale, composé en grande partie de la faction que je dénonce, n’en
avait donné avis à l’assemblée ni à la nation. Enfin le ministre de la guerre
nomme un général pour commander les patriotes, et ce général (Marcé) est un
traître qui livre notre artillerie aux révoltés, et qui mène les défenseurs de
la liberté à la boucherie. Partout il nomme des officiers également perfides,
des Witencok, des d’Hermigies, des Ligonier. Il montre surtout, dans ses choix,
une prédilection singulière pour les étrangers, pour les sujets des despotes,
nos ennemis, et quelquefois même pour les parents de nos tyrans. Grâces à ces
criminelles machinations, les troubles se prolongent, et la victoire coûte
beaucoup de sang aux républicains; on vient de nous dire que _le calme pourra
être rétabli dans six semaines ou deux mois_. Deux mois de guerre civile et de
massacres des plus zélés patriotes, quand l’infâme Dumouriez conspirait contre
nous dans la Belgique, avec les despotes de l’Europe et tous les ennemis de
l’intérieur! Dumouriez, qui nous annonçait, avec une insolente satisfaction,
que, dès le moment où l’équinoxe serait passé, nos départements maritimes
seraient envahis par les Anglais. Encouragés par tant d’attentats, les
royalistes relevaient partout une tête audacieuse, et osaient menacer les amis
de la liberté.

Eh! pourquoi non? Ne pouvaient-ils pas compter sur l’ascendant que la faction
exerçait au sein de la Convention nationale? N’était-ce pas elle qui depuis
longtemps dépravait l’esprit public dans les départements révoltés? Et les
massacres de la Bretagne, et le fanatisme royal et religieux qui égarait les
habitants des campagnes, n’étaient-ils pas les dignes fruits des écrits
empoisonnés qu’elle avait semés sur la surface de cette importante contrée, de
la correspondance perfide des députés qui suivaient sa bannière; enfin, des
persécutions suscitées à tous les vrais républicains? N’était-ce pas elle qui,
chaque jour, cherchait à dégoûter le peuple de la révolution en aggravant sa
misère; qui repoussait toutes les mesures nécessaires pour réprimer la fureur de
l’agiotage, pour assurer la subsistance publique, pour mettre un freina l’excès
des accaparements? N’était-ce pas elle qui faisait, défaisait les ministres,
protégeait tous leurs crimes, et multipliait les conspirateurs par l’impunité?
N’était-ce pas elle qui, à la place des lois bienfaisantes que sollicitaient les
besoins pressants de la patrie, ne nous donnait que des déclamations, des
libelles et des crimes?

Mais son audace redoublait surtout au moment où la conspiration était près
d’éclater. Avec quelle perfidie ils désorganisaient tout en criant aux
désorganisateurs! avec quelle lâche cruauté ils cherchaient à exciter dans Paris
quelques petits mouvements aristocratiques pour préparer au traître Dumouriez le
prétexte de marcher contre cette cité, et à les imputer ensuite aux patriotes
dont le zèle les avait constamment écartés! Voyez quel affreux parti ils ont
voulu tirer d’un attroupement excité par eux, qui s’était porté chez quelques
épiciers! Voyez comme l’exécrable Dumouriez, dans sa lettre du 12 mars à la
Convention, travestit la vente illégale et forcée des marchandises de quelques
marchands et de quelques accapareurs, en scènes de sang et de carnage, et comme
il en conclut qu’il doit faire la guerre à Paris et aux patriotes!

Ils avaient dénoncé les députés patriotes qui avaient pressé la condamnation du
tyran comme des agitateurs, et il déclare qu’il veut employer la moitié de son
armée à les subjuguer. Ils avaient déclamé contre les tribunes, c’est-à-dire
contre la portion du peuple qui pouvait assister aux séances de l’assemblée
représentative; ils avaient protesté solennellement qu’ils n’étaient pas libres,
lorsque le tyran avait été condamné; et il menace les tribunes, et il promet
d’aller bientôt affranchir de leur influence la faction qui avait voulu sauver
le tyran, qu’il appelle _la saine partie de la Convention nationale_. Il
proclame leurs principes; il consacre leurs calomnies, il déclare la guerre à
leurs adversaires, il rédige en forme de manifeste contre la république, les
journaux des chroniqueurs, des Brissot, des Gorsas, des Rabaud, des Gensonné,
Vergniaud et Guadet, etc. Comme eux, il veut être, dit-il, le restaurateur de
l’ordre publique, le fléau de l’anarchie, le libérateur de son pays; enfin, il
déclare hautement qu’il veut redonner un roi à la France. Quel était le roi
qu’il voulait nous donner? Peu importe sans doute aux républicains qui les
détestent tous également; mais c’était apparemment quelque rejeton de la famille
de nos tyrans. Or, parmi les généraux de l’armée de Belgique, je vois Valence
l’ami de Dumouriez; Valence, le gendre de Sillery, le confident intime du
ci-devant duc d’Orléans; Sillery, ci-devant comte de Genlis: ce seul nom dit
tout. Je vois le ci-devant duc de Chartres promu au commandement des armées dans
un âge ou les citoyens sont à peine dignes d’être soldats. Je vois dans le camp
de Dumouriez la soeur de ce jeune général avec la ci- devant comtesse de Genlis,
la plus intrigante des femmes de l’ancienne cour, malgré ses livres sur
l’éducation; je vois le victorieux Dumouriez aux pieds de la soeur, et dans une
attitude respectueuse en présence du frère.

Je vois ensuite le fils de d’Orléans écrire comme Dumouriez; je le vois fuir
précipitamment avec Dumouriez, avec Valence, et je n’ai pas besoin d’en savoir
davantage pour connaître la faction toute entière. Je devine la perfidie
profonde des conspirateurs qui, pour couvrir leurs complots d’un voile
impénétrable, avaient feint de vouloir expulser les individus de la ci-devant
famille royale, dans un temps où la France entière ne voyait aucun motif à cette
proposition imprévue, dans un temps où des patriotes de bonne foi croyaient
défendre, en les repoussant, les principes et l’intégrité delà représentation
nationale. Je conçois pourquoi ils demandaient l’expulsion des Bourbons en
général, pour éloigner la condamnation de la royauté dans la personne de Louis
XVI, et pourquoi, depuis la punition du tyran, ils ont oublié et même rejeté
cette mesure, dans le moment où l’aristocratie levait l’étendard de la révolte
pour rétablir la royauté.

Les amis et les complices de Dumouriez, membres du comité de défense générale,
connaissaient sans doute ces secrets mieux que personne; mais ils comptaient sur
le succès de sa criminelle entreprise. Aussi, nous les avons vus d’abord excuser
la lettre insolente du 12 mars à la Convention, sous le prétexte que ce général
devait être irrité par les dénonciations faites contre lui dans les sociétés
populaires. Nous les avons vus cherchant à écarter les accusations qu’ils
redoutaient, en se hâtant de répéter leurs déclamations ordinaires contre les
députés patriotes, contre les jacobins, etc., etc. Là, nous avons entendu
Vergniaud prétendre que les _opinions politiques_ de Dumouriez étaient
indifférentes, et qu’il était intéressé à la cause de la révolution; là, nous
avons vu Gensonné s’indigner de ce que l’on donnait à Dumouriez les
qualifications qu’il méritait, et vanter impudemment son civisme, ses services
et son génie. Il est prouvé que Gensonné entretenait une correspondance
habituelle avec Dumouriez, courrier par courrier; et Gensonné voulait se
charger, vis-à-vis des membres de la Convention, présents au comité, du rôle de
médiateur auprès de son correspondant et de son ami Dumouriez. Là, nous avons vu
Pétion embrasser avec chaleur la défense de Miranda; et, après que j’eus dénoncé
ce général, et Stengel et Lanoue, se lever en courroux en s’écriant que l’on
dénonçait toujours sans preuves; et le siège de Maëstricht était levé, et
l’armée trahie à Aix-la-Chapelle, et la Belgique livrée à nos ennemis: et
c’était le moment où on délibérait sur la révolte déclarée de Dumouriez!

Là, nous avons vu, le même jour, Brissot, pour toute mesure de salut public,
déclarer que la Convention nationale avait perdu la confiance publique; que son
unique devoir était de faire bien vite la constitution et de partir. Je l’ai
entendu proposer de s’arranger, dans le comité de défense générale, sur les
divers articles de la constitution qui pouvaient partager les avis, et de la
faire ensuite adopter d’emblée par la Convention, pour éviter, disait-il, des
débats scandaleux. Là, nous avons vu les chefs de la faction refuser ensuite de
discuter la conduite de Dumouriez, pour proposer un rapprochement entre ses amis
et ses adversaires; et, sous le prétexte de s’expliquer, renouveler toutes les
calomnies dont ils avaient tant de fois souillé la tribune et les papiers
publics. Nous avons entendu les ministres apporter à ce comité des nouvelles et
des projets illusoires, concertés d’avance avec eux; nous avons vu le ministre
de la guerre déclamer contre l’insubordination des soldats, sans vouloir
convenir de la perfidie des généraux; provoquer des mesures rigoureuses contre
ceux qui médisaient des généraux; citer pour preuve de leur républicanisme la
fameuse blessure de Valence: nous l’avons entendu faire l’éloge du système
défensif, nous garantir la neutralité de la Savoie et du comté de Nice, comme si
ces deux départements français étaient pour nous des contrées étrangères. Nous
l’avons entendu préparer une trahison ultérieure, et nous annoncer d’avance la
retraite de Custines. Nous l’avons entendu répéter tous les lieux communs de
Dumouriez sur l’éloignement des Belges pour la révolution française, et le
comité approuver beaucoup toutes ces vues. Nous avons entendu surtout Brissot, à
ce propos-là même, déclarer que nous étions trop heureux que l’esprit public des
Belges ne fût pas plus français, par la raison qu’en renonçant à la Belgique,
nous pourrions, avec plus de facilité, obtenir la paix des puissances ennemies.
Brissot fut toujours le plus hardi de tous les conspirateurs à jeter en avant
les idées de transaction ouvertement proposées par Dumouriez. Dans la discussion
de l’affaire de Louis XVI, il osa demander qu’il fût sursis à l’exécution du
décret qui le condamnait, jusqu’à ce que l’opinion des puissances étrangères sur
ce jugement nous fût manifestée. C’est lui qui nous avait menacés de la colère
des rois de l’Europe, si nous osions prononcer la peine de mort contre le tyran.
Brissot! combien de faits n’aurais-je pas à rappeler sur lui et sur la faction
dont il est le chef!

Enfin, nous avons vu le comité de sûreté générale s’appliquer constamment à
retarder toute mesure nécessaire au salut public, pour donner le temps à
Dumouriez d’exécuter sans obstacle ses détestables projets. Ensuite on le
recomposa de vingt-cinq membres qui lui appartenaient tous, excepté cinq à six
patriotes qu’elle y avait introduits par une sorte de transaction, pour endormir
les amis de la liberté, et faire servir des noms qui inspiraient la confiance A
couvrir leurs perfidies. Aussi Dumouriez écrivait-il que ce _comité était bien
composé, à l’exception de sept à huit membres_. Indigné de tant de perfidies, et
reconnaissant le motif qui avait engagé les intrigants à me choisir, je déclarai
hautement à la Convention nationale que ce comité n’était que le conseil de
Dumouriez, et que, ne pouvant lutter contre la majorité, je donnais publiquement
ma démission. Nous avons vu avec douleur, qu’égarée par la même influence, la
Convention avait envoyé à Dumouriez cinq commissaires dont l’arrestation était
concertée d’avance, et surtout ce Beurnonville, qui fut arrêté par son complice!
Que dirons-nous de la comédie grossière de cet aide-de-camp qui vint deux jours
après raconter à la barre de l’assemblée nationale qu’il avait reçu un coup de
sabre d’un satellite de Dumouriez, et de cette pasquinade plus grossière encore
de Dumouriez, qui se plaignait de ce que son confident Beurnonville était venu
pour l’assassiner au milieu de son armée, et qui ensuite disait hautement qu’il
répondait de lui, parce qu’il était son ami?

Qu’avons-nous vu depuis ce temps jusqu’au moment où je parle? Aucune mesure
décisive pour le salut de la patrie; parce que l’influence de la faction les a
toutes dirigées. Quelques individus ont été mis en état d’arrestation; le scellé
a été apposé sur leurs papiers, mais après qu’ils ont été bien et dûment
avertis, et que plusieurs d’entre eux, tels que Sillery et d’Orléans, ont
eux-mêmes invoqué cette formalité. Bonne-Carrère, Laclos, Sauvin, et d’autres
également suspects, ont été relâchés aussitôt qu’arrêtés. On a mis en otage tous
les Bourbons; mais il fallait remettre les prévenus entre les mains de la
justice. Les constituer en otage et les envoyer aux extrémités de la république,
qu’était-ce autre chose que les soustraire à l’empire de la loi et à l’autorité
du tribunal révolutionnaire, que les conspirateurs redoutent? Qu’était-ce autre
chose que les réserver, en quelque sorte, comme des objets d’échange avec nos
commissaires arrêtés par la connivence de Dumouriez avec les chefs de la
faction, et comme des moyens de transaction avec les tyrans?

Je demande que les individus de la famille d’Orléans dite Egalité, soient
traduits devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que Sillery, sa femme,
Valence, et tous les hommes spécialement attachés à cette maison; que ce
tribunal soit également chargé d’instruire le procès de tous les autres
complices de Dumouriez. Oserai-je nommer ici des patriotes tels que Brissot,
Vergniaud, Gensonné, Guadet?–Je renouvelle en ce moment la même proposition que
j’ai déjà faite à l’égard de Marie-Antoinette d’Autriche. Je demande que la
Convention nationale s’occupe ensuite sans relâche des moyens tant de fois
annoncés de sauver la patrie, et de soulager la misère du peuple.