Discours de Maximilien Robespierre — 21 octobre 1789 – 1er juillet 1794

Discours prononcé au Club des Jacobins le 26 mars 1792.

(Robespierre lit un projet d’adresse, la discussion s’engage.)

Frères et amis, une conspiration formidable se tramait dès longtemps contre
notre liberté et était prête à éclater. La guerre civile s’allumait, la guerre
étrangère menaçait l’empire. Les prêtres secouaient les torches du fanatisme et
de la discorde; des directoires perfides soutenaient les complots de tous les
ennemis de la révolution; des traîtres occupaient dans l’armée les grades les
plus considérables; la cour nous trahissait. Des cris de guerre se faisaient
entendre, mais on n’avait pris aucune mesure certaine, soit pour la faire avec
succès, soit pour la prévenir. On ne songeait, ni à soulager le peuple, ni à
protéger les soldats patriotes, chassés, persécutés par le ministre de Narbonne,
ni à forcer ce ministre audacieux à donner des armes aux gardes nationales, ni à
pourvoir à la sûreté des frontières. D’un côté la faiblesse et l’ignorance, de
l’autre, le despotisme, l’hypocrisie et la haine de la vérité, semblaient
obscurcir le génie de la France.

Sans le courage inébranlable des citoyens, sans la patience invincible du
sublime caractère du peuple, il était permis à l’homme le plus ferme de
désespérer du salut public, lorsque la Providence, qui veille toujours sur nous
beaucoup mieux que notre propre sagesse, en frappant Léopold, paraît déconcerter
pour quelque temps les projets de nos ennemis. Ce délai suffit pour que la
liberté puisse écarter à jamais les fléaux dont elle est menacée.

Nous tenons dans la main la paix ou la guerre; nous sommes les maîtres de notre
destinée et de celle du monde, pourvu que nous ne retombions pas encore une fois
dans notre léthargie ordinaire; pourvu que nous ne nous lassions pas d’entendre
la voix de la prudence et de la raison; que, mettant à profit l’occasion unique
qui nous est offerte, nous forcions les choses à prendre une tournure franche et
plus sincère que la politique de nos tyrans; que nous mettions dans
l’impuissance de nous insulter à l’avenir ceux qui nous trompent. Craignons,
sans cela, de lasser la bonté céleste, qui jusqu’ici s’est obstinée à nous
sauver malgré nous.

…On répète que les nouveaux ministres sont Jacobins. A Dieu ne plaise que
j’attende de quelques hommes la destinée de la nation, qui est immortelle. La
liberté repose sur des bases plus fermes et plus élevées: elle repose sur la
justice et la sagesse des lois, sur l’opinion publique, la force souveraine
parce qu’elle est la lumière du peuple; sur la défiance même des amis de la
Constitution, justifiée dès longtemps par ce qui s’est passé; sur la défiance,
seule égide de la liberté jusqu’à ce que la révolution soit terminée, jusqu’à ce
que tous vos ennemis soient confondus. Au reste, louer le nouveau ministère
serait une flagornerie d’autant plus maladroite, que bientôt leurs actions
pourront les mettre au-dessus de tout éloge. Nous verrons si ce changement est,
de la part de la cour, l’effet de la peur ou de la vertu; s’il est le triomphe
de l’intrigue ou celui de la liberté!…

(L’impression et l’envoi de cette adresse sont demandés par certains, repoussés
par d’autres Guadet demande le renvoi de l’impression à trois commissaires:
Premièrement, dire, comme l’a fait M. Robespierre, que l’on demande la guerre
sans but et sans préparatifs, me paraît être une critique amère de toutes les
sociétés patriotiques qui ont été de l’avis de la guerre, et de celle-ci en
particulier. Comment pourrait-on douter que le voeu général de la nation soit
pour la guerre, lorsque, en dépouillant les registres des départements, on
trouve plus de six cent mille citoyens inscrits pour marcher à l’ennemi.
Secondement, j’ai entendu souvent, dans cette adresse, répéter le mot
Providence, je crois même qu’il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré
nous. J’avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n’aurais jamais pensé
qu’un homme qui a travaillé avec tant de courage, pendant trois ans, pour tirer
le peuple de l’esclavage du despotisme, pût concourir à le remettre ensuite sous
l’esclavage de la superstition. En troisième lieu, il me semble que dire, comme
l’a fait M. Robespierre, que nous sommes maîtres de la paix et de la guerre,
c’est en quelque sorte donner d’avance un tort au ministère, dans le cas où nous
serions forcés à faire la guerre, et cependant il serait possible que nous
fussions dans cette position. N’est-ce point élever la défiance des sociétés
contre un ministère patriote, et semer le découragement parmi elles en leur
montrant la paix comme le seul moyen de salut; enfin, j’avoue que je n’attendais
rien de pareil de M. Robespierre.)

Je ne viens pas combattre un législateur distingué (Plusieurs voix: Il n’y en a
pas) Je veux dire un législateur distingué par ses talents; mais je viens
prouver à M. Guadet qu’il m’a mal compris. Je viens combattre pour des principes
communs à M. Guadet et à moi; car je soutiens que tous les patriotes ont mes
principes: il est impossible qu’ils n’admettent les principes éternels que j’ai
énoncés. Quand j’aurai terminé ma courte réponse, je suis sûr que M. Guadet se
rendra lui-même à mon opinion; j’en atteste et son patriotisme et sa gloire,
choses vaines et sans fondement si elles ne s’appuyaient sur les vérités
immuables que je viens de proposer.

L’objection qu’il m’a faite tient trop à mon honneur, à mes sentiments et aux
principes reconnus par tous les peuples du monde, et par les assemblées de tous
les peuples et de tous les temps, pour que je ne croie mon honneur engagé à les
soutenir de toutes mes forces.

La première objection sur ce que j’aurais commis la faute d’induire les citoyens
dans la superstition après avoir combattu le despotisme. La superstition, il est
vrai, est un des appuis du despotisme, niais ce n’est pas induire les citoyens
dans la superstition que de prononcer le nom de la Divinité. J’abhorre, autant
que personne, toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l’univers pour
favoriser l’ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du
pouvoir sacré de l’Eternel qui a créé la nature et l’humanité; mais je suis bien
loin de la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s’est armé.

Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s’étaie la faiblesse
humaine pour s’élancer à la vertu. Ce n’est point un vain langage dans ma
bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n’en avaient
pas moins de morale, pour croire à l’existence de Dieu. (Plusieurs voix: A
l’ordre du jour! Brouhahas) Non, messieurs, vous n’étoufferez pas ma voix, il
n’y a pas d’ordre du jour qui puisse étouffer cette vérité: je vais continuer de
développer un des principes puisés dans mon coeur, et avoués par tous les
défenseurs de la liberté; je ne crois pas qu’il puisse jamais déplaire à aucun
membre de l’Assemblée nationale d’entendre ces principes, et ceux qui ont
défendu la liberté à l’Assemblée constituante ne doivent pas trouver
d’oppositions au sein des amis de la constitution. Loin de moi d’entamer ici
aucune discussion religieuse qui pourrait jeter de la division parmi ceux qui
aiment le bien public, mais je dois justifier tout ce qui est attaché sous ce
rapport à l’adresse présentée à la Société.

Oui, invoquer la Providence et omettre l’idée de l’Etre éternel qui influe
essentiellement sur les destins des nations, qui me parait à moi veiller d’une
manière toute particulière sur la révolution française, n’est point une idée
trop hasardée, mais un sentiment de mon coeur, un sentiment qui m’est nécessaire
à moi, qui, livré dans l’Assemblée constituante à toutes les passions et à
toutes les viles intrigues, et environné de si nombreux ennemis, me suis
toujours soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu suffire à des luttes
qui sont au-dessus de la force humaine, si je n’avais point élevé mon âme à
Dieu. Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m’a
bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le
peuple.

Qu’y a-t-il dans cette adresse, une réflexion noble et touchante, adoptée par
ceux qui ont écrit avec l’inspiration de ce sentiment sublime: je nomme
Providence ce que d’autres aimeront peut-être mieux appeler hasard, mais ce mot
Providence convient mieux à mes sentiments.

On a dit que j’avais fait une injure aux sociétés populaires. Ah! certes,
messieurs, je vous en atteste tous, s’il est un reproche auquel je sois
inaccessible, c’est celui qui me prête des injures au peuple, et cette injure
consiste en ce que j’ai cité aux sociétés la Providence et la Divinité. Certes,
je l’avoue, le peuple français est bien pour quelque chose dans la révolution:
sans lui nous serions encore sous le joug du despotisme. J’avoue que tous ceux
qui étaient au-dessus du peuple auraient volontiers renoncé pour cet avantage à
toute idée de la Divinité, mais est-ce faire injure au peuple et aux sociétés
affiliées que de leur parler de la protection de Dieu, qui, selon mon sentiment,
nous sert si heureusement.

Oui, j’en demande pardon à tous ceux qui sont plus éclairés que moi, quand j’ai
vu tant d’ennemis avancer contre le peuple, tant d’hommes perfides employés pour
renverser l’ouvrage du peuple, quand j’ai vu que le peuple lui-même ne pouvait
agir et qu’il était obligé de s’abandonner à des traîtres, alors plus que jamais
j’ai cru à la Providence, et je n’ai pu insulter ni le peuple, ni les sociétés
populaires, soit en parlant, comme je l’ai fait, des mesures qu’il faut prendre
pour la guerre ou pour la paix; soit dans le retour que j’ai fait sur ce qui
s’est passé.

En disant que la demande de la guerre ne me semblait avoir ni place, ni objet
déterminé, je n’ai point insulté les sociétés populaires, car on n’a pas
recueilli leur voeu: Celle-ci même n’a pas émis une opinion positive. Je n’ai
point insulté le peuple. J’ai demandé la guerre, s’il faut avoir la guerre; et
la paix, si on peut l’avoir, et je crois qu’il est possible d’avoir la paix. Je
n’ai insulté personne quand j’ai dit que l’on parlait plus de guerre que des
moyens de la faire avec succès. Serait-ce les patriotes de l’Assemblée
nationale, serait-ce les législateurs patriotes! en est-il un qui puisse nier
qu’avant la mort de Léopold, Narbonne et La Fayette étaient présentés comme les
héros qui devaient sauver la nation? en est-il un qui puisse nier que de toutes
les parties de la France, s’adressaient ici des plaintes que les gardes
nationales n’étaient point armées, que les officiers aristocrates commandaient,
qu’on demandait en vain leur expulsion? En est-il un qui puisse dire qu’un
général qui, les mains teintes de sang de ses concitoyens, devait les mener au
combat, pût inspirer la confiance? En est-il un qui puisse dire qu’ils avaient
pris des mesures nécessaires pour déjouer les conspirations ourdies par nos
ennemis communs. Oui, c’est la providence qui a fait tomber leurs
correspondances en nos mains; j’applaudis à ce qu’a fait l’Assemblée nationale,
à condition que sa démarche sera soutenue, et que la paix et le bonheur du
peuple en seront les résultats. Est-il quelqu’un qui puisse me reprocher d’avoir
offensé les patriotes et les députés, qui ont la preuve personnelle que je les
estime; et quand j’étais investi du caractère sacré de représentant du peuple,
m’a-t-on vu trouver mauvais que des citoyens courageux présentassent à
l’Assemblée constituante des observations rigoureuses sur les fautes ou elle
était tombée?

J’atteste que je n’ai pas trouvé de plaisir plus doux que lorsque au milieu de
ces plates flagorneries qui inondaient la salle, je voyais percer quelques
pétitions qui montraient le véritable voeu du peuple français, trop longtemps
outragé, trop longtemps oublié. Comment y aurait-il un citoyen qui pût adopter
d’autres sentiments que ceux que je viens d’exprimer?

Je passe à la troisième objection. Je n’ai point loué d’avance le ministère
nouveau; je n’estime que ce que je connais, et je n’applaudis qu’au bien qui est
fait. Parmi les ministres, il en est tel que je ne nomme pas, qui a les
intentions les plus droites: je souhaite qu’il ne soit contredit par aucun
obstacle. Mais comme il leur est très facile de prouver tout cela, je ne veux
point les louer. Les circonstances et le bien public les mettront au-dessus de
tout éloge. Sur les intrigues de la cour, rien ne nous permet de jeter des idées
anticipées. Je ne veux en parler ni en bien ni en mal. J’ai dit que les
ministres étaient jacobins, et que cela ne nous en imposait aucunement; j’ai dit
que le ministère s’annonçait avec des circonstances heureuses; voilà ce que j’ai
dit. Je ne pourrais rien dire de plus; ma conscience s’y répugne.

Rien de ce que j’ai dit ne peut décourager le peuple; le peuple a triomphé
jusqu’ici des plus grands dangers, et il triompherait encore des plus grands
obstacles, s’il s’en présentait. Est-ce décourager les sociétés que de présenter
le tableau civique des vertus; n’est-ce pas du patriotisme que dépend le succès
des révolutions? Le patriotisme n’est point une convenance, ce n’est point un
sentiment qui se ploie aux intérêts, mais c’est un sentiment aussi pur que la
nature, aussi inaltérable que la vérité.

Je conclus et je dis que c’était pour rétablissement de la morale de la
politique que j’avais écrit l’adresse que j’ai lue à la Société. Je demande
qu’elle décide si les principes que j’annonce sont les siens.

Discours prononcé au Club des Jacobins le 26 avril 1792.

(Opinion de Robespierre sur La Fayette.)

Dans tous les événements, c’est aux causes précises qu’il faut s’attacher, et
dans la question qui s’élève savez-vous quelle est la cause qui s’oppose au
triomphe de la liberté du peuple et du patriotisme opprimé? Contre qui
croyez-vous avoir à lutter? Contre l’aristocratie? non. Contre la cour? non:
c’est contre un général destiné depuis longtemps par la cour à de grands
desseins, qui après avoir trompé le peuple, trompe encore la cour elle-même; qui
ne connaît ni les principes de la liberté, ni ceux de l’égalité dont il est le
plus grand ennemi. Or, messieurs, à des hommes exercés dans toutes les
manoeuvres de l’intrigue pour renverser les plus utiles projets et pour semer la
discorde, il faut opposer la célérité.

Il suffit de rapprocher les circonstances présentes de tout ce qui s’est passé,
des menées que nous avons reprochées au même agent dans d’autres circonstances,
pour se convaincre que c’est sa seule résistance que nous avons à combattre. Ce
n’est pas la garde nationale qui voit les préparatifs de cette fête avec
inquiétude, c’est dans l’état-major que le génie de La Fayette conspire contre
la liberté et les soldats de Château-Vieux. C’est le génie de La Fayette qui
égare dans la capitale et dans les départements une foule de bons citoyens, qui,
si cet hypocrite n’eût point existé, seraient avec nous les amis de la liberté.
C’est La Fayette qui, dans le moment où les amis de la Constitution se
réunissent contre les ennemis, forma un parti redoutable contre la Constitution,
et qui divise les amis de la Constitution eux-mêmes. Partout où il y a des
ennemis de la liberté, La Fayette est le plus dangereux de tous, parce qu’il
conserve encore un masque de patriotisme suffisant pour retenir sous ses
drapeaux un nombre considérable de citoyens peu éclairés. C’est lui qui, joint à
tous les ennemis de la liberté, soit aristocrates, soit feuillants, se met en
état, dans les moments de troubles ou de crise, de renverser la liberté ou de
nous la faire acheter par des torrents de sang et par des calamités
incalculables.

C’est La Fayette que nous avons ici à combattre; c’est La Fayette qui, après
avoir fait, dans l’Assemblée constituante tout le mal que le plus grand ennemi
pouvait faire à la patrie, c’est lui qui, après avoir feint de se retirer dans
ses terres, est revenu briguer la place de maire, non pour l’accepter, mais pour
la refuser, afin de se donner par là un air de patriotisme; c’est lui qui a été
promu au généralat de l’armée française pour que les complots ourdis depuis
trois ans atteignissent enfin le but. Oui, c’est La Fayette que nous avons à
combattre.

Il faut ici faire une observation bien importante sur le projet présenté par le
comité central des sociétés patriotiques: c’est sans le savoir et sans son
intention qu’il a proposé une devise équivoque, qu’il a entendue certainement
dans un bon sens, mais que l’on doit rejeter par cela seul qu’elle est
équivoque, par cela seul qu’il faut porter devant le peuple des inscriptions
simples et claires. La devise: _Bouillé seul est coupable_, n’a été sans doute
appliquée qu’aux bons citoyens trompés, mais elle pourrait paraître une
absolution de La Fayette. Bouillé seul est-il en effet coupable? N»n certes; ils
sont innocents, tous ceux qui ont agi pour la loi, qui ont cru l’exécuter et
défendre la liberté. C’est toujours sous ce point de vue que j’ai présenté cette
affaire à l’Assemblée constituante; j’ai toujours soutenu que les tyrans et
leurs chefs seuls étaient coupables. Bouillé n’était que l’instrument de ceux
qui le dirigeaient; l’agent de la cour et surtout l’agent de La Fayette. Les
gardes nationales de Metz étaient innocentes; comme celles de Paris, elles ne
peuvent être que patriotes; l’une et l’autre a été trompée par La Fayette. Et
comment pourrions-nous dire à la face de la nation, dans la fête de la liberté,
que Bouillé seul est coupable? A-t-il osé agir sans ordres? N’a-t-il pas
toujours marché avec un décret à la main? Et qui sont ceux qui ont sollicité ce
décret? Sur quels rapports a-t-il été rendu? D’abord sur le rapport des
officiers en garnison à Nanci, qui avaient intention de jeter de la défaveur sur
les soldats; sur le rapport du ministre de la guerre M. Latour-Dupin. Quels
étaient les intermédiaires de La Fayette? ceux qui circulaient dans le sein de
l’Assemblée constituante, la veille du décret fatal. Qui répandait le fiel de la
calomnie? La Fayette. Quels étaient ceux qui excitaient les clameurs, qui ne
permettaient pas une seule réflexion dans une discussion dont on voulait que le
résultat fût d’égorger nos frères? Qui m’a empêché moi-même de parler? La
Fayette. Qui sont ceux qui me lançaient des regards foudroyants? La Fayette et
ses complices. Qui sont ceux qui ne voulurent pas donner un seul moment à
l’Assemblée nationale? Qui est-ce qui précipita le fatal décret qui immola les
plus chers amis du peuple? La Fayette et ses complices. Qui voulut étouffer ce
grand attentat en le couvrant d’un voile impénétrable, et qui demanda une
couronne pour les assassins des soldats de Château-Vieux? La Fayette. Enfin,
quel est celui qui pour mieux insulter à la mémoire des infortunés que notre
zèle et nos regrets ne ressusciteront pas, fit donner des fêtes dans tous le
royaume aux infâmes qui les avaient égorgés! Quel est celui qui excitait ces
fêtes? La Fayette. Et dans un triomphe populaire consacré à la liberté et à ses
soutiens, on verrait une inscription qui absoudrait La Fayette; qui ferait
tomber le coup sur un ennemi impuissant, pour sauver celui qui tient encore,
dans ses mains ensanglantées, les moyens d’assassiner notre liberté. Non.

Cette fête qu’on prépare peut être vraiment utile à la liberté, et devenir le
triomphe du peuple longtemps outragé, parce qu’elle terrasse les oppresseurs de
la vertu et fait luire le jour de la vérité sur les attentats des tyrans. Il
faut donc que cette fête remplisse cet objet; or, ce n’est point par des devises
brillantes, c’est par l’esprit patriotique que ce but sera rempli; c’est pour
cela que je demande l’exécution de l’arrêté de la société, par lequel elle
ordonne qu’il sera fait une pétition individuelle à la municipalité pour
demander que les bustes de La Fayette et de Bailly disparaissent de la maison
commune.

Je demande aussi que la devise, _Bouillé seul est coupable_, soit changée en
celle-ci: _Les tyrans seuls sont coupables_. Quand les bons citoyens verront que
La Fayette est seul moteur de ces intrigues, tout se ralliera.

(Ces propositions furent adoptées.)