Arrestation de Robespierre

Au tout petit jour, on fit « le tableau » : – le cadavre de Le Bas, transféré au cimetière Saint-Paul où on l’inhuma dès sept heures du matin ; les deux fossoyeurs Quatremain père et fils signèrent seuls l’acte de décès (48) ; – Robespierre jeune, relevé « presque sans vie » après sa chute sur le perron de l’Hôtel de ville, et porté sur une chaise par plusieurs citoyens jusqu’au Comité de la section de la Commune, rue des Barres ; quatre chirurgiens constatèrent, outre une fracture du bassin et plusieurs contusions graves à la tête, un inquiétant état « de faiblesse et d’anxiété ». Pourtant on l’interrogea : il protesta « qu’il n’avait cessé de bien faire son devoir à la Convention », qu’il était « pur comme la nature, ainsi que son frère » ; il dénonça comme ennemis du peuple et conspirateurs Collot d’Herbois et Carnot. On trouva dans ses poches sa carte de député, quelques papiers, une petite clef et 16 livres 5 sous en assignats (49). Quoique les médecins déclarassent qu’il était près de rendre l’âme, le mourant fut porté au Comité de sûreté générale ; – Couthon, évanoui, attendait sur une civière qu’on le dirigeât vers l’Hôtel-Dieu pour y être pansé (50) ; – Maximilien Robespierre, la face en sang, était transporté, étendu sur une planche, jusqu’aux Tuileries (51). Le blessé parvint au Carrousel vers deux heures et demie du matin. La Convention siégeait en permanence depuis la veille, avant midi : Charlier présidait (52) par occasion, remplaçant Collot exténué : « Le lâche Robespierre est là, dit-il ; voulez-vous qu’il entre ? – Non ! non ! » cria l’Assemblée, soudain réveillée de sa torpeur ; ainsi apprit-elle que sa victoire était complète. L’ordre fut donné de déposer le tyran au Comité de salut public ; ses porteurs l’étendirent dans l’antichambre « sur une table d’acajou (53) » ; on appuya sa tête vacillante contre une boîte de sapin. Au salon voisin, ses anciens collègues, revenus de leurs transes, se restauraient et buvaient copieusement (54).
Dans l’antichambre encombrée de gens venus pour le voir, Robespierre, couché sur la table, est immobile et livide comme un mort, les yeux clos, sans chapeau, sans cravate, sa chemise ouverte, tachée de sang ainsi que son habit bleu violacé et sa culotte de nankin ; ses bas de coton blanc sont rabattus sur ses talons. Au bout d’une heure, il rouvre les yeux ; sa blessure saigne abondamment ; il l’étanche de temps à autre au moyen d’un petit sac de peau blanche qu’il avait gardé dans sa main, – l’étui de son pistolet, bien probablement (55). Autour de la table, où il repose comme un objet de curiosité, une foule sarcastique, – ses courtisans d’hier, – observe ses moindres mouvements. Beaucoup l’injurient ou le raillent. Il les regarde fixement, surtout les employés du Comité qu’il reconnaît. Quelques-uns, pris de pitié, lui mettent entre les doigts du papier, faute de linge, pour qu’il essuie sa blessure ; parfois, agité de secousses convulsives, il lève les yeux vers le plafond. Le jour paraît, éclairant la splendeur des jardins qui ont vu sa gloire ; l’aube embrasée présage une journée plus chaude que la précédente. Vers cinq heures du matin, un médecin militaire, qui passait, fut invité à panser le blessé ; il s’adjoignit le chirurgien major des grenadiers de la Convention ; tous deux lavèrent le visage, très enflé et meurtri jusqu’aux yeux ; la joue gauche était percée, à un pouce de la commissure des lèvres ; ils retirèrent de la bouche plusieurs dents et des fragments de la mâchoire brisée, ne découvrirent « ni la balle, ni trace de sa sortie » et, « vu la petitesse de la plaie conclurent que le pistolet n’avait été chargé qu’à plombs (56) ».
Atroce agonie. Lui qui a si douloureusement souffert des tristesses de son enfance et des humiliations de ses débuts, qui s’est tant efforcé à s’en revancher, dans l’espoir peut-être d’abolir, en son esprit qu’elles ont aigri, leur lancinant souvenir, il se retrouve là, piétiné, bafoué, honni, misérable, distillant goutte à goutte l’affront suprême d’être définitivement vaincu, l’amertume affreuse de sa vie manquée, la honte de sa dernière aventure, où il n’a montré, – lui, si sûr de son génie, – ni prévoyance, ni habileté, ni énergie, ni clairvoyance, ni pénétration politique. Il n’aura été grand qu’aux yeux du vulgaire, redouté que par les timides, louangé que par des hypocrites, et son nom passera dans l’histoire comme celui d’un médiocre ambitieux, d’un sectaire brouillon, hargneux et jaloux. Une heure, une seule heure rayonnante en compensation de si cruels déboires, celle où il a vu Paris à ses pieds, parmi les mélodies et les fanfares ; et cette Fête, à laquelle il mêlait Dieu, et dont Dieu, décidément, était absent, a marqué le premier pas vers sa déchéance. Quelle énigme qu’une telle existence, à la fois si néfaste et si torturée, sans joies, toute d’âpres luttes et de haine ! Quel but mystérieux sous cette prétention de ramener l’âge d’or par la Terreur et l’échafaud ? Maintenant, il ne parlera plus ; on ne saura jamais quelle fut sa chimère et l’on pourra discuter indéfiniment sans découvrir s’il fut l’instrument d’un parti occulte, un utopiste, un monomane, ou simplement un envieux atrabilaire, victime d’un fiel atavique. Qui le considère comme un précurseur, un bienfaiteur du peuple, fait penser à ce mot d’un démocrate, désabusé : « Le peuple serait bien heureux s’il n’avait pas tant d’amis ! »
La fin tragique a été contée mille fois : le transport sur un fauteuil (57), depuis les Tuileries jusqu’à la Conciergerie ; un enfant qui sortait de l’école rencontra sur le Pont-Neuf l’effrayant cortège : les porteurs, pour souffler, avaient déposé leur fardeau à l’entrée du quai des Lunettes, vis-à-vis l’esplanade où se trouve la statue d’Henri IV. La foule huait le blessé qui, la tête enveloppée d’une serviette tachée de sang, à chacune des vociférations, tournait les yeux vers l’endroit d’où partaient les cris et y répondait par un haussement d’épaules (58). À la vieille prison, où son entrée apportait l’espérance et le salut, on le jeta dans un cachot en attendant le jugement ; « les guichetiers le foulaient aux pieds (59) ». Il parut se réveiller d’un long rêve (60) ; fit signe, dit-on, qu’il voulait écrire ; un geôlier riposta par un sarcasme (61). Quelle confidence aurait-il faite ? Quel secret tenait-il à révéler ? Voulait-il gagner du temps, maudire une dernière fois ses ennemis, ou, qui sait ? implorer l’absolution d’un prêtre ?…
Au tribunal, l’audience fut dramatique mais courte. On n’avait encore sous la main que vingt-deux des conjurés ; tous étant hors la loi, il suffisait de constater leur identité : deux employés du tribunal remplirent cette formalité. On apporta dans le prétoire quatre civières : sur l’une gisait Robespierre, sur l’autre son frère, les reins brisés, presque mourant ; sur la troisième, Couthon ; sur la dernière, Hanriot, enfin retrouvé dans une petite cour de l’Hôtel de ville, où il s’était jeté d’une fenêtre sur un tas de fumier (62). Les autres étaient Saint-Just, Payan, Dumas, arrêté la veille à ce même tribunal sur son siège de président, le cordonnier Simon, plusieurs autres membres de la Commune rebelle et Lescot-Fleuriot, le maire de Paris. Quand celui-ci parut, Fouquier-Tinville, qui était son ami, eut un geste théâtral et digne : il déposa son écharpe et sortit de l’audience, laissant à Liendon, son substitut, le soin de requérir (63). L’appel terminé, sans aucun débat, les vingt-deux furent livrés au bourreau. Nul détail sur leur attitude, à ce moment terrible où on dépouillait les condamnés de leurs bijoux et de leur argent et où on les parait pour la mort. Trois charrettes attendaient dans la cour du Palais ; quand, vers six heures, on commença à y charger les moribonds, éclata dans la foule, pressée, un grand bruit d’applaudissements et de clameurs joyeuses, qu’ils ne devaient plus cesser d’entendre ; sur tout le parcours, en effet, depuis la Conciergerie jusqu’à la place de la Révolution, – car un décret de la Convention ordonnait que, pour plus de solennité, l’exécution aurait lieu sur cet emplacement, où l’échafaud n’avait pas été dressé depuis la Fête de l’Être suprême, – les bravos, les chants, les lazzis, les cris d’allégresse, les malédictions, montaient de la cohue en formidable tumulte.
Jamais, même à la fête des Victoires, Paris n’avait vu pareille affluence ; à toutes les fenêtres ouvertes, les têtes rieuses ; sur tous les balcons, des groupes réjouis ; dans les rues, tous les chapeaux en l’air, des mines rayonnantes, des félicitations échangées, une communauté, une expansion de contentement qui épanouissait tous les visages. Pas un mouvement de pitié pour ces malheureux qui allaient mourir ; leur aspect affreux exaltait, au contraire, l’impitoyable enthousiasme. Hanriot, les joues balafrées, un œil hors de l’orbite, était dans la première charrette, à côté de Robespierre jeune, étendu comme un cadavre ; dans la seconde, Maximilien, assis à côté de Dumas, baissait sa tête, couverte d’un bonnet et enveloppée de linges sanglants ; Couthon, couché dans la troisième charrette, était piétiné par les autres ; tous, mornes et consternés, se taisaient, souffletés par la joie populaire. La presse était si grande que les voitures durent s’arrêter plusieurs fois ; leur trajet se prolongea durant une heure : elles firent halte à la maison Duplay ; des femmes, devant la porte, dansaient une ronde (64), un gamin, trempant un balai dans un seau de boucher, aspergea de sang les volets fermés (65). Sur la place fatale, une multitude turbulente ; l’arrêt, enfin, au pied de l’échafaud. Couthon fut le premier porté sous le couteau ; puis les autres ; ce fut long ; une demi-heure au moins, plus peut-être, d’horrifiante attente. Tandis qu’on guillotinait ses compagnons, on coucha Maximilien à même le sol, son bel habit bleu noué sur ses épaules nues ; il monta l’avant-dernier ; quand, pour dégager sa nuque, les bourreaux arrachèrent le bandage qui emmaillotait toute sa tête, on entendit un rugissement de douleur si strident qu’il porta l’épouvante jusqu’aux extrémités de la place, et Robespierre apparut une dernière fois, tout en sang, la bouche béante, la mâchoire pendante. Lescot-Fleuriot mourut le dernier (66).
Quelques instants plus tard, à la Convention, toujours en permanence, Tallien annonçait : « La tête des conspirateurs vient de tomber… » Un tonnerre d’applaudissements l’empêcha de poursuivre. Quand il put reprendre la parole, ce fut avec le ton du deus ex machina des tragédies de collège : « Allons, dit-il, nous joindre à nos concitoyens ; allons partager l’allégresse commune. Le jour de la mort d’un tyran est une fête à la fraternité. » Et, sur sa proposition, la séance fut levée « au bruit des applaudissements et des cris de joie (67) ».
La répression ne s’arrêta pas à la mort des chefs ; le lendemain, soixante-dix membres de la Commune, pris à l’Hôtel de ville, au matin du 10, furent exécutés sans jugement. Depuis l’origine du Tribunal révolutionnaire, on n’avait jamais vu fournée si nombreuse ; le 12, on guillotina ceux des municipaux, – une douzaine, – qui étaient parvenus à se soustraire aux premières recherches. Dans ces hécatombes figuraient plusieurs « séides » de Robespierre, entre autres Boullanger, Lubin, Lumière, Desboisseaux, le peintre Cietty, l’imprimeur Nicolas, dont les noms ont paru au cours de ce récit. On n’eut Coffinhal que cinq jours plus tard ; il s’était échappé de l’Hôtel de ville et dérobé aux poursuites ; travesti en batelier, il se réfugia dans l’île des Cygnes, où il demeura deux jours et deux nuits, n’ayant rien à manger que des écorces d’arbres. Poussé par la faim, il alla demander asile à un homme qu’il avait obligé : celui-ci le reçut, l’enferma sous clef, et courut chercher la garde (68). Un membre de la Commune, un artiste, Beauvallet sauva sa tête en se cachant sous les combles de l’Hôtel de ville, où il vécut plusieurs jours du suif de vieux lampions remisés là, et de l’eau croupie amassée dans un sabot de rémouleur (69). Deschamps, « le courrier » de Robespierre et son hôte à Maisons-Alfort, fut pris aux environs de Chartres (70), ramené à Paris et guillotiné sur la place de la Révolution (71).
Tout ce qui approcha Robespierre est traqué : les Duplay sont emprisonnés, le 10, à Sainte-Pélagie. Sûre qu’elle irait, le lendemain, à l’échafaud, madame Duplay se tua dans son cachot : on la trouva, le 11 au matin, pendue à l’un des barreaux de sa fenêtre, en chemise, un mouchoir rouge sur la tête, les pieds liés d’un ruban noir. On retira de ses doigts crispés un anneau d’or, une bague de rubis ; des poches de sa robe jetée sur son lit, on sortit deux paires de lunettes, quelques pièces d’argent et des sous, ainsi que « des mémoires de dépenses ». Madame Duplay était restée jusqu’à son dernier souffle bonne ménagère (72). Si grande était, en ces jours de délivrance, l’animosité contre les complices de Robespierre que les aristocrates détenus à « Pélagie » ne virent dans la fin de cette malheureuse qu’un motif à facéties ; l’un d’eux colportait la nouvelle en ces termes : « Citoyens, je vous annonce que la reine douairière vient de se porter à un excès un peu fâcheux. – Quoi donc ? Qu’est-il arrivé ? » s’écriaient Duplay père et fils, qui n’étaient informés de rien. « Citoyens, c’est un grand jour de deuil pour la France ; nous n’avons plus de princesse ! » Le menuisier ne comprit pas ; et le chroniqueur ajoute : « Ce qui nous amusa le plus dans tout ceci, c’est que, le soir même, Duplay fils donna dix francs à un guichetier pour aller s’informer de la situation de sa mère, qu’il croyait en liberté (73). » Le fait est que les filles de madame Duplay tout au moins, ignorèrent longtemps, non point le décès, mais le suicide de leur mère, puisque trois mois plus tard, l’une d’elles, réclamant sa liberté, écrivait au Comité de sûreté générale : « Ma mère est morte de chagrin (74)… »
48. Stéphane Pol, Autour de Robespierre , 317. 49. Les papiers et objets trouvés sur Robespierre jeune sont aux Archives nationales, F 7 4433. L’une des lettres est de Buissart. 50. Archives nationales, AF II 47, plaquette 363. 51. Il est indispensable d’exposer pour quelles raisons on adopte ici la version du suicide de Robespierre, version contraire à la tradition, généralement répandue, d’un coup de pistolet tiré par le gendarme Méda. Outre la déclaration de Bochard, concierge de l’Hôtel de ville, de Dulac, agent du Comité de salut public, on possède le récit écrit «d’après les renseignements fournis par les employés du Secrétariat de la Commune», et où on trouve ces mots: «Robespierre s’est brûlé la cervelle.”>.» (Journal de Perlet , n° 487, du 24 thermidor, p. 87.) On doit ajouter à ces témoignages celui de l’orateur de la députation de la section des Gravilliers, reçue par la Convention, le 16 thermidor: «Robespierre l’aîné se donne un coup de pistolet dans la bouche, et en reçoit en même temps un d’un gendarme.» (Moniteur , réimpression, XXI, 385.”>.) Tout en appréciant l’intention louable de ce citoyen soucieux de concilier les deux versions, le premier terme de sa déclaration est seul à retenir, puisque l’on sait, par le procès-verbal des chirurgiens, que Robespierre ne portait trace d’autres blessures que celle qu’il s’était faite à la bouche et n’avait, par conséquent, reçu d’aucun gendarme aucun coup de feu. En présence de ces quatre relations, dont trois sont contemporaines de l’événement, – celle de Dulac a dû être écrite quelques mois plus tard, – faut-il tenir compte du récit de Méda, daté de septembre 1802 et qui contient presque autant de hâbleries et de bévues que de lignes ? Si l’on en croit son Précis historique des événements qui se sont passés dans la soirée du 9 thermidor , Méda fut le héros de la journée: c’est lui qui arrête Hanriot, son général, au Comité de sûreté; – voyant les membres du Comité de salut public, «fort embarrassés», il «se mêle à leur séance» et les conseille si bien que, simple gendarme, il est nommé sur-le-champ commandant de toutes les forces dont dispose la Convention. Son premier exploit est de «se sauver en passant sous le ventre de plusieurs chevaux», car Hanriot, délivré, veut sa mort. Méda se réfugie à la Convention, puis marche vers l’Hôtel de ville avec Léonard Bourdon, qui le nomme «commandant de l’attaque…». Il pénètre à la Maison commune, pousse jusqu’au Secrétariat, y trouve Robespierre, «assis dans un fauteuil, le coude gauche sur les genoux et la tête appuyée sur la main gauche». Ici, il faut laisser la parole à Méda: «Je saute sur lui en lui présentant la pointe de mon sabre; je lui dis: – Rends-toi, traître. Il relève la tête et me dit: – C’est toi qui es un traître et je vais te faire fusiller. À ces mots je prends de la main gauche un de mes pistolets et, faisant un à droite (sic ), je le tire… Il tombe de son fauteuil; l’explosion de mon pistolet surprend son frère, qui se jette par la fenêtre… Les conjurés se dispersent de tous les côtés; je reste maître du champ de bataille…» Puis Méda montre l’Incorruptible «gisant aux pieds de la tribune»; il le fouille, lui prend sa montre, son portefeuille, «contenant plus de 10.000 francs de bonnes valeurs». Les grenadiers se précipitent sur le blessé, qu’ils croient mort, le traînent par les pieds jusqu’au quai Pelletier pour le jeter à la Seine; Méda s’y oppose et fait conduire directement le moribond à la Conciergerie . Or tout cela est manifestement faux, car le suicide de Robespierre jeune a précédé et non suivi celui de son frère; – il n’y avait pas de tribune dans le salon du Secrétariat; – et l’Incorruptible ne fut pas porté à la Conciergerie, mais aux Tuileries. C’est à croire que Méda n’a rien vu, rien su, des péripéties de la nuit du 9 au 10 thermidor. Il fut, à la vérité, présenté à la Convention et reçut l’accolade du président. Mais non point pour avoir débarrassé du tyran la République: le texte du Moniteur dit seulement: «Ce brave gendarme a tué de sa main deux des conspirateurs .» (Moniteur , réimpression, XXI, 343.) De Robespierre, pas un mot. Un an plus tard, dans son rapport bourré de documents officiels, Courtois écrira: «Robespierre, qu’un gendarme croit avoir immolé, se tire un coup de pistolet. » (2e rapport de Courtois, p. 70 et suiv.) Ce disant, Courtois s’adressait aux conventionnels, bien renseignés, et dont beaucoup ne l’estimaient guère. Plus il leur était suspect, moins il aurait risqué de s’exposer à un démenti. Quant à tirer une indication du rapport des chirurgiens qui, aux Tuileries, pansèrent Robespierre, il n’y faut pas songer: consulté par M. Aulard, le docteur Paul Reclus estime «que l’on doit écarter comme insuffisants et contradictoires les termes du procès-verbal officiel sur lesquels s’appuient les historiens pour conclure à l’assassinat ». Le seul passage de la relation de Méda qui mérite peut-être quelque attention est celui-ci: «J’atteins un fuyard dans l’escalier: c’était Couthon que l’on sauvait. Le vent ayant éteint ma lumière, je le tire au hasard, je le manque, mais je blesse à la jambe celui qui le portait.» Il y a, dans ces quelques lignes, une corrélation assez frappante avec la déclaration du compagnon peintre Laroche, rapportée ci-dessus. C’est bien Couthon que «tira» Méda, et c’est, en effet, Couthon que «les grenadiers traînèrent par les pieds jusqu’au quai pour le jeter à la Seine». Méda, simple gendarme à l’époque du 9 thermidor, réclama, comme récompense, le grade de général. On le promut sous-lieutenant. Il faut, d’ailleurs, lui rendre hommage: colonel, en 1812, du 1 er régiment de chasseurs à cheval, il fut tué à la Moskova, au moment où l’Empereur, pour sa belle conduite, le nommait général de brigade. 52. Moniteur , réimpression, XXI, 3422. 53. 2e rapport de Courtois, 72, note. Suivant une tradition fort ancienne, cette table serait celle qui se trouve actuellement aux Archives nationales dans la chambre à coucher du prince de Soubise. 54. Archives nationales, AF II 32, p. 363. Dépenses faites par les représentants du peuple, dans la nuit du 9 au 10 thermidor, par Mathey, garçon de bureau de la section de la Guerre au Comité de salut public: – «23 bouteilles de vin, dont treize à 40 sols et dix à 50 sols; quatre pains de 4 livres, 3 livres; un jambon, 18 livres; 8 côtelettes, 6 livres; pêches, abricots, prunes, 6 livres 15 sols.» 55. Cet étui portait le nom et l’adresse d’un armurier de la rue Saint-Honoré. 56. Rapport des officiers de santé sur le pansement des blessures de Robespierre. Deuxième rapport de Courtois, XXXVII, 120. 57. Ce fauteuil serait aujourd’hui à la Comédie-Française. V. Le Figaro du 25 janvier 1891. 58. Charles Maurice, Histoire anecdotique du théâtre et de la littérature. 59. Riouffe, Mémoires d’un détenu , 2e édition, 76. 60. Idem. 61. Nougaret, Histoire des prisons , IV, 312. 62. Moniteur , réimpression, XXI, 346, et deuxième rapport de Courtois, XXXI 2 et XL. 63. Wallon, Tribunal révolutionnaire , V, 252. 64. Nougaret, Histoire des prisons., IV, 313. 65. Wallon, Tribunal révolutionnaire , V, 254, d’après Louis Blanc. 66. Voir sur l’exécution de Robespierre et de ses complices, Aulard, Réaction thermidorienne., I, 1 et suivantes. 67. Moniteur , réimpression, XXI, 354. 68. Wallon, Tribunal révolutionnaire , V, 268. 69. Deuxième rapport de Courtois, 152. 70. Archives nationales, WIA 439. 71. Courrier républicain., du 6 fructidor. 72. Procès-verbal du commissaire de police de la Section des Sans-Culottes. Stéphane Pol, Autour de Robespierre , 295 et s., note. 73. Histoire des prisons de Paris et des départements., l’an V, II, 129. 74. Archives nationales, F7 4583, lettre de la citoyenne Auzat, 9 brumaire an IV.