Actes de décès de Louis XVII

Municipalité de Paris. — Acte de décès de l’an III. (1)

Du vingt-quatre prairial de l’an III de la République.

Acte de décès de Louis-Charles Capet, du vingt de ce mois, trois heures après midi, âgé de dix ans deux mois, natif de Versailles, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, aux tours du Temple, section du Temple, fils de Louis Capet, dernier roi des Français, et de Marie-Antoinette-Josèphe-Jeanne d’Autriche ; sur la déclaration faite à la maison commune par Etienne Lasne, âgé de trente-neuf ans, gardien du Temple, domicilié rue et section des Droits-de-l’Homme ; le déclarant a dit être voisin ; et par Rémi Bigot, âgé de cinquante-sept ans, employé, domicilié à Paris, vieille rue du Temple, n° 61 ; le déclarant à dit être ami. Vu le certificat de Dusser, commissaire de police de ladite section, du vingt-deux de ce mois.

Lasne, Bigot, Robin, officiers publics.

Obsèques (2).

Le vingt-quatre prairial an III, je fus requis par le comité de sûreté générale de me transporter à la tour du Temple, pour constater le décès de la jeune et innocente victime qui venait d’y expirer. Je fus également requis de surveiller son inhumation au cimetière de Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Antoine.

Cette cérémonie funèbre avait attiré un grand concours de monde devant la porte du palais du Temple, et l’on voulait faire sortir secrètement et sans cérémonie le corps de ce malheureux enfant, par une petite porte qui donnait dans l’enclos du Temple. Moi seul me rendis opposant à cette mesure peu décente ; le cortège sortit donc par la grande porte. La commisération et la tristesse du public, qu’on aurait voulu éviter, étaient peintes sur toutes les figures ; mais l’ordre, ainsi que je l’avais prévu, ne fut point troublé.

Arrivé au lieu de la sépulture, je pris sur moi d’ordonner que le corps de cet enfant serait inhumé dans une fosse séparée, et non dans la fosse commune ; et cet ordre fut exécuté en présence des sieurs Biart et Godes, membres du comité civil de la section du Temple, qui étaient animés des mêmes sentimens que moi.

Dès le soir je fus mandé au comité de sûreté générale pour rendre compte de ma conduite. La plupart des membres de ce comité étaient furieux contre moi ; il fut proposé les mesures les plus sévères, c’est-à-dire, l’arrestation comme royaliste, et ma traduction devant le tribunal révolutionnaire ; mais heureusement Louis, du Bas-Rhin, que je connaissais, ayant pris ma défense et calmé ses collègues, je fus renvoyé à mon poste, avec injonction de me conduire tout autrement à l’avenir, sous peine d’être rigoureusement puni.

(1) Archives de l’Hotel-de-Ville de Paris.
(2) Archives de l’Hotel-de-Ville de Paris, carton des demandes de places de commissaires de police, extrait d’un Mémoire de M. Dusser, dénommé dans la pièce précédente, pour être compris dans l’organisation des commissaires de police, novembre 1814.

Histoire de la Révolution de France, By Félix-Jean-Louis-Eleonor de Conny, Paris, 1838.