A Nosseigneurs du Parlement de Toulouse

Nosseigneurs,

On m’a conté que vous aviez brûlé la France libre. Tous les livres de physique de Salomon furent brûlés par le roi Ezéchias sur les degrés du temple, de peur qu’ils ne détournassent le peuple de son attention à la sainte Ecriture ; cela doit consoler les auteurs dont les brochures sont brûlées par les gens du roi aux pieds du grand escalier. Pour moi, je vous remercie de ces flammes honorables, le feu qui consumait la victime montrait qu’elle était agréable aux dieux. Le feu qui consume un livre montre qu’il n’a pas déplu aux hommes. Cette flamme qui s’élève autour de ces feuilles est comme l’auréole qui couronne l’auteur.
Agréez donc de ma reconnaissance l’hommage de cette seconde édition et puisse ma chère Lanterne obtenir de vous la même faveur ! Je doute que ce cadet fasse autant fortune que son aîné ; mais je vous prie de ne point mettre de jalousie dans la famille.

Je me hâte de vous le présenter pendant qu’il en est temps encore. Pourquoi faut-il que ce flambeau bienfaisant qui a fait renaître de sa cendre ma brochure et a procuré aux libraire une quatrième édition soit prêt à s’éteindre dans vos mains ? Hélas ! Nosseigneurs, malgré les efforts de MM. Cazalès et Martin de Castelnaudary dont les principes ont fait ici tant d’honneur à votre province, il est vraisemblable que la France libre est le dernier écrit que Vos Seigneuries auront brûlé, et j’aurai la gloire immortelle d’avoir fermé la marche qui commence à Salomon, doyen des auteurs lacérés et mis à l’index ; il est ‘bien juste qu’en reconnaissance vous receviez de moi une épitre dédicatoire, vraisemblablement la dernière aussi qui vous sera adressée.

J’ai l’honneur d’être, etc.
Nosseigneurs,
l’Auteur de La France libre.

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